Ludivine Bantigny : « Pour combattre le fascisme, il faut ne pas voir le Front populaire comme un mythe »

Ludivine Bantigny.
Que représente le Front populaire dans l'histoire de la France et du monde, quatre-vingt-dix ans après ?
Il est avant tout une coalition antifasciste. En 1936, les gauches s'unissent en dépit de leurs divisions. Comme aujourd'hui, elles ont un projet et une vision du monde divergents, mais elles vont néanmoins se fédérer pour contrer la menace fasciste. L'objectif consiste aussi à élaborer un projet de réforme et de justice sociales pour lutter contre la crise économique qui frappe à l'époque la France. Cette coalition, qui regroupe socialistes, radicaux et communistes, va être accom-pagnée par un énorme mouvement de grèves dans lequel la CGT joue un rôle central, avec des occupations d'usines et de grands magasins. Ce mouvement social massif représente un moment historique qui marque encore les esprits aujour-d'hui.
Les congés payés et les quarante heures de travail ne figuraient pas dans le programme du Front populaire. Ils ont été mis en œuvre grâce à deux millions de grévistes dans leur lutte. Ces nouveaux droits ont été accordés par le gouvernement à la suite d'une bataille sociale extrêmement tenace. Les grèves constituent une image très forte en termes d'auto-organisation populaire et ouvrière. Elle donne le sentiment qu'on peut se réapproprier son lieu de travail et le métamorphoser. Apparaît aussi l'idée qu'il est possible d'avoir une certaine autonomie face à l'organisation patronale.
On retient souvent les congés payés et la semaine de quarante heures. Quelles ont été les autres grandes conquêtes sociales et politiques ?
La mise en place de conventions collectives et de délégués d'entreprise est capitale dans l'organisation du travail chez les ouvriers. On les appelle aujourd'hui les délégués syndicaux. Ces derniers existaient déjà dans certains secteurs, mais ils se généralisent à partir de juin 1936. La présence de représentants des salariés est très importante pour porter les revendications de ces derniers auprès des employeurs. Cette mesure s'affirme comme une reconnaissance de la voix des ouvriers dans l'entreprise. Auparavant, ces derniers avaient une parole plus individuelle. Le passage à une dimension collective est fondamental, puisque le délégué d'entreprise, qui n'est pas nécessairement syndiqué, est désigné par un vote des salariés.
Au-delà des progrès sociaux, la culture était-elle un sujet important pour la coalition au pouvoir ?
Le Front populaire a mené une politique novatrice dans ce domaine. Son programme est guidé par l'idée que la société doit être démocratisée par la culture et l'école. Dès août 1936, une loi est votée pour porter l'âge de la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans. La mesure vise à lutter contre le chômage et à émanciper les jeunes. Jean Zay, le ministre de l'Éducation de l'époque, souhaite que les élèves soient impliqués dans une pédagogie active. Le but est de développer l'intelligence et l'esprit critique plutôt que la seule capacité à ingérer des connaissances. L'élève n'est pas uniquement un apprenant, c'est aussi un être doué de réflexion. Il ne faut pas non plus oublier l'importance du sport. De gros investissements sont réalisés pour ouvrir des stades, des piscines ou des gymnases.
Le Front populaire met beaucoup en avant la notion de vie. Les classes populaires doivent avoir accès à une vie plus riche par la culture et les loisirs. Le travailleur n'est pas que son travail. Il a le droit d'avoir une existence détachée du labeur. Le Front populaire va également orienter la politique cinématographique autour du peuple. La CGT, qui soutient un cinéma social et militant, concourt à la réalisation de plusieurs films, dont La Marseillaise, de Jean Renoir, en 1938. L'œuvre est financée grâce à des souscriptions populaires ; plusieurs productions reposant sur des financements participatifs vont ainsi voir le jour. Ces films sont faits par et pour le peuple, à travers les figurants et les représentations qu'ils charrient. Des organisations politiques de gauche, telles que le Parti communiste français, et des syndicats vont mettre l'accent sur ce type de cinéma en créant des films qui mêlent fiction et image documentaire, à l'instar de La vie est à nous, de René Clair, en 1936. Les fédérations CGT des cheminots, du bâtiment et de la métallurgie, par exemple, produisent respectivement trois documentaires sortis en 1938 : Sur les routes d'acier, de Boris Peskine, Les Bâtisseurs, de Jean Epstein, et Les Métallos, de Jacques Lemare.
