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COMMERCE

« Crachat sur les paysans », « dumping social » : sur le Mercosur, le passage en force de Von der Leyen... ne passe pas

3 mars 2026 | Mise à jour le 3 mars 2026
Par | Photo(s) : AFP
« Crachat sur les paysans », « dumping social » : sur le Mercosur, le passage en force de Von der Leyen... ne passe pas

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Vendredi 27 février, en décidant l'application provisoire de l'accord commercial entre l'union européenne et le Mercosur, sans attendre le vote du parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pris l'initiative d'un passage en force politiquement explosif.  

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a décidé de passer outre la saisine de la Cour de justice de l'UE par le Parlement européen, qui suspend l'entrée en vigueur de l'accord commercial entre l'Union européenne et quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), pour annoncer vendredi 27 février son application provisoire. En France, la décision a provoqué un tollé quasi général. Les agriculteurs, la classe politique, les syndicats et même des partisans de cet accord de libre-échange, condamnent cette action prématurée.  

Selon l'exécutif européen, l'application provisoire repose sur l'article 218 du traité sur le fonctionnement de l'UE, qui permet d'activer les volets relevant de la compétence exclusive de l'Union avant la ratification complète par les États membres. 

Pour Ursula von der Leyen, l'enjeu serait de consolider un partenariat stratégique avec un bloc de plus de 260 millions d'habitants, sécuriser des chaînes d'approvisionnement critiques et ouvrir un marché représentant près de 700 millions de consommateurs au total avec l'UE. L'accord prévoit la suppression progressive de plus de 90 % des droits de douane entre les deux blocs. Son objectif est double : affirmer la crédibilité commerciale de l'UE dans un contexte de rivalités sino-américaines et démontrer la capacité de l'Europe à conclure des accords structurants malgré les résistances internes. Quitte donc à passer en force. 

La « mauvaise surprise » de Macron

La France, déjà cornérisée au moment du vote et ayant échoué à maintenir sa minorité de blocage, a réagi. Via les services de presse de l’Élysée, Emmanuel Macron a dénoncé une « mauvaise surprise » et un « choix unilatéral ». Il a insisté sur la nécessité de protéger les agriculteurs français et de garantir des clauses environnementales contraignantes.  

Officiellement, l'Élysée affirme ne pas avoir été informé du calendrier précis. Les révélations de la presse spécialisée (Politico et Contexte) rappellent toutefois que l'hypothèse d'une application provisoire était discutée depuis des mois. Plusieurs rapports d’information français (notamment le rapport n° 156 du Sénat, déposé en novembre 2025) mentionnaient l’utilisation possible de leviers juridiques à disposition de la Commission.

Certes, mais la décision finale d'Ursula von der Leyen semble tout de même avoir été prise sans réelle coordination politique avec les capitales les plus réticentes. On observe en revanche un alignement parfait de calendrier entre les annonces de la Commission et les demandes du chancelier allemand, tandis que les demandes françaises (clauses miroirs contraignantes) ont été reléguées à un simple « protocole additionnel » non contraignant, insuffisant par Paris. Ce décalage nourrit un malaise : la France apparaît marginalisée dans une décision stratégique européenne qu'elle contestait. 

Et bien sûr, l’opposition à l’initiative d’Ursula von der Leyen est unanime portée à gauche où les critiques ciblant directement présidente de la Commission européenne ont fusé. Pour Manon Aubry, ainsi, députée européenne et co-présidente de la Gauche Unitaire Européenne, « la Commission contourne les représentants des peuples pour imposer un accord massivement contesté ». Elle dénonce « un passage en force technocratique ». Jean-Luc Mélenchon évoque, lui, une « confiscation démocratique » et appelle à une mobilisation contre « l'Europe des traités commerciaux ». Au Parti socialiste, plusieurs responsables estiment que la méthode employée par la présidente de la Commission « affaiblit la légitimité du projet européen ». Chez Les Écologistes, Marine Tondelier accuse Ursula von der Leyen de « sacrifier les engagements climatiques sur l'autel du libre-échange », soulignant les risques accrus de déforestation en Amazonie. 

Agriculture : le point de rupture

Mais c’est le positionnement des agriculteurs qui, s’il ne faisait pas mystère, était très attendu tant ce sont eux qui paieront au premier chef les pots cassés de l’accord. L'un des points les plus sensibles en effet concerne les quotas agricoles, notamment l'importation d'environ 99 000 tonnes de viande bovine sud-américaine par an. Les syndicats agricoles estiment que ces volumes, même limités à l'échelle européenne, vont peser fortement sur les prix français, dans un secteur où le revenu moyen agricole demeure fragile et risque par conséquent de baisser encore. 

Dans un communiqué officiel, Fanny Metrat, porte-parole nationale de la Confédération paysanne, a qualifié cette annonce de « crachat au visage des paysannes et paysans ». Le syndicat estime que cette décision sacrifie l’agriculture paysanne sur l’autel du commerce international et de l’agrobusiness. 

Pour Sophie Binet, « une stratégie de dumping social »

La CGT a elle aussi creusé ce sillon. Sophie Binet, la secrétaire générale, a lancé de premières flèches sur la matinale de BFMTV le 27 février. Profitant de l’actualité brûlante du Salon de l’Agriculture, elle a fustigé le « double discours » de l’exécutif européen. 

La secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail, Sophie Binet, a vivement critiqué la démarche de la Commission dans son ensemble, parlant « d'une stratégie de dumping social organisée à l'échelle continentale » et estimant que l'application provisoire « prive les travailleurs d'un débat démocratique essentiel ». 

Dans la foulée, le communiqué officiel de la CGT, cosigné avec d’autres organisations (comme la Confédération paysanne et des ONG telles qu’Attac ou Greenpeace), plussoie. Il a ainsi posé que priver les travailleurs d’un débat parlementaire était une « faute politique majeure » qui alimente le sentiment de rejet de l’Union européenne. 

La CGT redoute une pression accrue sur les salaires dans l'agroalimentaire et l'industrie, des restructurations dans certains bassins industriels et un affaiblissement des normes sociales européennes. Selon elle, l'ensemble des méthodes employées par Ursula von der Leyen renforce la défiance envers les institutions européennes et nourrit le sentiment que « les décisions économiques majeures échappent au contrôle citoyen ».