23 février 2026 | Mise à jour le 23 février 2026
Une récente étude menée par MonCVParfait via Pollfish aux Etats-Unis montre qu'une majorité de salariés ne sont pas dupes du management performatif à base de promesses d'évolution de carrière non-tenues par les entreprises. Une importante proportion de salariés interrogés fait ce constat que la récompense d'un travail bien fait se traduit au final par davantage de travail et par très peu, voire pas de reconnaissance.
Le chiffre qui frappe – au centre de cette enquête menée en ligne par MonCVParfait avec Pollfish, aux États-Unis auprès d’un panel de 1000 ressortissants Américains en emploi et paru le 18 février -, ce sont ces 65 % de sondés, salariés de tous univers et de tous statuts, qui estiment que leur progression professionnelle est factice. Que la promesse d'une progression de carrière ou d'évolution professionnelle est illusoire puisque, dans les faits, elle ne s'accompagne ni d'une augmentation de salaire, ni d'une promotion, ni d'une évolution du niveau de responsabilité. Un marché de dupes qui porte, côté anglo-saxons, le nom de « Ghost Growth », soit « croissance fantôme » ou plutôt, dans le contexte, « avancement fantôme ».
Ainsi, 53 % des sondés estiment que leur entreprise leur donne l'impression d'avancer, mais que cette impression n'est que de façade. D'ailleurs, 66 % des sondés considèrent que leur employeur pratique le « growth theater », c'est-à-dire une mise en scène feignant de promouvoir ses salariés ne se traduisant pas concrètement en termes de progression de carrière, malgré les efforts de ces derniers. Et quand les employés atteignent ce qu'on appelle un palier dans l'évolution de leur carrière, 49 % des interrogés font l’amer constat que leur entreprise les berce d'illusions en leur faisant miroiter des opportunités qui s'avèrent au final superficielles, voire artificielles.
Quand la charge de travail augmente, sans récompense
C'est d’ailleurs l'expérience vécue par 78 % des salariés sondés qui se sont vu confier de nouvelles missions, des tâches ou responsabilités supplémentaires sans que cette charge de travail accrue n'ait été récompensée par une hausse de salaire ou par une promotion. Et de fait, seuls 15 % des répondants déclarent avoir reçu une augmentation reflétant l'élargissement de leur rôle au cours de l'année écoulée (2025). À mettre en perspective avec ces 35 % de salariés affirmant n'avoir jamais été correctement rémunérés pour une charge de travail accrue et, plus grave, avec 53 % de sondés qui se sont vu promettre une promotion ou une opportunité professionnelle qui ne s'est jamais concrétisée.
Or, les spécialistes de la gestion des ressources humaines ne l'ignorent pas : le surcroît de travail sans reconnaissance, ça mine le moral. C'est aussi la première source de démotivation et donc de désengagement au travail, « à l'image de certaines politiques de retour au bureau, les promesses non suivies d'effets ont pour résultat de détériorer la confiance et de favoriser les départs », souligne ainsi l'enquête. Les chiffres qui suivent en témoignent : 23 % des sondés déclarent s'être sentis frustrés ; 20 % disent avoir ressenti un épuisement professionnel ; 16 % ont été incités à commencer une recherche d'emploi ; 15 % se sentent totalement désengagés de leur travail ; 13 % affirment se sentir piégés dans leur poste.
Le Ghost Growth, un management pernicieux
Les fausses promesses non-suivies d'effets ont aussi des impacts sur la santé des salariés qui, à force de promesses non-tenues, finissent par croire que la non-réponse à leur investissement dans le travail est leur tort. En effet, quand la situation de déni de reconnaissance perdure, les victimes de « ghost-growth » finissent par se convaincre que l'absence de progression professionnelle, de promotion ou de reconnaissance relève de leur responsabilité individuelle .
C'est là où s'installent alors des phénomènes bien connus de « burn-out » ou de « bore-out » ; d'épuisement professionnels ; d'addictions de toutes sortes pour « tenir » au travail, malgré les manquements aux promesses et les vexations induites. Autant de facteurs qui alimentent un cercle vicieux de perte de confiance en soi, de désengagement au travail, de surcharge émotionnelle et d'épuisement professionnel. Le tout contribuant à dégrader la santé au travail que l'employeur a pourtant pour obligation légale de prévenir et d'éviter.
… Ou comment pousser les salariés vers la porte de sortie
Les chiffres parlent clairement : au cours des douze derniers mois, 68 % des sondés déclarent avoir envisagé de quitter leur emploi en raison d'une promotion factice, sans augmentation de salaire ni promotion concrète. Mais encore : 27 % ont effectivement quitté un poste pour cette raison, tandis que 41 % sont restés en poste, tout en envisageant malgré tout un départ. Parmi les sondés, 39 % ont accepté une charge de travail supplémentaire en espérant une évolution, sans recevoir de reconnaissance. Enfin, 31 % ont qualifié cette expérience de « décevante », et le mot est faible au regard des impacts sur le ressenti des salariés qui, à 52 %, déclarent subir une pression pour donner l'impression de progresser, même quand ce n'est pas le cas. « Dans une culture qui valorise l'hyperactivité et la progression constante, rester au même niveau peut être perçu comme un échec, même lorsque la responsabilité incombe à l'entreprise et non au salarié », souligne à ce titre l'étude.
A l'aune de quoi, les enquêteurs ont interrogé les salariés sur leurs attentes en matière de progression professionnelle réelle, qui ne serait pas qu'un simple habillage performatif. Les résultats sont édifiants. 27 % des répondants souhaitent une rémunération plus élevée ; 18 % considèrent qu'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle coïncide avec une progression significative ; 16 % attendent des fonctions managériales ou un parcours de promotion clair ; 15 % souhaitent acquérir de nouvelles compétences ; 8 % seulement considèrent que l'autonomie, à elle seule, est suffisante.
Ainsi, quelles que soient le ruses des entreprises pour illusionner les salariés, ces astuces performatives ne trompent pas les salariés qui attendent une progression concrète, mesurée en termes de rémunération, de trajectoire professionnelle et de reconnaissance, et non une simple accumulation de missions ou de titres ronflants. Car lorsque la promesse d'une progression n'est qu'une façade, elle éloigne, démotive, dissuade. Or, lorsque 65 % des salariés perçoivent cette réalité, le coût ne se limite pas à une simple perte de confiance ressentie par les salariés. Malheureux, ils finissent bien souvent par partir. Une bonne raison pour les employeurs de tenir enfin leurs engagements.