Le Front populaire est un gouvernement, mais aussi un immense mouvement social. En quoi cette centralité ouvrière est-elle si essentielle pour comprendre 1936 ?
Il faut savoir que les grèves ont commencé juste après les élections. Au départ, celles-ci n'ont pas forcément de lien avec la politique. Ce sont des conflits locaux. Des ouvriers vont, par exemple, se mettre en grève par solidarité envers un camarade syndiqué mis à pied. Ces actions ponctuelles s'étendent vite à l'ensemble du pays, jusqu'à impliquer deux millions de grévistes. Ces derniers les conçoivent comme une façon de faire pression sur le patronat et une manière d'encourager le nouveau gouvernement. La CGT tient un rôle central dans l'organisation de ces actions. La réunification avec la CGTU (Confédération générale du travail unitaire), qui rassemble alors les syndicats proches du courant communiste et révolutionnaire, est décisive. En 1936, la CGT regroupe désormais la quasi-totalité du mouvement ouvrier syndiqué, ce qui lui donne une capacité de mobilisation sans précédent.
Cette unité lui permet d'apparaître comme une force incontournable et de peser de manière décisive dans les négociations sociales de l'époque. Sans ces grèves, il n'y aurait certainement pas eu les mesures phares, telles que les congés payés ou la semaine de quarante heures. De fait, le programme du Rassemblement populaire [nom sous lequel est signé, en janvier 1936, le programme commun pour les élections, NDLR] qui allie partis de gauche, syndicats, associations et collectifs, est minimaliste. Cela s'explique par les désaccords qui opposent les partis de gauche formant la coalition. Les grèves vont l'obliger à aller plus loin que ce qu'elle avait imaginé. C'est là aussi que les problèmes surviennent…
De quelle nature sont ces problèmes, et quelle est la réaction du gouvernement Blum ?
Les grandes mesures, telles que les congés payés ou la semaine de quarante heures, sont annoncées en juin 1936, au moment où le gouvernement est formé. Or les grèves vont se poursuivre avec des occupations d'usines, et ce, jusqu'à la fin du Front populaire en 1938, même si elles seront plus ponctuelles. Cela met le gouvernement de Léon Blum en difficulté, car il ne veut absolument pas de grèves mais, au contraire, relancer l'économie. Le gouvernement va faire pression sur ce mouvement social persistant.
En juillet 1936, Roger Salengro, le ministre de l'Intérieur, annonce au Sénat que des interpellations de manifestants ont eu lieu, ainsi que l'expulsion d'étrangers ayant participé aux grèves. En décembre de la même année, une loi sur l'arbitrage obligatoire dans les conflits collectifs du travail est votée. Dorénavant, une procédure de conciliation doit être suivie avant toute grève ou fermeture d'usine. Un accord doit être établi sur la situation de l'entreprise entre des représentants des ouvriers et du patronat. Si aucun compromis n'est trouvé, un second arbitrage a lieu avec un haut fonctionnaire. Cette loi, souvent méconnue, constitue un frein aux grèves spontanées.
Les gouvernements qui vont se succéder tout au long du Front populaire vont, à chaque fois, chercher à mettre fin aux grèves, car elles bloquent l'économie. Si les grèves ne cessent jamais, c'est que le peuple a le sentiment que les promesses n'ont pas forcément été tenues. C'est là qu'il faut regarder du côté des situations locales. Certaines entreprises ne mettent pas en place les congés payés ou les quarante heures. La hausse des salaires décidée lors des accords de Matignon [signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936] est vite balayée par l'inflation. De nombreuses grèves sont organisées pour protester contre la cherté de la vie et la persistance de conditions de travail difficiles.
