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Monde

5 personnes tuées dans l'explosion d'une biscuiterie : en Grèce, le fléau des morts au travail

12 février 2026 | Mise à jour le 12 février 2026
Par | Photo(s) : GNantin via Wikimedia Creative Commons
5 personnes tuées dans l'explosion d'une biscuiterie : en Grèce, le fléau des morts au travail

Vue de Trikala, en Grèce (Photo d'illustration).

L’explosion d’une biscuiterie en Grèce a provoqué la mort de cinq femmes dans une ville du nord-ouest d’Athènes. Une tragédie qui révèle un fléau : dans le pays, la dégradation des conditions de travail continuelle des conditions de travail a entraîné une augmentation des accidents.

Le 26 janvier, la Grèce s’est réveillée sous le choc. Vers 4h du matin, une explosion a eu lieu dans une usine, la biscuiterie Violanta, située près de Trikala, à environ 245 kilomètres au nord-ouest d’Athènes. Cinq employées y ont trouvé la mort, brûlées par l’incendie où les flammes ont atteint les 1000 degrès. Six autres employés ont été blessés et deux autres s’en sont sortis indemnes.

Des témoins ont entendu la puissante détonation perceptible à plusieurs kilomètres à la ronde. Après l’accident, des salariés et des proches des victimes avaient rappelé qu’il régnait une forte odeur dans l’usine, au moins depuis octobre dernier. De même, le secrétaire général du centre des travailleurs de Trikala, Giorgos Liatifis, cité par le journal Ethnos, a assuré que, dans les jours précédents l’accident, des employés s’étaient alarmés d’une odeur de gaz dans les locaux. Or, selon les experts, le tuyau de propane à l’origine de l’explosion avait subi une corrosion importante et complète. D’après les éléments disponibles à ce jour, les normes de sécurité prévues ne semblent pas avoir été respectées.

Pourtant, Violanta est une entreprise très connue en Grèce, qui dispose de deux sites de production (à Trikala et à Larissa, au nord d’Athènes) et de plusieurs entrepôts. Selon son site internet, rien que sur son principal centre de production, à Trikala, sont fabriqués plus de 16500 tonnes de biscuits vendus en Grèce ou exportés, essentiellement dans les Balkans. Sur son site, le groupe précise également : « Au cours des dernières années, notre entreprise a connu une croissance économique florissante. L’année dernière s’est terminée sur une note très positive. » En 2024, il dégageait un bénéfice avant impôts de 5 millions et 56 000 euros (pour 902 000 euros d’impôts), soit plus de trois fois plus qu’en 2016 avec 1 million 595 000 euros de bénéfices (pour 450 000 euros d’impôts).

Le droit du travail en lambeaux

En réalité, cet incendie en dit long sur la situation du travail en Grèce après des années au cours desquelles la crise a servi de prétexte pour araser le droit du travail : les conventions collectives ont été abolies, le rôle des syndicat affaibli, les services publics attaqués et certaines institutions, comme l’inspection du travail, particulièrement affaiblies. Alors que la Grèce est censée être sortie de la crise depuis 2018 – date de son dernier plan de renflouement et de la levée de la tutelle de la Troïka -, cette tendance s’est poursuivie avec l’arrivée au pouvoir en juillet 2019 de Nouvelle Démocratie, le parti de la droite conservatrice dirigé par Kyriakos Mitsotakis, l’actuel Premier ministre.

En 2021, le nombre légal d’heures supplémentaires est augmenté puis le cumul d'emplois chez deux employeurs est légalisé en 2023. En 2024, une mesure faisant passer la semaine de travail à six jours entre en vigueur en Grèce. En 2025, le gouvernement apporte de considérables modifications dans le droit du travail, introduisant notamment la possibilité de journées de travail de 13 heures. Bref, au fil des ans, dans ce petit pays d’Europe aux allures de laboratoire des politiques publiques de l’Union Européenne, le travail salarié devient de plus en plus dangereux, non seulement pour la santé, mais aussi pour la vie des travailleurs et des travailleuses. Les données officielles de l’Inspection du travail montrent qu’en 2024, 17359 accidents du travail ont été enregistrés, contre seulement 5930 en 2015.

Trop peu d’inspecteurs du travail

Andreas Stoimenidis, qui préside la Fédération des associations des travailleurs des entreprises techniques (OSETE) et l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, mène depuis plusieurs années une enquête indépendante sur les accidents du travail. Il explique qu’en Grèce, depuis le début de 2026, il y a déjà eu 14 morts et 18 blessés dans des accidents du travail. En 2025, 201 personnes ont perdu la vie dans un accident du travail en 2025 et 332 ont été blessées. Les chiffres pour 2024 sont de 149 morts et 232 blessés et, pour 2023 de 104 morts et 140 blessés. Le gouvernement, lui, présente d’autres statistiques : selon les siennes, il n’y a eu que 42 morts au travail en 2025… Et les autres chiffres sont à l’avenant. La différence est liée au mode de calcul : « Nous comptons les pertes humaines sur les lieux de travail, mais l’Autorité indépendante, en collaboration avec le ministère du Travail, n’enregistre pas les incidents dans les carrières et en mer », explique le président de l’OESTE.

Reste qu’en Grèce, l’inspection du travail souffre d’une véritable déficit de personnel. Elle ne compte que 233 inspecteurs de sécurité et de santé chargés de contrôler plus de 351 000 entreprises et plus de 2,5 millions de travailleurs. En outre, seuls 200 inspecteurs sont sur le terrain, les autres occupant des postes administratifs.

« Toutes les études montrent que la 8e heure de la journée de travail de 8 heures est la plus dangereuse. Lorsque nous passons à 13 heures, nous comprenons que le danger augmente de manière exponentielle », souligne Andreas Stoimenidis. Bref, un choix est fait entre vies humaines et augmentation des profits.
Pierre Wassermann