10 juillet 2026 | Mise à jour le 10 juillet 2026
En moins de quarante-huit heures, entre les 8 et 10 juillet, Uber Eats et Deliveroo ont annoncé l’arrêt des livraisons pendant les heures les plus chaudes, puis une hausse historique du revenu minimal des livreurs. Véritable avancée sociale ou réponse tardive – et insatisfaisante – à la pression syndicale et médiatique ?
Depuis le mois de mai, les épisodes caniculaires se multiplient en France, touchant particulièrement les travailleurs en extérieur. Si la CGT s’est rapidement emparée du sujet et que plusieurs préfets ont autorisé un aménagement des horaires sur certains chantiers, les livreurs de plateformes, en raison de leur statut d’auto-entrepreneurs, restent exclus de la plupart des dispositifs de protection. Mais depuis le 8 juillet, les annonces se multiplient pour les livreurs à vélo, qui ont successivement vu une interruption de travail face aux fortes chaleurs et des augmentations de salaires être annoncées.
Des progrès sociaux ?
Mercredi 8 juillet, les deux leaders de la livraison de repas en France, Uber Eats et Deliveroo, ont en effet annoncé la suspension des livraisons entre 14 heures et 18 heures dans les départements placés en vigilance rouge canicule. Une première qui marque la reconnaissance, par les plateformes, du danger que représentent les fortes chaleurs pour leurs livreurs. Un constat partagé par Jacky Albrand, secrétaire général de la CGT Transports, qui rappelle que « les travailleurs de plateforme sont lourdement impactés par les pics de chaleur ». Deux jours plus tard, nouvelle annonce surprise. Uber Eats et Deliveroo ont accepté une revalorisation importante du revenu minimum garanti des livreurs à la suite des négociations avec les syndicats de livreurs de repas, Union-Indépendants et la FNAE. À partir de septembre, celui-ci passera donc de 11,75 euros à 19 euros brut par heure d’activité, soit une hausse de 7,25 euros, représentant près de 62 % d'augmentation.
Cette hausse mérite toutefois d’être nuancée. Il ne s’agit pas d’un salaire horaire au sens classique du terme. Le revenu minimum est calculé uniquement sur le temps d’activité, c’est-à-dire entre l’acceptation d’une commande et sa remise au client. Les périodes d’attente entre deux courses, parfois très longues, ne sont ainsi pas prises en compte. Et c’est précisément cette lacune que dénonce la CGT, qui estime dans un communiqué que « ce revenu ne prend pas en compte les temps d’attente » et y voit « un tour de passe-passe financier ».
Une communication qui ne convainc pas
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, pointe également ce que ces annonces ont d’illusoire. Interrogée le 9 juillet sur le sujet, elle a dénoncé la « petite com’ » des plateformes. Selon elle, la suspension des livraisons ne représente aucun effort financier pour Uber Eats ou Deliveroo : « Ça ne leur coûte rien parce que c’est les livreurs qui ont une interruption de leur rémunération puisqu’ils n’ont aucune protection sociale et que leur métier est parmi les plus précaires. » Une analyse que partage Jacky Albrand. Le responsable syndical estime que les plateformes, comme les pouvoirs publics, ne réagissent que contraintes et forcées : « Il y a une forme d’inaction. Ça réagit au coup par coup, face à l’émotion, parce que c’est trop médiatisé. »
Parallèlement, le véritable enjeu reste le statut des livreurs. C’est pourquoi Sophie Binet réclame l’instauration d’une présomption de salariat, afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes protections que les salariés. Elle rappelle notamment qu’« aujourd’hui, quand ils ont un accident à vélo, ce n’est même pas comptabilisé comme un accident du travail ».
Une hausse qui ne compense pas la baisse du pouvoir d'achat
Et que pèse cette revalorisation face à la grande fragilisation de la situation économique des livreurs ? Dans son dernier rapport, l’Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE) souligne que les revenus des livreurs se sont dégradés ces dernières années. Entre 2021 et 2025, une fois l’inflation prise en compte, le pouvoir d’achat horaire a diminué de 31,7 % chez Uber Eats et de 25,2 % chez Deliveroo. L’autorité relève également une augmentation des temps d’attente entre deux commandes, ce qui réduit encore les revenus réellement perçus par les travailleurs.
Si les annonces de cette semaine constituent un tournant dans le bras de fer entre les plateformes et les représentants des livreurs, elles ne répondent pas à la principale revendication des syndicats : garantir une véritable protection sociale à des travailleurs dont les revenus restent précaires et fortement dépendants des conditions d’activité.