7 mai 2026 | Mise à jour le 7 mai 2026
La cour d'appel de Versailles a rendu, mercredi 6 mai, son jugement sur l’affaire qui opposait la militante CGT Siham Touazi à l’Ehpad du Château de Neuville, qui l’accusait de diffamation. Si l'institution judiciaire a confirmé la relaxe de l’infirmière, elle a néanmoins annulé la condamnation de son ex-employeur pour procédure abusive.
Sur le trottoir devant la cour d'appel de Versailles, dans les Yvelines, la vingtaine de militants CGT, la sono et leurs drapeaux rouges détonnent pour le moins. Ils sont nombreux à être venus de toute l'Île-de-France pour l’occasion et, au rythme des prises de parole, tous réaffirment leur soutien à Siham Touazi. À l’origine de la grève la plus longue de l’histoire du Val-d’Oise, l’infirmière, syndiquée à la CGT, s’était battue en 2022 pour dénoncer les conditions de travail dégradées au sein de l’Ehpad du Château de Neuville, l’établissement cossu où elle travaillait. Son ex-employeur, la société Epinomis, l'avait poursuivie pour diffamation, ainsi que la journaliste de l’Humanité Eugénie Barbezat, après une interview donnée à la radio associative Causes communes.
Parmi les visages les plus connus composant la foule des soutiens, Philippe Martinez, qui a suivi toutes les étapes de la mobilisation de Siham. L’ancien secrétaire général de la CGT salue une lanceuse d'alerte, « autant attachée à son boulot qu'à la vie des résidents » et qui « a dénoncé la maltraitance bien avant que cela ne prenne plus d'ampleur dans les Ehpad ». Anaïs Pallier, une ancienne salariée du même établissement, est, pour sa part, venue pour soutenir son ex-collègue, mais aussi « par solidarité avec tous les soignants en difficulté avec leur employeur ». Elle-même dit avoir été victime et témoin de pressions de la part de la direction de cet établissement lors de la mobilisation syndicale. « C’est un dossier où l’acharnement est parfaitement caractérisé, confirme Clara Gandin, l’avocate de Siham Touazi. Nous avons les preuves de pratiques de surveillance et du fait que des salariées ont été forcées de témoigner contre ma cliente. »
Une victoire en demi-teinte
Il y onze mois, presque jour pour jour, Epinomis avait subi un double revers judiciaire. Non seulement Siham Touazi avait été relaxée par le tribunal correctionnel de Pontoise sur l’accusation de diffamation, mais la direction de l'Ehpad avait été, elle, condamnée à 10 000 € de dommages-intérêts pour « procédure abusive ». Une décision dont la société propriétaire de l'Ehpad de Neuville avait fait appel, et qui a été rejugée le 4 janvier 2026. Le jugement de la cour d’appel de Versailles, rendu ce mercredi 6 mai, donc, lui a permis d'obtenir partiellement gain de cause : si la relaxe de Siham Touazi a été confirmée en deuxième instance, la cour a, dans le même temps, annulé la condamnation d’Epinomis pour procédure abusive.
Après le jugement, les syndicalistes ont fait part de leur déception, même si Yelena Mandengué et Clara Gandin, les avocates de Siham Touazi et Eugénie Barbezat, rappellent que la décision rendue reste une victoire. « Aujourd'hui, il existe un vide juridique en France autour de la protection des lanceurs d'alerte, estiment-elles. C'est pour ça qu'on n'a pas réussi à obtenir gain de cause dans la condamnation de la direction de l'Ehpad. » Une alerte qui semble par ailleurs restée lettre morte, Siham Touazi déplorant l'absence de changement institutionnel dans le milieu de la santé depuis la mobilisation qu'elle a menée : « C'est aussi ce que je dénonce, et c'est pour cela qu'on essaye de me faire taire », regrette-t-elle.
Et la militante syndicale n’est pas au bout de ses peines : trois autres décisions judiciaires la concernant sont attendues dans le courant de l'année. Il lui reste deux procédures collectives auprès du conseil de prud'hommes – le groupe Epinomis ayant également fait appel de sa condamnation pour harcèlement moral, discrimination syndicale et manquements à l'obligation de sécurité – ainsi qu’une devant le tribunal administratif. Un vrai parcours du combattant…