
Barnier à Matignon, le mépris du vote des électeurs
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Comme ici, devant la mairie de Maubeuge (Hauts-de-France), en 2022, dans bien des villes de France, des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) s’engagent dans la lutte pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail, ainsi que la faiblesse de leur rémunération.
À moins d'un mois des élections municipales de 2026, certains appétits politiques sont déjà aiguisés, les tractations entre forces politiques bien entamées. Et malgré un contexte politique et économique instable, une majorité d'édiles locaux sont prêts à remettre le couvert. Une enquête menée en octobre 2025 par Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po, et Pierre-Henri Bono, chercheur au Cevipof (le Centre de recherches politiques de Sciences Po), révélait que 58 % des maires avaient décidé d'être de nouveau candidats. Pourtant, administrer une commune n'a rien d'un long fleuve tranquille. Quelques mois plus tôt, selon une enquête menée par les mêmes auteurs, ils n'étaient encore que 41,7 % à être certains de remettre leur mandat en jeu et 30,1 % à être encore indécis. Dans cette catégorie, la première raison institutionnelle du renoncement ou de l'indécision reposait sur « des ressources financières et fiscales insuffisantes ».Une part des ressources des communes provient d'impôts directs locaux (taxe foncière, taxe professionnelle…), de transferts financiers étatiques et d'une part d'emprunt uniquement affectée aux nouveaux investissements. Or, la dotation globale de fonctionnement (DGF), principale dotation de l'État aux collectivités, a diminué de plus de treize milliards d'euros entre 2014 et 2018, selon la Cour des comptes, tandis que « sa non-indexation sur l'inflation grève durablement les budgets locaux. Dans le même temps, la suppression de la taxe d'habitation n'a été que partiellement compensée par des dotations de remplacement, générant des pertes d'autonomie fiscale », rapporte le collectif d'économistes Nos services publics, dans son Rapport sur l'état des services publics . Et si les communes connaissent une évolution de leur épargne brute rapportée aux produits réels de fonctionnement moins défavorable que les régions ou les départements, la Cour des comptes souligne que « le nombre de communes ayant une épargne nette négative a crû à nouveau en 2024 après avoir baissé au cours des années précédentes » et que « le nombre de communes exposées à un risque d'insuffisance de trésorerie a lui aussi augmenté ».
En parallèle, le besoin de financement des communes permettant de répondre à leurs domaines de compétence (l'urbanisme, le logement, l'environnement…) n'a pas décliné, loin de là. « La loi 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration) de 2022 a été présentée comme un ensemble de mesures de simplification de l'action publique locale, mais il s'agit bien de reporter un certain nombre de compétences sur les collectivités territoriales et des charges associées à ces compétences, fait remarquer Nadège Vezinat, sociologue du travail, autrice du livre Le Service public empêché (PUF). Certains transferts sont complets, d'autres partiels, mais le résultat est bien que l'État ne paye plus ces charges et qu'il déplace le coût de certains services publics. C'est un mouvement qui, en transformant les services publics nationaux en services publics locaux, les fragilise doublement. D'abord, parce que certains vont dépendre du bon vouloir d'élus locaux. Ensuite, parce que toutes les communes ou intercommunalités ne disposent pas des mêmes moyens financiers. »En outre, la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la république, dite « loi NOTRe », a maintenu la clause de compétence générale des communes leur permettant, depuis 1884, « d'intervenir sur toute question présentant à leurs yeux un intérêt public local dès lors que cela n'empiète pas sur les attributions d'un autre échelon d'action publique », comme l'écrit Nadège Vezinat. Ainsi, bien que la santé ne relève pas de la compétence des communes, elles peuvent néanmoins s'investir dans ce domaine. « Certaines communes montent un centre de santé municipal pour maintenir un accès aux soins minimal alors que rien ne les y oblige, constate la sociologue. Dans ce cas-là, c'est une bascule volontariste des compétences. »D'après les travaux de cette dernière sur le sujet, qui n'ont pas encore été publiés, l'orientation donnée à ce centre sera sensiblement différente selon l'appartenance politique de l'élu. « Lorsque la commune est dirigée par la gauche, le centre de santé va mettre l'accent sur les populations vulnérables, donner accès à l'aide médicale de l'État, aux personnes en situation irrégulière… Si la municipalité se situe à droite, l'idée sera plutôt de soigner tout le monde et les ouvertures de droits seront moindres. » La Fédération CGT des services publics ne veut plus de ces politiques de « différenciation territoriale ». « C'est un autre moyen qu'a trouvé le gouvernement pour permettre de déroger au statut et aux règles habituelles d'exercice des missions, dénonce Natacha Pommet, sa secrétaire générale. Certaines communes riches peuvent mettre en place des repas pour les personnes âgées à des fins électoralistes, tandis que d'autres n'en ont pas les moyens alors que leur population est particulièrement fragilisée. Cela signifie que le service public rendu n'est pas le même selon les territoires. »
Ce délitement des services publics locaux s'accompagne d'une fragilisation du statut des agents publics. Certes, l'emploi est réparti à la hausse dans la fonction publique territoriale en 2023, après avoir marqué le pas en 2022. L'Insee note une augmentation de 0,9% soit 18600 agents supplémentaires. Mais « la hausse est portée par l'augmentation du nombre de contractuels », relève Natacha Pommet. Et si le nombre de fonctionnaires augmente dans les régions et les départements, il diminue de 0,1% dans le secteur communal. Pour la syndicaliste, il ne fait aucun doute que la fonction publique est devenue moins attractive. « En vingt-cinq ans, les agents publics ont perdu près de 26% de pouvoir d'achat, déplore la secrétaire générale. Quant aux élus, ils veulent pouvoir licencier aussi facilement qu'une entreprise rencontrant des difficultés économiques. Alors plutôt que d'embaucher des agents à statut, ils prennent des contractuels. » En novembre dernier, le conseil départemental de Haute-Garonne a annoncé la suppression de 500 postes au prétexte qu'il lui manquerait 160 millions d'euros pour boucler le budget 2025. À cela s'ajoute une dégradation du bien-être des agents territoriaux, dont Nadège Vézinat souligne qu'ils ont choisi leur travail, en partie au moins, pour son « utilité sociale ». « Ces transferts de compétences de l'État aux collectivités territoriales basculent la responsabilité sur les agents, explique-t-elle. Ils se retrouvent à l'intersection d'un service public empêché, par manque de moyens, et d'usagers dont ils ne peuvent pas satisfaire les besoins parce qu'on n'accorde pas assez d'autonomie aux agents. Cela peut créer une perte de sens au travail. »

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