Canicule : 845 établissements fermés et des mesurettes... l’Éducation nationale au bord de l'insolation

« On est toujours en attente d’un plan clair de la part du gouvernement, on est toujours en train de bricoler », se désole Michaël Marcilloux, co-secrétaire national de la CGT Éduc’action.
« Je n’ai pas envie qu’on apprenne qu’un élève ou un membre du personnel est mort en raison de la canicule. » Les termes employés par Thierry Pajot, président du Syndicat des directeurs et directrices d’écoles (S2DÉ), au micro de France info dimanche 21 juin, disent toute la gravité de la situation météorologique actuelle. Face à un épisode caniculaire précoce et particulièrement intense, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé ce lundi 22 mai la fermeture de 845 collèges et écoles pour protéger élèves et personnels éducatifs. Un chiffre très probablement sous-estimé, car il concerne en grande majorité des établissement situés dans les départements placés en vigilance rouge, alors qu’« il y en aura sûrement plus, puisque 14 départements ont été ajoutés à cette liste lundi midi », s'inquiète Michaël Marcilloux, co-secrétaire national de la CGT Éduc'action.
Alors que de nombreux parents d'élèves ont été prévenus la veille au soir que l'école ne pourrait pas accueillir leurs enfants, Michaël Marcilloux voit là le symptôme d'une impréparation globale : « Ce n’est pas la première fois qu’on a des canicules. Ce n’est pas la première fois que la question de l'accueil des élèves et des personnels dans ces conditions se pose. Mais on est toujours en attente d'un plan clair de la part du gouvernement, on est toujours en train de bricoler. »
Un flagrant manque de moyens
Ces décisions ministérielles prises à la dernière minute embarrassent donc les parents d'élèves, mais aussi les professeurs dont les enfants sont scolarisés dans des écoles fermées pour l'épisode caniculaire. D’autant plus que les établissements qui restent ouverts n’ont pas reçu de directives claires. Le site internet du ministère de l’Éducation nationale, par exemple, se contente de conseils qui ont davantage des airs de rustines que de solutions adaptées à la crise actuelle. On y parle notamment de « privilégier les salles à l’ombre », de garantir « l’accès des élèves à l’eau potable », ou encore de « fermer les stores ».
« Ça, c'est quand il y a des stores, et ce n'est pas le cas partout, se désole Michaël Marcilloux. Concernant l’eau, on ne met pas forcément à disposition des bouteilles en quantité suffisante. Et les points d’eau seront certainement insuffisants si tous les élèves doivent venir boire en même temps… » Un manque de moyens qui a des conséquences très concrètes : « Difficultés à se concentrer, malaises, vomissements… », liste le co-secrétaire national de la CGT Éduc'action. « Et on fait reposer ce manque de moyens sur des professionnels déjà en difficulté, alors que cette situation devrait entraîner un protocole clair du gouvernement, ce qui n'est pas le cas », se désole-t-il.
Qui est responsable ?
Pour Michaël Marcilloux, la situation ne requiert pas l'ajout de quelques stores, mais impose une importante rénovation du bâti scolaire, à commencer par une bonne isolation externe. À cet égard, le co-secrétaire national de la CGT Éduc'action ne mâche pas ses mots : « On récolte aujourd'hui le fruit de ce qui a été semé depuis des années, à grands coups de rabot systématiques sur les fonds de rénovation et d'adaptation, comme le Fonds vert. À chaque fois qu’il y a un choix budgétaire à faire, c’est l’adaptation au changement climatique qui est visée. »
Faut-il pointer la seule responsabilité des collectivités locales et des municipalités, chargées du bâti scolaire ? Michaël Marcilloux ne le pense pas : « Qu’il y ait des collectivités locales qui n’en fassent pas assez, alors qu’elles pourraient faire plus, on ne le nie pas. Mais beaucoup d’entre elles n’ont pas les moyens d’agir davantage, d'autant plus que ces dernières années, il y a eu une vraie volonté de leur déléguer des prérogatives auparavant nationales sans pour autant que leur budgets s’en trouvent augmentés. »
Michaël Marcilloux craint également qu'en laissant aux seules mairies la main sur ces budgets de rénovation, il y ait un risque de rupture du principe d'égalité d'une école à l'autre. Avant les élections municipales, la CGT avait pourtant réalisé, avec d’autres syndicats, comme la FSU, une vaste enquête pour dresser un état des lieux du bâti scolaire et en faire une priorité politique… Pas sûr que les pouvoirs publics aient retenu la leçon pour le moment.