15 avril 2026 | Mise à jour le 15 avril 2026
La mobilisation syndicale a fait reculer le gouvernement sur le projet de loi visant à élargir le travail le 1er mai, jour hautement symbolique qui restera donc férié et chômé. Si la CGT se félicite de cette victoire d’étape, elle entend construire un prochain rendez-vous offensif, en matière de salaires notamment. Entretien avec Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.
Comment analyses-tu cette séquence, où les députés macronistes, avec le soutien des élus LR et Rassemblement national, ont manœuvré pour imposer une proposition de loi visant à élargir le travail le 1er-Mai, avant que le gouvernement ne recule ?
Une fois de plus, les députés du camp présidentiel, avec le soutien des élus de droite et d'extrême droite ont voulu empêcher les débats à l'Assemblée nationale, dans la continuité de leur volonté d'empêcher le vote pour la loi repoussant l'âge de départ en retraite à 64 ans, imposée via le 49-3. Cette fois, la situation s'est
retournée contre eux comme un boomerang. Alors que les droits sociaux sont attaqués, cette proposition de loi a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. En trois jours à peine,
la pétition s'opposant au passage en force a obtenu près de 100 000 signatures. L'intersyndicale s'est mobilisée dans le week-end pour demander au Premier ministre de ne pas convoquer de commission mixte paritaire (nécessaire à l'adoption rapide de la proposition de loi, NDLR).
Faut-il y voir une victoire syndicale ?
Disons que le monde du travail marque un point, c'est une victoire d'étape. La CGT s'est mobilisée pour faire prendre conscience des conséquences d'un élargissement du travail le 1er mai. Nous avons réussi à déconstruire le discours mensonger visant à faire croire que cette loi sécuriserait les artisans boulangers, que seuls les salariés volontaires travailleraient.
De fait, un tel texte bénéficierait surtout aux grandes enseignes du commerce, au détriment des droits des salariés et des petits commerces indépendants de proximité. Quant au volontariat, cette notion est antinomique du lien de subordination. Derrière, il y a parfois une mère de famille contrainte de composer avec des temps fragmentés. Nous avons eu droit à la même rhétorique pour l'ouverture des commerces les dimanches. Pour la CGT, le 1er mai, jour symbolique des luttes des travailleurs et travailleuses, doit rester obligatoirement chômé et payé, c'est un jour dans l'année qu'il faut laisser aux travailleurs, surtout en ces temps de guerre.
Derrière ce projet de loi, il y a aussi l'idée de travailler plus pour gagner plus…
Si le gouvernement veut faire en sorte que les salariés gagnent plus, il peut par exemple augmenter le Smic, le fixer à 2000 euros bruts comme le revendique la CGT. Revendication que nous avons présentée au ministre du travail Jean-Pierre Farandou, récemment encore. La CGT revendique aussi une hausse du point d'indice dans la fonction publique, où les salaires sont gelés depuis des années ; une hausse des minimas de retraite et le blocage des prix du carburant. Et ce, d'autant que la question des salaires se pose avec acuité, avec le retour de l'inflation. C'est en ce sens que nous allons construire le prochain 1er mai.