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JUSTICE

Sophie Binet mise en examen, militante CGT sanctionnée... Mais que se passe-t-il chez Tefal ?

27 mai 2026 | Mise à jour le 27 mai 2026
Par | Photo(s) : Philippe Desmazes / AFP
Sophie Binet mise en examen, militante CGT sanctionnée... Mais que se passe-t-il chez Tefal ?

NVO.fr fait le point sur l'affaire Tefal.

La mise en examen de Sophie Binet et les menaces qui pèsent sur les militants CGT du groupe SEB (détenteur de Tefal) révèlent les difficultés auxquelles se heurtent les lanceurs d'alerte face à l’intolérance patronale.
« La CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente. » Ces propos, tenus par Sophie Binet lors de la Fête de l’Humanité, en septembre 2025, viennent de valoir à la secrétaire générale de la CGT une mise en examen pour diffamation. Vous trouvez ça énorme ? Vous n'êtes pas au bout de vos peines, car non content de confirmer de facto son intolérance absolue à la plus banale liberté d'expression syndicale, le groupe SEB (qui détient Tefal) a décidé de pilonner tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à l'action d'un lanceur d'alerte. Ainsi, Fabien Gay, sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis et directeur de publication du quotidien l’Humanité, qui participait également à ce débat tenu lors du festival organisé par son journal, est lui aussi attaqué pour diffamation. Dans le même temps, un militant CGT, ancien salarié de Tefal, ayant pour sa part contribué à l'émission « Débatdoc », diffusée le 29 mai 2025 sur LCP, est poursuivi pour diffamation et injure. Bref, SEB actionne tous les leviers pour faire taire celles et ceux qui pourraient dénoncer des faits dérangeants. Mais comment expliquer cette tempête judiciaire ? Retour sur les faits.

À l’origine de l’affaire

Au centre de l’affaire et à l’origine de la déclaration de Sophie Binet : Ouria Belaziz. Celle qui est coordinatrice CGT pour le groupe SEB confie aujourd’hui à NVO.fr son sentiment d'être devenue une cible. « On a mJ'ai même eu droit à ma photo publiée sur un tract d'un syndicat expliquant que la CGT agissait contre l'emploi », rapporte la militante, très affectée par la situation. Et d'expliquer l’affaire : « Lors du comité de groupe France du 22 janvier 2025, la question des PFAS a été abordée. Au cours des échanges, il a été dit que la société ne s’interdirait pas de poursuivre les organisations et les personnes dénonçant les PFAS.  J’ai alors pris la parole pour dire que chacun avait le droit de défendre ses positions, et j'ai dit aux représentants FO de faire attention à la manière dont ils s'exprimaient (NDLR : après la publication de la photo en question). En retour, j'ai reçu un avertissement, au prétexte que j'aurais menacé un membre du comité de groupe. »
Ce sont ces faits de répression, évoqués lors de la fête de l'Humanité, qui valent aujourd'hui la mise en examen de la secrétaire générale de la CGT. De son côté, Ouria n'a pas l'intention de laisser passer cette sanction inique : « Je l’ai contestée aux prud'hommes et elle passera en jugement le 4 juin prochain. » Intervenante au congrès de la CGT (du 1er au 5 juin), Ouria prévoit toutefois de se rendre au tribunal ce jour-là.

L’os

Interrogé par l'AFP, le groupe se borne à répondre qu’il « réfute toute accusation de répression syndicale. Il ne s'agit pas de remettre en question la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public », mais « la liberté d'expression ne permet pas d'imputer à une entreprise des faits inexacts ». 
De ce point de vue, le groupe n'a pas nécessairement besoin de recourir à l'arme juridique. En soi, les craintes pour l'emploi sont une menace suffisante pour obtenir la neutralisation d'organisations syndicales. C'est ainsi qu'en osmose avec la direction, on a pu voir des syndicats de Seb manifester devant l'Assemblée nationale, le 3 avril 2024, à l'occasion du dépôt d'un projet de loi visant à interdire les PFAS. Car c'est là qu'est l'os : évoquer la dangerosité des PFAS, composants chimiques que Tefal utilise dans ses poêles, est ici un sujet tabou. Or, parmi les syndicats de SEB, la CGT fait figure de vilain petit canard car elle a refusé d'occulter un problème potentiellement générateur de ravages pour la santé publique et l'environnement. Sale temps pour les empêcheurs de tourner en rond…