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Les Forges de Tarbes (Photo d'illustration)
Elle ne parle pas à la presse, puisque c’est ce qu’on lui reproche. Josiane Frétier, ancienne représentante du personnel CGT aux Forges de Tarbes, a reçu une assignation à comparaître le 6 février 2026 pour diffamation publique. Le groupe Europlasma, qui a racheté les Forges de Tarbes en 2021, réprouve ses prises de parole dans plusieurs médias.
L’ex-déléguée syndicale CGT de l’usine s’était exprimée sur la réalité des rendements de l’entreprise de 70 salariés, qui fabrique des corps creux pour les obus des canons Caesar, sans pour autant révéler de chiffres sensibles. La plainte est survenue seulement quelques mois après son départ à la retraite. Le procès se tiendra, a priori, le 7 décembre. Josiane Frétier risque 35 000 euros d’amende.
Aux Forges de Tarbes, les salariés sont des habitués des rachats : Altifort, en 2018 ; Tarbes Industry, en 2020, dont le créateur, Frank Supplisson, a été lourdement condamné, le 31 janvier 2025, pour escroquerie au jugement dans le cadre du rachat de l’usine Alpine Aluminium (ex-forges de Cran) ; puis la vente au groupe français Europlasma, un an après. Une opération qui avait redonné de l’espoir aux travailleurs, avec la perspective de se lancer dans la torche à plasma, un processus qui permet de vitrifier des matériaux dangereux, comme l’amiante, pour leur réutilisation. « Florence Parly, ministre des Armées à l’époque, était venue voir cette fameuse torche à plasma », se souvient José Navarro, secrétaire de la CGT Finances publiques des Hautes-Pyrénées, qui soutient Josiane Frétier et suit le dossier. Et d’ajouter : « Je me souviens du PDG d’Europlasma qui disait qu’il fallait faire attention aux salariés, qu’ils étaient polytraumatisés après toutes ces reprises. »
Sauf que les traumatismes des salariés, les dirigeants du groupe n'en ont pas tenu compte et, au sein de l’usine, les premiers remous se sont fait sentir rapidement. Alors qu’un comité de suivi des activités de l’entreprise a été mis en place dès le rachat, en lien avec la préfecture, les salariés se sont questionnés sur le rythme des investissements annoncés. L'usine devait à la fois diversifier ses activités et moderniser l’outil industriel. Pour avoir posé des questions sur l'arrivée des investissements, l'ex-représentant du personnel CGT Benjamin Duez a fait l’objet d’une procédure de licenciement, avec une mise à pied conservatoire. Un premier choc pour les travailleurs. « L’inspection du travail a refusé le licenciement. Europlasma a contacté le ministre du Travail d’alors, Olivier Dussopt, qui l’a lui aussi refusé », relate José Navarro.
Deux ans après ce violent premier épisode, les salariés continuent d’interroger le groupe sur ces fameux investissements. José Navarro et Gilles Haurie, secrétaire de la CGT-Territoriaux de Tarbes, rappellent que, malgré des communiqués de presse d’Europlasma annonçant des rendements au beau fixe, « le compte n’y est pas ». C’est simplement ce que soulignait Josiane Frétier, qui a pris la suite de Benjamin Duez, dans la presse.
« Josiane Frétier est une lanceuse d’alerte », estime Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine, qui connaît bien le sujet. « Il s’agit d’une procédure bâillon. » L’élu rappelle que les Forges de Tarbes est la seule usine en France à fabriquer des corps creux d’obus. Son plus gros client est KNDS, leader de la défense, contrôlé à 50 % par l’État français. Or, le site ne couvre qu’un quart des besoins de KNDS.
Au fil du temps, l'outil industriel vieillit, et les commandes annoncées sont bien moins élevées que prévu. Un communiqué de presse de décembre 2025 d'Europlasma indiquait la production de 150 000 corps d’obus d’ici à 2028, contre 60 000 pour la seule année 2024. Environ 50 000 par an, soit un rendement moins élevé qu'attendu. Pour lever le mystère sur les chiffres annoncés par le groupe, « une commission d’enquête est en cours à l’Assemblée nationale », explique Aurélien Saintoul. Dans son audition le 2 avril 2026, Josiane Frétier dénonçait une « mise à mal » de la trésorerie : « On a du mal à payer nos fournisseurs et, de ce fait, on subit de nombreuses ruptures d'approvisionnement. »
Les salariés des Forges de Tarbes seraient également « frustrés » et « anxieux » face à leurs conditions de travail. L'usine a été à l'arrêt plusieurs fois au cours de la dernière année et des accidents du travail ont eu lieu.
Ce qui interroge cependant le plus, c’est la frénésie avec laquelle Europlasma rachète des usines mal en point et communique sur des perspectives inatteignables. « L'engagement portait sur 250 000 corps d'obus en 2025 : nous n'en avons fabriqué aucun. L'engagement financier était de 7,5 millions d’euros ; seuls 4,5 millions avaient été investis à la fin décembre 2025, il manquait donc 3 millions d’euros », a rappelé Maël Le Goff, secrétaire CGT à la Fonderie de Bretagne, reprise par Europlasma en 2025, lors de son audition en commission d’enquête. Du côté de Valdunes Industries, fabricant de roues pour les trains, repris par Europlasma en 2024, « aucun salarié n’a accepté de témoigner en commission d’enquête », relate la rapporteure Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis. Une situation inédite qui souligne, selon elle, la peur des salariés.
« Le côté “pervers” de cette histoire, c’est que l'usine des Forges était peut-être le seul site du groupe Europlasma à tourner correctement : on avait des entrées de cash conséquentes, qui ne restaient malheureusement pas en totalité chez nous. Si on avait conservé cette trésorerie, on aurait au moins pu engager les opérations prioritaires de maintenance et payer nos fournisseurs », a souligné Josiane Frétier en commission d’enquête parlementaire. Pour Aurélien Saintoul, le doute persiste sur les réelles intentions du groupe : Europlasma annonçait avoir « conclu un accord pour la cession de ses activités de défense [les usines Forges de Tarbes, Valdunes Industry et Fonderie de Bretagne] pour 150 millions d’euros » le 10 avril. Depuis, l’action Europlasma a pris 150 %. Aurélie Trouvé a d'ailleurs fait un signalement à l’Autorité des marchés financiers, soupçonnant une manipulation du cours de la Bourse.
Josiane Frétier, elle, devra s’acquitter de ses frais d’avocat, pouvant du moins compter sur la solidarité de ses anciens collègues et des signataires de sa pétition de soutien. Loin de la retraite paisible dont elle rêvait.

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