À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
Reportage

Rejet de Némésis et « joie militante » : à Paris, au cœur de la manifestation du 8-mars pour les droits des femmes

9 mars 2026 | Mise à jour le 9 mars 2026
Par | Photo(s) : Nina Breux
Rejet de Némésis et « joie militante » : à Paris, au cœur de la manifestation du 8-mars pour les droits des femmes

Un cortège dense et très mobilisé pour ce 8-mars.

Ce dimanche 8 mars a vu défiler les cortèges venus militer pour les droits des femmes à l’occasion de la journée internationale qui les célèbre. Cette année, marquée entre autres par les provocations du groupe identitaire Némésis, les mots d’ordre étaient à la lutte contre l’extrême droite et le retour de flamme du masculinisme. NVO.fr a suivi manifestantes et manifestants.

Une marée violette – couleur signifiant le soutien aux victimes de violences faites aux femmes – a gagné Paris ce dimanche 8 mars. De la place de la Bataille-de-Stalingrad jusqu'à la place de la République, en passant par le Boulevard de la Villette et le canal Saint-Martin, 130 000 personnes, selon la CGT, ont transformé l'est de la capitale en un fleuve de drapeaux, de banderoles et de tambours. Une démonstration de force contre l'extrême droite et le masculinisme, pour la liberté des femmes. 

Un soleil militant

Dès 13h, la place de la Bataille-de-Stalingrad déborde. Les corps se pressent autour du bassin de la Villette, les écharpes et les fumigènes violets teignent l'air d'une lumière douce, presque irréelle. Le soleil, complice inattendu et presque insolent pour ce début de mois de mars, découpe des éclats mauves sur les façades haussmanniennes, faisant briller banderoles tendues et visages souriants. On sent partout cette chaleur propre aux événements collectifs, la chaleur de se compter et de se reconnaître dans la foule.  

« On est là nombreuses et puissantes », résume simplement Tamara. Autour d'elle, des cortèges d'associations féministes, de syndicats, de collectifs LGBTQIA +, de parents avec poussettes décorées de slogans et de femmes de tout âge. Une centaine d'organisations ont appelé à ce rassemblement, pour défendre des droits fragilisés par la montée de l'extrême droite et ses groupuscules radicaux, des droits menacés à quelques jours des élections municipales des 15 et 22 mars.

« Notre devoir à tous, c'est de maintenir des droits acquis. Je suis là dans la joie militante, tout le monde a un but commun ». Pierre, la vingtaine et cette joie qu'il décrit, on la retrouve partout : dans les rires, dans les bras levés lorsque les tambours accéléraient leur rythme, dans les chants repris en chœurs dès les premières mesures.  

Au tempo commun

Tout au long du parcours, les tambours rythment la marche avec une régularité hypnotique. Des batucadas brésiliens côtoient des cercles de djembés, des casseroles frappées à bras-le-corps, des sifflets et des klaxons de vélo. La musique s'élève par vagues, couvrant les slogans une seconde. Le cortège progresse lentement à travers cette forêt de sons, presque dansant, vers la Place de la République.   

La lumière de cet après-midi ensoleillée fait scintiller les paillettes sur les visages, les sequins, les robes militantes, les miroirs accrochés aux pancartes. Une esthétique du carnaval mise au service d'un propos essentiel : la liberté de disposer de son corps, la lutte contre les violences sexistes et masculinistes et l'émancipation économiques.  

Contre ceux qui veulent « enterrer les droits des femmes »

On remarque dans la foule des accessoires qui sont aussi des repoussoirs. Ainsi, on repère une poupée du fameux compagnon de Barbie enchaînée, dont le prénom est détourné en une formule : « On va tous les Ken ». L’effigie récolte des sourires complices à chaque coin de rue. Un peu plus loin, « Not all men, but always a man », slogan lapidaire circule sur plusieurs pancartes à la fois. Et cet autre, brandi haut et fort « Némésis, pour les racistes, pas les femmes ». Une allusion direct au collectif d'extrême droite, rassemblé dans l'ouest de la capitale après avoir été écarté, au terme d’échanges avec la préfecture de police, d’un cortège où il n’avait pas sa place. Et pour cause : le collectif, au centre de l’affaire Quentin Deranque, est le tenant du fémonationalisme, un courant idéologique qui instrumentalise le féminisme à des fins racistes.  

« Ken », en fâcheuse posture.

D’autres revendications, d’apparence plus sectorielle, renvoient en fait des échos supplémentaires des discriminations dont les femmes font l’objet à peu près partout dans le monde du travail. « Dans le spectacle, il y a encore beaucoup trop de rôles pour les hommes et trop peu pour les femmes. Elles disparaissent des écrans. Ce problème, lié aux violences sexuelles. Les #Metoo, on ne les compte plus. Il faut que la peur change de camp », nous glisse ainsi une comédienne, keffieh autour du cou. Des mots posés sur ce que beaucoup ressentent dans les industries culturelles : une persistante inégalité de présence d'exposition, de rémunération, doublé d'un silence trop souvent imposé sur les abus.  

Car les inégalités sociales et professionnelles ont décidément la peau dure dans un pays où, selon des données de l’Insee pour l’année 2024, les femmes gagnent en moyenne 14% de moins que les hommes pour un temps de travail égal, et près de 22% tous temps de travail confondus. Présente, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT rappelle que les travailleuses et leurs alliés ne laisseront par le gouvernement et le patronat « enterrer le droit des femmes », notamment sur l'égalité salariale.  

Il est 17h, la tête de cortège atteint enfin la Place de République, les tambours reprennent de plus belle, la lumière orangée du soir effleure les façades. Les poings levés, la manifestation s'effiloche doucement dans les rues adjacentes, portés par la certitude tranquille d’un rendez-vous réussi, prélude aux prochains combats.