Comment les dirigeants du Front populaire considéraient-ils les revendications liées aux droits des femmes ?
Le programme du Front populaire n'évoque absolument pas les droits des femmes. Léon Blum nomme malgré tout trois femmes au gouvernement. Une mesure qui reste purement symbolique, bien que cela soit une première en France. La société de l'époque est encore très misogyne. Les femmes appelées sont destinées à des postes très genrés, liés à ce qu'on appellerait aujourd'hui le care [les secteurs du soin et du lien].
La première, Irène Joliot-Curie, choisie pour la Recherche scientifique, quitte son poste dès septembre 1936. La deuxième, Cécile Brunschvicg, affectée à l'Éducation nationale, est une militante de longue date qui demande le droit de vote des femmes depuis des années. Elle est d'ailleurs présidente de l'Union française pour le suffrage des femmes. Or, elle démissionne de l'organisme dès son arrivée au gouvernement ; cela met complètement sur pause ses revendications. La troisième, Suzanne Lacore, nommée à la Protection de l'enfance, n'est pas spécialement féministe. C'est une socialiste qui considère que les femmes vont obtenir satisfaction avec la révolution socialiste.
Néanmoins, une proposition de loi sur le droit de vote des femmes est adoptée à l'unanimité à la Chambre des députés en juin 1936. Seulement, le Sénat, contrôlé par les radicaux qui s'y opposent, fait barrage. Léon Blum n'intervient pas après cette décision. Ce qui génère une immense déception chez les féministes.
En 1936, la France est une puissance coloniale. Quel a été le positionnement du Front populaire sur cette question ? Peut-on parler d'un angle mort majeur ?
Oui, et cela s'explique, là encore, par le clivage entre, d'une part, les radicaux et, d'autre part, les socialistes et les communistes. Les premiers ont des intérêts directs dans les colonies. Certains dirigeants radicaux sont des propriétaires fonciers. Ils considèrent que les colonies appartiennent à la France. Les socialistes et communistes sont plutôt liés à une culture anticoloniale. C'est clair pour les communistes, tandis que la situation est plus ambiguë chez les socialistes, plus divisés sur le sujet.
Pour autant, il va y avoir une sorte de pragmatisme sur cette question. Des grèves et révoltes, qui se déclenchent notamment en Algérie, en Tunisie, mais aussi en Indochine [qui deviendra le Vietnam], sont réprimées. Des militants communistes et indépendantistes y sont, par exemple, envoyés en prison. Un projet de congrès, qui devait avoir lieu à Saigon, pour faire remonter des revendications de paysans, est interdit en septembre 1936 par le ministre des Colonies, le socialiste Marius Moutet, par crainte du désordre. L'Étoile nord-africaine, une organisation anticolonialiste algérienne, dirigée par Messali Hadj, est dissoute par le gouvernement en janvier de l'année suivante.
L'unique moment où la question coloniale surgit dans le programme du Front populaire intervient avec le projet de réforme Blum-Viollette, qui souhaite alors accorder la citoyenneté française à quelque 20 000 Algériens. Il suscite une levée de boucliers dans tous les milieux attachés à un ordre colonial immuable. À l'époque, il est impensable de se séparer des colonies. Face à la menace d'une guerre mondiale, le gouvernement Blum va renforcer la défense nationale en investissant dans l'industrie de guerre. Les colonies apparaissent alors indispensables en matière de ressources et de main-d'œuvre.
Comment se positionne le Front populaire face aux régimes fasciste et nazi ? Et pourquoi la France a-t-elle décidé de ne pas intervenir dans la guerre d'Espagne ?
Les socialistes et les communistes sont des marxistes. Pour eux, le fascisme est la forme que revêt le capitalisme quand il ne peut plus continuer comme avant. C'est un régime politique fondé sur l'élimination de toute opposition liée à la lutte des classes. Les radicaux considèrent évidemment les fascistes comme des ennemis
de toutes les libertés publiques. Pour autant, ils défendent un pacifisme forcené par crainte d'un conflit militaire.
