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CONDITIONS DE TRAVAIL

Corps putréfiés, troubles musculo-squelettiques : le cauchemar éveillé des métiers du funéraire sous la canicule

21 juillet 2026 | Mise à jour le 20 juillet 2026
Par | Photo(s) : Sébastien Bozon / AFP
Corps putréfiés, troubles musculo-squelettiques : le cauchemar éveillé des métiers du funéraire sous la canicule

Photo d'illustration

Des chambres mortuaires au cimetière en passant par les funérariums, les épisodes de canicule mettent à mal les travailleurs du funéraire. Manque de personnels et de matériel, tenues et horaires inadaptés, ils réclament des changements pour une meilleure prise en charge des défunts.  

« Il y a l’effet canicule, mais ces conditions, c’est à l’année » déplore Olivier Sabin, secrétaire CGT au CHU de Nantes. « On a l’impression de vivre dans un cauchemar ». Depuis le 8 juillet le service mortuaire de l’hôpital est en grève pour réclamer l'embauche sur deux postes vacants, l’obtention de la prime d’autopsie et de matériel nécessaire pour travailler dans de meilleures conditions. « Rien n’est anticipé. Il y a une augmentation des décès, et de corps putréfiés. » 

La chaleur, ennemie des morts …

L’Île de France et les Pays de la Loire, où se situe Nantes, sont les deux régions comptant le plus de morts en lien avec la canicule. « On a une population vieillissante », explique Olivier Sabin. Sans compter que les hôpitaux nantais attirent de nombreuses habitants de la région, de tous âges, venus là se faire soigner – ou y mourir. Le CHU de Nantes gère aussi l’unité médico-légale, en charge des morts nécessitant une enquête de justice. Sébastien Ferreira, planificateur au sein de pompes funèbres à Toulon et secrétaire général adjoint CGT Funéraire, confirme une disparité de charge de travail due à la canicule selon les régions. « Chez nous il n’y a pas davantage d’activité, pareil pour les collègues en Charente ou à Dunkerque. » Alors qu’au CHU de Nantes « il faudrait pousser les murs » explique Dominique, agent de la chambre mortuaire. 

En plus des deux arrêts longs depuis avril et des congés d’été non remplacés, les agents de la chambre mortuaire du CHU de Nantes doivent composer avec deux congélateurs en panne et d’autres défaillants à cause de la chaleur. « Les agents doivent déplacer les corps, avec toute la manipulation physique que ça implique, et des chariots vieillissants, pas à la bonne hauteur, qui ne tournent pas bien. Ça cause des troubles musculo-squelettiques » pointe Olivier Sabin. 

… et des vivants

Du côté des pompes funèbres, Sébastien Ferreira liste les améliorations possibles en période de canicule. « Déjà, il faudrait s’assurer que la climatisation dans les véhicules n’est pas en panne. Et on peut très bien imaginer des costumes de travail dans un tissu moins lourd à porter, plus respirant. J’ai connu les tenues plus épaisses avec des manches longues pour l’hiver et des manches courtes pour l’été. On demande d’investir, c’est compliqué. Il faut tout faire à moindre coût pour faire un maximum de marge. » Son employeur a décidé d’acheter des grandes gourdes isothermes pour que toute l’équipe puisse disposer d’eau fraîche. « C’est beaucoup mieux qu’une bouteille en plastique chaude au bout de dix minutes, et ce n’est pas un énorme investissement. »  

Sébastien Ferreira ajoute qu’adapter les tenues ne nuit pas à l’image attendue des agents de pompes funèbres. « Qu’ils portent leur veste au moment de faire l’entrée et la sortie de l’église, pas de problème, mais il n’y a rien de gênant dans le fait de l’enlever au cimetière. » Il faudrait aussi aménager les horaires des marbriers, qui posent les pierres tombales après les obsèques. « Ils ne vont pas travailler en short pour des raisons de sécurité, mais ils peuvent intervenir plus tôt le matin quand il fait chaud. » 

Lutter à l’année  

Au-delà des problèmes spécifiques à la chaleur, les travailleurs du funéraire se battent pour une meilleure reconnaissance de leurs métiers, à commencer par une rémunération à la hauteur. « La branche des pompes funèbres fait partie de celles qui se retrouvent systématiquement en dessous du SMIC à chaque augmentation en juin. On demande l’ouverture des négociations annuelles obligatoire pour notre branche » dénonce Sébastien Ferreira. « Ce n’est pas possible. Quand on voit le travail qu’ils font, comme les ambulanciers funéraires qui vont sur les découvertes de corps, les suicides sur les voies ferrées. Ce n’est pas un métier très attractif. »  

Avec la CGT, les agents de la chambre mortuaire du CHU de Nantes continuent d’interpeler leur direction ainsi que la ministre de la Santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, Stéphanie Rist. « Au mois de septembre on va mettre le sujet au CSE et faire venir nos collègues » annonce Olivier Sabin. « Il faut qu’il y ait une trace écrite. On va très certainement aussi faire une alerte danger grave et imminent. »