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ASSURANCE CHÔMAGE

Entretien avec Denis Gravouil : « Cette réforme du chômage est une loterie »

21 juillet 2021 | Mise à jour le 12 juillet 2021
Par | Photo(s) : Pierrick Villette
Unanimement opposées à la contre-réforme de l'assurance chômage dictée par l'exécutif, les organisations syndicales CFDT, CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa ont déposé de nouveaux recours devant le Conseil d'État pour tenter d'empêcher son entrée en vigueur le 1er juillet. Entretien avec Denis Gravouil, négociateur CGT pour l'assurance chômage.
Selon la ministre du Travail, les effets les plus graves de la « réforme » sont systématiquement corrigés. Alors, qu'attendez-vous des recours déposés devant le Conseil d'État ?
NVO - La Nouvelle Vie Ouvrière, le magazine des militants de la CGT

Denis Gravouil devant l'Opéra Garnier, le 19 janvier 2021.

Souvent, Madame Borne dit aussi : « Mais on a prévu un taquet ! » En gros, le truc du gouvernement, c'est de faire plonger les droits jusqu'au niveau de ceux qui sont en bas de l'échelle. Le Conseil d'État est saisi depuis le 21 mai par les organisations syndicales — nous on est à trois : CGT, Solidaires et FSU. Les autres ont chacune leur avocat. La CFTC n'y est pas allée. Il y a des recours en référé suspensif et au fond. Le recours au fond interviendra dans quelques mois, mais les deux sont liés.

Ce qui a été jugé le 10 juin, c'est le recours en référé suspensif en vue d'obtenir, avant le 1er juillet, un jugement qui empêche la mise en œuvre de la mesure principale du décret du 30 mars 2021 : le changement du salaire journalier de référence, le SJR. Ce SJR, c'est le cœur de réacteur : il détermine beaucoup de paramètres de l'allocation et, lorsque plusieurs effets sont combinés, les inégalités entre allocataires sont criantes. Pour les contrats les plus espacés, ça fait baisser leurs indemnités journalières, baisser leur rythme de versements mensuels, etc. C'est une loterie. Le cas le plus frappant, c'est entre un contrat qui commence le 1er ou le 14 du mois.

Vous avez eu plusieurs moments de concertations… Comment le gouvernement en est-il finalement arrivé à ce système ?

Je pense qu'ils ne l'ont même pas calculé. Ils n'ont pas fait d'étude d'impact. Ils n'ont plus personne qui travaille véritablement sur le sujet, et Pôle emploi n'a estimé que les effets globaux : « Si on fait ça, l'Unédic va faire tant de milliards d'économies, ça va toucher tant de personnes, etc. » Malgré nos multiples alertes, ils n'ont jamais regardé les effets sur les individus. Pour eux, nos arguments sont faux et un écart de 1 à 1,5, c'est raisonnable. C'est la loterie.

Madame Borne affirme encore que personne ne verra ses droits baisser au 1er juillet. C'est vrai : on ne peut pas recalculer à la baisse des droits déjà calculés ! Mais il peut y avoir un nouveau départ d'indemnisation qui s'effectue à la baisse au moment du réexamen des droits à partir du 1er juillet. Et si le contrat qui devait se terminer le 29 juin est prolongé jusqu'au 5 juillet… Pour une semaine de boulot en plus, l'allocation chômage peut baisser de moitié. Pas de bol !

À ce rythme, le chômage de masse devrait s'effondrer et l'Unédic parvenir à rétablir ses comptes…

Déjà, les précaires des catégories B et C [qui cumulent activité réduite et chômage, N.D.L.R.] ne sont pas comptés à l'annonce des chiffres officiels du chômage… Or, il y a six millions de chômeurs de catégories A, B et C, dont trois millions de précaires. Ils sont totalement invisibilisés. Techniquement, pour le gouvernement, ce ne sont pas des chômeurs puisqu'ils ont bossé un peu. Et on baisse leurs droits en 2011, 2014, 2017 [par la suppression de l'annexe 4 des intérimaires et intermittents hors spectacle]. Les gens sont dans la galère ? Ce n'est pas grave. C'est la flexibilité, la fluidité, l'américanisation !

La « réforme » vise cette catégorie de précaires et d'intérimaires. C'est le système des États-Unis, où l'on constate un non-recours aux droits phénoménal. Et on peut anticiper à partir de la dégressivité qui doit s'appliquer aux cadres en cas de « retour à meilleure fortune » : le système américain fait varier le niveau d'indemnisation du chômage en fonction du taux de chômage. Cela dit, Macron lorgne le système allemand à deux étages, où l'État décide seul.

Au bout d'une année de chômage, on bascule sur l'équivalent d'un RSA hyperfliqué. Quoi qu'il en soit, le Medef est d'ores et déjà en train de saborder l'Unédic, qui repose sur la base d'un système à trois étages. L'un financé par l'État, puis des complémentaires (assurance chômage pour les classes moyennes), et enfin un troisième étage pour les patrons, cotisants volontaires, qui sortiraient de la solidarité interprofessionnelle.

Qu'adviendra-t-il après la décision du Conseil d'État ?

Il ne faut pas seulement essayer d'empêcher toute mise en œuvre de cette « réforme » au 1er juillet, il faut également prolonger des droits pour tout le monde et en ouvrir pour ceux qui n'en avaient pas jusque-là. Nous voulons des droits, tout de suite, pour tous les gens qui ont perdu leur travail et n'ont même pas eu de revenu de remplacement pendant la période de la crise sanitaire. C'est le cas des précaires qui n'ont pas été couverts par l'activité partielle. La question est sur la table.

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