Outre les régimes fasciste et nazi, on ne peut faire l'impasse sur le régime soviétique, un totalitarisme qui élimine toute forme d'opposition, comme on le voit lors des procès de Moscou de 1936-1938. Une ambiguïté entoure le Parti communiste français, qui suit à l'époque la ligne imposée par Staline. Dans le cas de la guerre d'Espagne, une divergence existe entre, d'un côté, les socialistes et les radicaux, de l'autre, les communistes. Ces derniers ne veulent pas laisser passer le franquisme. Ce refus repose sur un principe de solidarité internationaliste et pragmatique. Pour eux, si on laisse faire, le fascisme arrivera en France.
Blum pense la même chose mais n'a pas la même stratégie. Il est persuadé qu'une intervention provoquera une deuxième guerre mondiale. Or, il croit vraiment, à l'époque, à la possibilité de la paix. La non-intervention est négociée à l'échelle de l'Europe avec l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie. Sauf que ces deux derniers pays vont vite armer les franquistes et intervenir militairement. Les communistes vont s'organiser eux-mêmes à travers les brigades internationales.
Ce qu'on ne sait pas, c'est que le gouvernement Blum interdit le départ de volontaires français en Espagne. Max Dormoy, qui succède à Roger Salengro au ministère de l'Intérieur, fait en sorte que les premiers réfugiés espagnols retournent en Espagne. Le gouvernement Blum n'a pas vraiment une politique d'hospitalité, excepté à l'égard des enfants réfugiés. L'objectif est d'empêcher la propagande révolutionnaire en interdisant les journaux ouvriers et anarchistes. Il y a, non seulement, la crainte réelle qu'une intervention déclenche une guerre mondiale, mais également la peur d'une contagion révolutionnaire.
Quelles tensions internes ou limites structurelles ont fragilisé le Front populaire jusqu'à sa chute en 1938 ?
Pour bien les comprendre, il faut revenir sur les détails de l'alliance. D'un côté, il y a un pôle anticapitaliste constitué par les partis communiste et socialiste. Des marxistes qui croient à la lutte des classes et, in fine, veulent renverser le capitalisme. Cela fait partie de leur culture politique. De l'autre, il y a le Parti radical, organisme de centre gauche très important au sein de la IIIe République, fondamentalement anticommuniste. Il ne veut pas remettre en cause la propriété privée des moyens de production. Pour lui, la propriété est sacrée. Les radicaux voient d'un très mauvais œil les grèves, car elles remettent en cause l'autorité et la possession du propriétaire de l'usine.
La coalition entre socialistes et radicaux repose surtout sur l'antifascisme, qui constitue le socle de base. Cette coalition de gauche a été souhaitée par Staline pour contrer cette menace, lors du VIIe Congrès de l'Internationale communiste en 1935. Jusqu'alors, les communistes détestaient les socialistes et les accusaient de faire le jeu des fascistes. Staline propose de changer de stratégie. Plutôt que de s'opposer, les gauches doivent s'unir sur une base antifasciste.
La coalition de gauche, qui gagne les élections législatives en mai 1936, est d'emblée une alliance fragile qui va vite se déliter. Les socialistes et les communistes ont peur que l'alliance avec le Parti radical ne se rompe. Les radicaux se méfient, quant à eux, des communistes. Leur base électorale se situe, à l'époque, du côté des classes moyennes.
Pour les attirer vers la gauche, les socialistes et les communistes vont faire des concessions. Ils ne vont, par exemple, plus du tout parler de nationalisation, alors que cela figurait depuis longtemps dans leurs programmes. Cela ne suffira pas. Les radicaux, qui contrôlent le Sénat avec la droite, vont représenter un énorme obstacle au Front populaire. Ils finiront d'ailleurs par s'allier avec la droite lors de la formation du gouvernement d'Édouard Daladier, en avril 1938.
Est-ce que l'on peut trouver des points communs entre la crise politique et économique actuelle et la situation de 1936 ? Est-il judicieux de faire cette analogie ?
