6 juillet 2026 | Mise à jour le 6 juillet 2026
Bientôt 10 ans après la mort d'Adama Traoré, à la suite d’une interpellation de la gendarmerie à Beaumont-sur-Oise, le comité Adama, avec la sœur du défunt Assa Traoré, continue sans relâche de mobiliser en mémoire de ce dernier, mais aussi de toutes les victimes de violences policières, tant son nom s’ajoute à une longue liste de drames illustrant l'ampleur du racisme institutionnel en France. Une marche se tenait ce samedi 4 juillet à Beaumont-sur-Oise.
« Justice pour Adama et pour tous les autres ». Tel est l'un des slogans scandés par le millier de personnes venu à Beaumont-sur-Oise, samedi 4 juillet, pour la marche en mémoire d'Adama Traoré, mort le 19 juillet 2016, jour de son 24e anniversaire, après une interpellation par trois gendarmes. « On n'était pas prêts à ce que cela arrive. Notre vie a basculé à ce moment-là » confie à NVO.fr Assa Traoré, sœur du défunt, qui porte avec le comité Adama la demande de justice pour la victime.
Un « fonctionnement systémique »
Mais pourquoi l'affaire Adama Traoré en est-elle venue à cristalliser la question des violences policières ces dernières années en France ? « Je pense que c'est une illustration du racisme institutionnel parce ce qu'elle est représentative d'autres situations qu'on a pu rencontrer en lien avec d'autres hommes noirs ou d'origine maghrébine en France, pour ce qui est des violences policières » estime Aloïs, jeune manifestant qui affirme personnellement « n'avoir jamais eu de contrôle d'identité de [sa] vie ». « Cette affaire cumule tous les éléments qu'on retrouve dans des centaines de morts de jeunes des quartiers populaires. Du contrôle policier abusif, la négation des droits des personnes contrôlées, la violence non justifiée, les pressions faites sur la famille. C'est le résultat d'un fonctionnement systémique », analyse le sociologue Saïd Bouamama, accusant les médias dominants de tantôt invisibiliser cette histoire, tantôt diaboliser la famille Traoré. Plusieurs frères d'Adama, en l'occurrence Bagui, Youssouf, Yacouba et Serene Traoré, ont été interpellés, voire condamnés par la justice ces dernières années.
« Cette affaire est symbolique parce qu'au travers d'un nom, on a réussi à pousser une ligne qui, avant, consistait à compter les jeunes victimes de violences, à organiser des marches et ensuite à rentrer dans des phases de deuil. Et aujourd'hui, on a compris que dans cette phase de résistance, on pouvait avoir aussi une phase de lutte » considère Nasteho Aden, membre du collectif NousToustes93 antiraciste, saluant l'effort d'Assa Traoré à former un front autour du nom d'Adama tant cela renvoie, selon elle, à de multiples violences et discriminations quotidiennes que vivent les habitants des quartiers populaires.
Une génération Adama
Mais 10 ans après, qu'en est-il au niveau judiciaire ? Pour l'instant, la famille Traoré est déboutée au niveau français, avec une confirmation du non-lieu pour les gendarmes par la Cour de cassation en février dernier. Ce qui a poussé le comité Adama à saisir la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir gain de cause. Est-ce que la procédure devant l’instance européenne pourrait aboutir ? Saïd Bouamama y croit. « La Cour européenne des droits de l'homme, dans le passé, sur certaines affaires, a donné raison aux familles là où la justice française leur avait donné tort. Tout simplement parce qu'elle n'est pas dans l'Hexagone et qu'elle subit un peu moins de pressions que ce qui se passe ici » rappelle-t-il, insistant toutefois sur l'importance de rendre visible ce drame pour « amener des tribunaux, des juges, à faire attention à ce qu'ils font ».
« Le simple fait qu'il y ait un dossier et une instruction là-bas est, pour nous, une victoire. C'est une possibilité d'amener à la lumière l'ensemble de tous les noms des victimes de violences policières » enchérit Nasteho Aden, qui espère un effet domino, au-delà de l’affaire Adama Traoré, pour d'autres familles de victimes de violences policières.
Avec les efforts fournis par le comité depuis 10 ans, une génération Adama est née, abordant différemment son rapport avec les forces de l'ordre. « On a des adolescents qui sont là, qui ont grandi avec ce combat. La relève est là » clame Assa Traoré. « Il y a un avant et un après Adama. Quand on voit la génération de militants qui est présente aujourd'hui, les personnes sont beaucoup plus sensibles, beaucoup plus alertes. Beaucoup de personnes apprennent, connaissent plus leurs droits et se rendent compte, malheureusement, que les inégalités touchent trop de monde » note Fatia Alcabélard, qui se bat également pour obtenir justice pour son père Claude Jean-Pierre, mort après un contrôle d'identité opéré par des gendarmes dans le bourg de Deshaies en Guadeloupe le 21 novembre 2020.
Cette relève tient à faire face à la proposition de loi portant sur la présomption de légitime défense des forces de l'ordre, qui sera soumise au vote des députés le mardi 7 juillet. Le comité Adama appelle à signer la pétition en ligne sur le site de l'Assemblée nationale contre cette proposition, un texte qui a recueilli plus de 200.000 signatures. Preuve que le combat contre les violences policières continue.
Jonathan Baudoin