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SANTÉ

Oxance : Surendetté, le groupe mutualiste s’est placé en procédure de sauvegarde

23 janvier 2026 | Mise à jour le 23 janvier 2026
Par | Photo(s) : JULIEN DE ROSA / AFP
Oxance : Surendetté, le groupe mutualiste s’est placé en procédure de sauvegarde

Les 125 centres de santé du groupe Oxance, qui emploient quelque 1400 salariés sont menacés de liquidation.

Le poids lourd des centres de santé mutualistes de proximité, qui affiche une dette de 30 millions d'euros, tente de s'offrir un sursis pour geler ses dettes et s'éviter la liquidation judiciaire.

Les 125 centres de santé de proximité du groupe Oxance et ses quelque 1400 salariés sont menacés de liquidation d'ici fin 2026. L'information, communiquée au CSE lors d'une session extraordinaire le 17 décembre 2025 a surpris les représentants élus qui ont subitement découvert l'ampleur d'un déficit de 30 millions d'euros, sans avoir été préalablement informés des tenants et aboutissants de la formation de cette dette. « 30 millions d'euros, ça ne sort pas de nulle part, mais aucune communication des difficultés financières n'a jamais été faite en amont », s'étonne, dépitée, la secrétaire du CSE et déléguée syndicale CGT, Pauline Jean.

Une expertise pour comprendre

Les élus du CSE ont dû réagir en urgence. Et voter unanimement le lancement d'une expertise confiée aux soins du cabinet Alter. Refusant d'être complice d'une casse sociale et sanitaire annoncée, le CSE a également voté une résolution pour « apprécier la viabilité du projet de sauvegarde de l'entreprise et ses conséquences sociales et sanitaires ». « Nous voulons comprendre comment nous en sommes arrivés là, sans que nous ayons pu intervenir, sans connaître les mesures de sauvegarde que la direction entend mettre en œuvre alors qu'elle nous intime de « jouer le jeu », faute de quoi, ce sera la fin de l'histoire », s'insurge Pauline Jean qui dénonce une sorte de chantage à la survie imposé aux élus du CSE.

Né en 2019 de la fusion entre plusieurs unions mutualistes françaises (L'Union de gestion du réseaux des mutuelles de France drôme ardèche, Mutuelles de France réseau santé, le Grand conseil de la mutualité), le groupe Oxance avait pour ambition de renforcer l’offre de soins et de santé solidaire, à l'appui d'un réseau important de 125 centres (dentaire, médical, polyvalent). En particulier, Oxance s'était implanté avec succès dans le Sud-Est et l’Est de la France en proposant une offre de soins classée en secteur 1, c’est-à-dire sans dépassements d'honoraires et sans avances de frais médicaux.

La santé mutualiste, structurellement déficitaire

Dès 2023, cependant, Oxance accuse des difficultés financières. De source syndicale, le chiffre d’affaires est passé de 133 millions d'euros en 2023 à un prévisionnel autour de 125 millions en 2025. De surcroît, « depuis plusieurs années, la direction nous serine que la santé mutualiste, c'est déficitaire. Et forcément, vu qu'en secteur 1, avec l'interdiction de pratiquer des dépassements d'honoraires et avec la tarification à l'acte, on est rendu à ne percevoir que la part de sécurité sociale qui ne suffit pas à rentabiliser nos activités », déplore Pauline Jean. Résultat : dans un secteur où les marges opérationnelles sont faibles et les besoins d’investissement constants, le déficit est un horizon quasi certain, à court ou moyen terme.

Il n'empêche qu'un endettement à hauteur de 30 millions d'euros soudainement annoncé mi-décembre en vue de justifier un placement imminent en procédure de sauvegarde, voilà qui a de quoi interroger les élus, et pour cause : « On savait que la période Covid avait entraîné des dettes bancaires, mais on en ignorait l'ampleur, tout comme on ignorait que le commissaire aux comptes, qui avait pourtant validé les comptes en juillet, avait lancé une alerte courant décembre » s'agace Pauline Jean.

Casser le modèle spécifique de la mutualité

En charge du secteur « mutualistes » à la fédération CGT des organismes sociaux, Florian Saucier n'ignorait pas les difficultés économiques et financières d'Oxance. D'autant qu'en 2024, plusieurs centres (Miramas, Martigues et Berre-l’Étang) avaient déjà été fermés afin d'optimiser l'activité du groupe. En dépit de quoi, l'annonce du placement en sauvegarde de l'entreprise l'a abasourdi : « Je ne m'explique pas l'absence de réaction de la part de la fédération nationale de la mutualité française (FNMF) dont dépend le groupe Oxance », indique-t-il en déplorant le manque de transparence et d'informations délivrées au CSE depuis des années. Faute d'éléments probants à sa disposition, Florian Saucier analyse la situation actuelle d'Oxance comme le résultat d'un désengagement politique dans le soutien aux mutualistes. Illustration : « Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il était acquis que chaque président de la république se rende aux congrès de la Mutualité. Or, depuis la présidence Macron, cette tradition n'a plus été respectée, ce qui tend à indiquer un dessein politique d'en finir avec le modèle spécifique de la Mutualité, pour favoriser le modèle assurantiel privé ». Et de fait, les deux mandats de Macron et leurs réformes successives en matière de santé publique ont asséché les financements publics accordés jusqu'ici aux mutualistes.

Menace pour les salariés, les usagers, les élus locaux

Au-delà du sort des 1400 salariés d'Oxance, se joue aussi celui de milliers de patients qui n'ont pas les moyens de s'offrir les dépassements d'honoraires ni d'avances de frais pratiqués en secteur 2. A ce titre, le sort d'Oxance inquiète aussi les élus locaux. Notamment les maires qui comptaient beaucoup sur cette offre de soins pour pallier les carences liées aux déserts médicaux et pour assurer un accès aux soins aux plus démunis.

Dans l'attente des conclusions de l'expertise déclenchée par le CSE, qui ne seront rendues que d'ici six mois minimum (délai légal dans le cadre d'une procédure de sauvegarde), les hypothèses d'une sortie de marasme par le haut restent permises. A la veille d'élections municipales en mars 2026, la question d'accès aux soins devrait, espérons-le, peser dans la balance des choix et des programmes politiques.