9 juillet 2026 | Mise à jour le 9 juillet 2026
Face à la multiplication des épisodes caniculaires, la CGT appelle à une adaptation urgente des conditions de travail. Ce jeudi 9 juillet à Montreuil, les dirigeants de la confédération ont présenté un plan d’urgence, dévoilé les premiers résultats d’une enquête menée auprès des salariés et demandé au gouvernement d’agir sans attendre.
Ce jeudi 9 juillet, la CGT a annoncé, depuis son siège de Montreuil, la mise en place d'un plan d'urgence de lutte et d'adaptation des conditions de travail face au changement climatique. Sophie Binet et les représentants des fédérations de la santé, du bâtiment, des transports, de l'énergie ou encore des services publics se sont rassemblés pour présenter les difficultés rencontrées dans chacun de ces secteurs et donner de premiers outils aux travailleurs avant un rendez-vous avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, ce même après-midi.
« Les travailleurs n’ont pas rendez-vous avec la canicule à Noël ! »
Un mot d'ordre semblait résonner dans la salle de presse de la CGT à Montreuil : non seulement le pays n’était pas prêt à affronter la canicule… mais il ne l’est toujours pas. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a commencé sa prise de parole en tirant un bilan accablant des derniers épisodes caniculaires frappant la France depuis mai : « On a recensé 10 morts au travail ». Un bilan qui ne fait que souligner le péril lié à la chaleur et la nécessité d'une adaptation rapide. Pourtant, à ce stade, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, n’a pas prévu de hâter le calendrier, suggérant de tenir une réunion des acteurs sociaux à la fin de l'année 2026.
Une proposition qui agace. « Les travailleurs et les travailleuses n’ont pas rendez-vous avec la canicule à Noël, ils y sont confrontés aujourd’hui. On n’est qu’au début de l’été. Et nous savons, nous craignons qu’il y ait de nombreux épisodes caniculaires pendant tout l'été », alerte Sophie Binet qui demande au ministre de publier « immédiatement les chiffres officiels des accidents mortels liés à la chaleur ».
Une enquête et des mesures concrètes pour les salariés
Après les sommations, les (pistes de) solutions. La CGT a annoncé la mise en place d'un questionnaire, en ligne depuis le samedi 4 juillet, pour mieux comprendre le ressenti des travailleuses et des travailleurs face à la chaleur, qui a recueilli 5 000 réponses de salariés. Parmi les répondants, ils sont plus de 40 % à dire que leur employeur n’a pris aucune mesure d'organisation face à la canicule, tandis qu'un salarié sur trois a eu peur pour sa santé durant ces derniers épisodes. Face à ces résultats, la CGT souhaite s'organiser rapidement et a annoncé rester « sur le pont tout l'été pour protéger les salariés », jusqu'au préavis de grève pour éviter tout risque. À cela, Sophie Binet a dévoilé un outil internet de calcul d'exposition à la chaleur permettant, en enregistrant les données de l'espace qui entoure les salariés, de connaître les mesures nécessaires pour rester en bonne santé et faire valoir ses droits auprès des patrons.
Mais si protéger les travailleurs reste la priorité, il est aussi nécessaire de faire modifier les lois. C'est pourquoi le syndicat a exposé un plan en trois points pour modifier rapidement les conditions de travail. Tout d'abord, en fixant des seuils de température dans le Code du travail à hauteur de 28 degrés pour les métiers impliquant une activité physique et 30 degrés pour les professions sédentaires au-delà desquels tirer l’alerte et ajuster le travail, et en prenant en compte le vent et l'humidité, puis en généralisant le dispositif d’activité partielle intempéries à tous les secteurs avec maintien intégral du salaire. Enfin, Sophie Binet a déclaré vouloir renforcer les sanctions contre les employeurs et les moyens de l’inspection du travail, en rappelant que « le patronat qui refusera d'aider les employés aura des morts sur la conscience ».
Des témoignages alarmants dans plusieurs secteurs
La parole a ensuite été donnée aux différentes fédérations présentes lors de la conférence de presse, dressant un triste portrait des institutions françaises et des corps de métiers exposés à la chaleur. Frédéric Mau, secrétaire fédéral à la FNSCBA-CGT, a dénoncé une exposition au travail à près de 75 degrés pour les constructeurs de routes : « Ça devient physiologique, à 100 degrés, le sang se met à bouillir », a-t-il ajouté, dénonçant le fait que le bâtiment faisait face à une « barrière thermique infranchissable ».
Amel Kefti, secrétaire fédérale de la CGT Commerce et Services, a expliqué que des luttes étaient nées partout en France dans de nombreuses grandes entreprises et enseignes face aux chaleurs et à des conditions de travail insoutenables. Barbara Filhol, secrétaire générale de la fédération CGT Santé et Action sociale, est revenue sur les conditions de travail des hospitaliers : « Il y a des professionnels de santé qui travaillent en étant perfusés pour se réhydrater », ou encore, concernant les malades : « On doit leur servir des repas chauds. » Elle a annoncé une minute de silence le 8 septembre, en intersyndicale dans tous les hôpitaux et EHPAD du territoire, pour toutes « les personnes que la France n'aura pas pu sauver ».