Il faut toujours se méfier des analogies. Le contexte actuel est différent, même si des points communs avec 1936 existent. À l'époque, beaucoup de gens, notamment le patronat, préféraient Hitler à Blum, à l'image d'aujourd'hui, où ils optent volontiers pour le Rassemblement national et Jordan Bardella au détriment de la gauche, qu'ils voient comme une menace. Il y a une respectabilisation médiatique à l'égard de l'extrême droite. De plus en plus de médias considèrent qu'il vaut mieux Bardella que Jean-Luc Mélenchon au pouvoir.
Pour autant, la France des années 1930 est coupée en deux, avec, d'un côté, la gauche, et de l'autre, la droite. Aujourd'hui, le pays est plutôt divisé en quatre, entre la gauche, l'extrême droite, la droite et l'abstentionnisme. Si la gauche ne se montre pas véritablement de gauche, c'est-à-dire si elle s'allie avec une partie de la droite, cela ne fonctionnera pas. Le gouvernement du Front populaire a mené une politique libérale d'un point de vue économique. Son objectif était de relancer l'économie en faisant revenir les capitaux. Léon Blum et Vincent Auriol, le ministre des Finances, sont sincèrement socialistes, mais ils sont aussi pragmatiques. Ils vont notamment refuser le contrôle des changes et décider de dévaluer la monnaie.
Bien que le Parti communiste français ne soit pas d'accord avec cette politique, il vote la confiance au gouvernement afin de conserver l'alliance. La situation de l'époque est extrêmement angoissante. Entre la guerre d'Espagne, la crise économique et la menace fasciste, on peut difficilement trouver pire pour l'arrivée d'une gauche au pouvoir. Ce qu'il faut néanmoins retenir pour comprendre la situation actuelle, c'est que, en dépit des concessions de Blum, cela n'a pas suffi à garder les radicaux du côté de la gauche.
En juin 1937, Blum n'obtient pas la confiance du Sénat, et c'est Camille Chautemps qui le remplace en tant que président du Conseil. Cela oriente le Front vers la droite. Ce sera encore pire avec l'arrivée d'Édouard Daladier en avril 1938, qui signe la fin du Front populaire. Il va vouloir revenir sur toutes les avancées sociales votées par le gouvernement Blum. En novembre 1938, il fait durement réprimer une grève générale appelée par la CGT et le Parti communiste français. Cette répression de la part d'un des anciens piliers du Front populaire met fin au mouvement social.
En quoi l'héritage du Front populaire – ses avancées, mais aussi ses limites – peut-il aider à combattre la montée de l'extrême droite en 2025 ?
Le meilleur moyen de combattre la situation actuelle est de ne pas voir le Front populaire comme un mythe. Il faut évoquer à la fois ses victoires sociales et ses limites politiques. C'est ce qui peut enrichir la gauche actuelle. Cette dernière est actuellement très émiettée et dispersée. Or, nous avons bien vu, lors des législatives de 2024, que la gauche peut s'unir. Malheureusement, cette union s'est vite délitée.
La gauche doit non seulement prouver qu'elle est capable de mettre en œuvre des mesures sociales, en tenant son programme, mais aussi qu'elle ne brade pas ses objectifs au premier coup de vent. Or, actuellement, les partis de gauche se tirent dans les pattes. Ils ne sont pas à la hauteur de l'exigence historique à laquelle nous faisons face. Il y a aujourd'hui un risque très important de retour du fascisme. La gauche n'arrivera à rien si elle ne mène pas vraiment une politique conséquente et cohérente qui traite les problèmes sociaux à la racine.
La crise économique s'approfondissant, l'expérience Blum a créé une déception, notamment au sein des classes moyennes. Celles-ci vont avoir le sentiment d'être abandonnées à leur sort. Elles vont par la suite d'autant plus facilement se rallier à Pétain, comme elles le font aujourd'hui avec le Rassemblement national. Là où le Front populaire considérait les grèves comme un obstacle à sa politique, la gauche pourrait aujourd'hui les juger comme un outil pour instaurer un rapport de force et arracher des conquêtes sociales. En d'autres termes, la gauche doit bien choisir avec qui elle s'allie. C'est la leçon à retenir du Front populaire.