À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
CINÉMA

Festival de Cannes : « Qu'un film soit diffusé sur la Croisette ne signifie pas que le droit du travail y a été respecté »

12 mai 2026 | Mise à jour le 12 mai 2026
Par | Photo(s) : Olivier Chassignole / AFP
Festival de Cannes : « Qu'un film soit diffusé sur la Croisette ne signifie pas que le droit du travail y a été respecté »

L'univers du cinéma est bien souvent moins doré que la Palme.

Grèves sur les tournages, contrats non respectés, heures supplémentaires impayées… Derrière les paillettes du Festival de Cannes, qui s’est ouvert ce mardi 12 mai, les techniciens du cinéma français dénoncent des conditions de travail difficiles. Nicolas Yassinski, co-délégué général du Syndicat des professionnels des industries de l’audiovisuel et du cinéma (Spiac-CGT), dresse un état des lieux sans concession et nous explique pourquoi le syndicat n’a jamais autant été sollicité.

Louise Rocabert, déléguée générale du Spiac-CGT, dit recevoir une dizaine d’appels par jour pour signaler des problèmes sur des tournages. Qu’est-ce qui a changé ces dernières années ?

Deux phénomènes expliquent la recrudescence de ces sollicitations. D’une part, il y a une prise de conscience, chez les professionnels du secteur, de la dureté de leurs conditions de travail et de certains manquements au droit du travail. Beaucoup n’acceptent plus ce qui était auparavant toléré : les anciennes générations travaillaient beaucoup et n’étaient pas forcément payées, mais on estimait que ça faisait partie du jeu. Aujourd’hui, ça ne passe plus. D’autre part, la grève qu’on a menée à l’hiver 2023, avec plusieurs salariés de la production audiovisuelle, sur la question des salaires a donné de la visibilité au Spiac. En deux-trois ans, on a quasiment triplé notre nombre d’adhérents. De nombreux professionnels ont alors pris connaissance de l'existence d'un syndicat qui était là pour les accompagner lorsqu’ils étaient en conflit avec leur employeur.

En septembre 2025, la grève sur le tournage de Quasimodo, de Jean-François Richet, a trouvé un certain écho. Pourquoi cela ?

Cette grève a été médiatisée, plusieurs de nos communiqués ont été repris par la presse. La nouveauté, c’est que c'était une grève de salariés issus du secteur de la décoration. Les décorateurs, les régisseurs d'extérieur, les accessoiristes de jeu, etc. viennent souvent en amont du tournage pour le préparer. C’est donc une profession qui reste à l’écart du plateau, du lieu de tournage et du reste de l’équipe. Ces gens sont assez isolés : ils sont beaucoup en voiture, pour aller chercher des éléments de décor par exemple, ou travaillent de chez eux. Ce n’est donc pas un milieu qu’on voit se mobiliser très souvent. Cette grève a permis de mettre en lumière leurs conditions de travail et a eu un gros retentissement : elle a permis d’ouvrir un cycle de négociations avec les syndicats de producteurs et d’avoir un relais assez fort dans les médias et dans la profession.

Début mai, Télérama publiait une enquête sur le « ras-le-bol des techniciens du cinéma français, malmenés sur les tournages ». L’article fait notamment mention d’un jet privé affrété pour une star alors que, dans le même temps, les grévistes réclamaient des renforts. Comment analysez-vous ces inégalités entre équipe technique et têtes d’affiche ?

Tout d’abord, on considère qu’il faut que le droit du travail soit respecté pour tout le monde, particulièrement sur des films comme Quasimodo, qui disposent d’un gros budget (en l’occurrence, plus de 30 millions d’euros). Pour les techniciens, c’est catastrophique de signer un contrat de travail au début du tournage et de voir par la suite qu’il n’est pas respecté.

La question des « têtes d’affiche », elle, est délicate : ces artistes sont également des salariés, mais ils peuvent négocier plus facilement, car leur présence est souvent vue comme indispensable, notamment parce qu’elle entraîne des financements. On peut également déplorer de nombreuses inégalités entre ces premiers rôles et les figurants. Entre eux, sur les questions de rémunération ou de conditions de travail, c’est le jour et la nuit. C’est ce qui rend d’autant plus aberrantes ces histoires de jet privé pour certains, quand les autres triment sans être payés à la hauteur de leur travail.

Au Spiac, on plaide pour un rééquilibrage, pour le respect des droits pour l’ensemble des salariés. Notre syndicat défend les techniciens et les techniciennes, quand nos camarades du SFA-CGT œuvrent pour les artistes-interprètes. L’idée, c’est d’envisager une lutte commune pour ces deux corps de métier, de bâtir une solidarité entre eux.

Quel message aimeriez-vous adresser aux spectateurs des films qui seront diffusés sur la Croisette cette semaine ? 

J’aimerais leur rappeler que, derrière ces films, il y a certes les stars, les producteurs, les réalisateurs et réalisatrices, mais aussi tout un ensemble des techniciens et de techniciennes, qui sont mobilisés de la préparation à la post-production, en passant par le tournage. Ce sont souvent des métiers invisibles, dont il n’est fait mention qu’à la toute fin du générique, mais sans lesquels les films ne pourraient pas se faire.

Pour tous ces salariés, le simple respect du droit du travail, le paiement des minimums salariaux, des heures supplémentaires ou le fait d’avoir un contrat de travail sont des luttes à mener sur chaque tournage, y compris pour des films qui sont en compétition ou qui sont primés dans ce genre d’événements.

Durant le festival, on essaye de mettre en lumière ces métiers. Souvent, pour des films récompensés, réalisés par de grands noms du cinéma, on pense que le droit du travail a été respecté. Malheureusement, la notoriété du film et l’importance du budget ne signifient pas forcément que les conditions de travail des techniciens et techniciennes sont bonnes.