4 mars 2026 | Mise à jour le 4 mars 2026
Le site d'Aluminium Dunkerque (750 emplois) vient d'être mis en vente par son propriétaire actuel, le fonds américain AIP. L'usine fait l'objet de discussions exclusives avec Alba, un industriel du Barheim. La CGT demande l'intervention de BpiFrance.
Aluminium Dunkerque bientôt vendu par son propriétaire, le fonds américain AIP, à un groupe bahreïni ?
Dans la presse économique, l'opération est en tout cas présentée comme stratégique pour Alba, qui réaliserait là son premier investissement industriel hors de Bahreïn. Mais pour les 750 salariés du site, l'enjeu est tout autre : garantir l'emploi, les investissements et la pérennité d'un outil industriel clé pour la souveraineté française.
Une expertise économique demandée par la CGT
Dès l'annonce du processus de vente, la CGT majoritaire au CSE a pris ses responsabilités. Lors du CSE extraordinaire qui s'est tenu le mardi 3 mars 2026, les représentants du personnel ont mandaté un expertise économique indépendante. « L'objectif, c'est de voir les fonds du nouvel investisseur, les investissements, les emplois », explique Johan Vlietinck, secrétaire de la CGT- Aluminium Dunkerque : « On veut savoir d'où vient l'argent, quelles sont les garanties industrielles, et quelles sont les perspectives pour le site. »
La CGT s'appuie sur l'expérience récente du site. En 2021, après les périodes Rio Tinto puis GFG, l'usine avait été reprise par un fonds d'investissement américain (AIP). Contrairement aux craintes initiales, celui-ci avait réinternalisé plusieurs fonctions supports et relancé les investissements, faisant passer les effectifs de 550 à 750 salariés. Hélas, un repreneur pourrait tout aussi bien inverser cette logique et supprimer des emplois. « Ils ont remis l'usine à niveau. C'est leur business model : racheter une usine qui se dégrade, réinvestir, et la revendre ensuite », souligne Johan Vlietinck : « Mais nous, notre rôle, c'est de vérifier et d'anticiper. »
Alba : le « moins risqué » des scénarios ?
Plusieurs groupes s'étaient positionnés : un groupe grec, Emirates Global Aluminium, et Alba. Pour la CGT, le choix d'Alba semble, à ce stade, le plus cohérent.
« Alba n'a qu'une usine au Bahreïn. Ce serait leur premier investissement international. Ils ne viendraient pas pour démanteler mais pour développer », analyse le responsable syndical. « Entre les trois options, c'est le mieux. Mais tant que rien n'est signé, on reste vigilants. »
Dans l'attente des résultats de l'expertise économique, le syndicat tend à penser que contrairement à un grand groupe multi-sites qui pourrait arbitrer la production entre différentes usines européennes, Alba aurait intérêt à faire d'Aluminium Dunkerque une vitrine de son développement en Europe.
Une question de souveraineté industrielle
Au cœur du dossier : la souveraineté. Car l'aluminium est un matériau stratégique, présent jusque dans l’aéronautique. « L'aluminium, c'est partout : défense, automobile, bâtiment… Et il faut rappeler qu'Aluminium Dunkerque est l'héritier du groupe Pechiney, inventeur de la technologie d'électrolyse de l'aluminium. C'est un fleuron français », rappelle Johan Vlietinck. C'est pourquoi la CGT plaide depuis un certain temps déjà pour que Bpifrance entre au capital.
« On demande qu'il y ait un regard de l'État. Si la BPI rentre au capital, ce sera une garantie supplémentaire. » Selon les informations disponibles, cette hypothèse serait étudiée à Bercy et ne rencontrerait pas d'opposition de la part d'Alba.
Vigilance et rapport de force
Si la presse économique insiste sur la dimension financière de l'opération, la CGT, elle, rappelle que rien ne se fera sans contrôle des salariés. À plusieurs reprises, des délégations syndicales se sont rendues à Bercy pour défendre leur usine et insister sur son caractère stratégique. « On peut dire que si l'État entre dans le capital par l'intermédiaire de BpiFrance, ce sera grâce au travail de la CGT », estime Johan Vlietinck. Expertise économique, interpellation des pouvoirs publics, mobilisation si nécessaire : le syndicat entend peser à chaque étape. « Pour l'instant, c'est parti dans le positif. Mais tant que ce n'est pas signé, on reste prudents. »
Dans un contexte européen marqué par la flambée des coûts énergétiques et la fragilité de la filière aluminium, l'avenir d'Aluminium Dunkerque dépasse largement le cadre local. Il pose une question centrale :
quelle politique industrielle pour la France ? Pour la CGT, la réponse est claire : pas de souveraineté sans maîtrise publique, pas d'industrie sans garanties sociales, et pas de transition écologique sans outil industriel solide. Le dossier est ouvert. Les salariés, eux, sont prêts à défendre leur usine.