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Analyse

"Une nouvelle catastrophe sanitaire" : l'hôpital public mis à mal par la canicule et le manque de moyens

26 juin 2026 | Mise à jour le 26 juin 2026
Par | Photo(s) : Ed Jones / AFP

A Bordeaux, une infirmière prépare une poche de rehydratation.

La canicule met une nouvelle fois en lumière les failles d’un hôpital public déjà à bout de souffle. Les soignants alertent sur le risque d’une catastrophe sanitaire et dénoncent un manque de moyens criant, tandis que le gouvernement active son plan de crise.

On surchauffe dans nos appartements, dans les écoles, au travail, dans les transports. Mais aussi à l’hôpital, où la vague de chaleur provoque une augmentation des passages aux urgences tout en révélant le manque de climatisation et d’investissement dans le système hospitalier public. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, affirmait jeudi 25 juin au soir que « la pression sur notre système de santé continue de s’intensifier ».

La canicule est loin d’être terminée. Dans les hôpitaux, les conséquences de cette vague de chaleur, exceptionnelle par sa durée et son intensité, se font déjà ressentir. Si la fin de cet épisode de chaleur est attendu ce dimanche 28 juin, les effets sur les organismes et donc sur les passages aux urgences risquent, eux, de se prolonger encore plusieurs jours.

Dans les hôpitaux, un peu partout en France, la situation apparaît particulièrement difficile. Dans une lettre ouverte au gouvernement, la fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale dresse une liste des remontées de terrain provenant de différents établissements : 32 degrés dès 10 heures dans les chambres des patients, plus de glace pour faire redescendre la température des personnes en hyperthermie, 40 degrés dans certains services, des patients en attente d’une place en psychiatrie laissés pendant des heures sur un brancard. Les locaux où sont stockés les médicaments sont eux aussi en surchauffe : « les substances actives se trouvent dénaturées et moins, voire plus du tout, efficaces ; de grandes quantités sont jetées ».

« Une nouvelle catastrophe sanitaire »

Face à ces situations, la fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale estime qu’« aujourd’hui, 23 ans après, on peut s’attendre à une nouvelle catastrophe sanitaire, peut-être identique ou supérieure à celle de 2003. Des hôpitaux commencent à réserver des camions réfrigérés, anticipant le manque de capacité des morgues pour accueillir la surmortalité. » Le syndicat le souligne : il s’agit là de morts évitables.

Au gouvernement aussi, la température monte. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé jeudi 25 juin le passage au niveau 3, le plus élevé, du plan Orsan, destiné à organiser la réponse du système de santé en situation sanitaire exceptionnelle. Il était passé au niveau 2 deux jours plus tôt. Ce dispositif doit permettre de renforcer les effectifs hospitaliers en faisant appel à la réserve sanitaire, à des étudiants pour la régulation du SAMU, en rappelant du personnel ou encore en déprogrammant des interventions non urgentes.

La question budgétaire inaudible

Après les mesures d'urgence pour faire face au manque de moyen criant à l’hôpital publique, viendra peut-être le temps des mesures structurelles. C'est enfin ce qu'espère la fédération de la CGT de la santé et de l'action sociale, qui interpelle le gouvernement dans sa lettre ouverte. « Nous sommes le 25 juin 2026, juillet et août arrivent. Que faites-vous tout de suite pour empêcher les morts évitables ? Il faut que le gouvernement débloque des moyens en urgence ! » Le syndicat prévient qu’il n’acceptera aucun discours « fataliste » invoquant le manque d’argent.

Toujours selon la CGT, les moyens existent, mais sont orientés vers des intérêts privés plutôt que vers l’intérêt général, à travers notamment les exonérations de cotisations sociales ou les six milliards d’euros retirés au budget de la Sécurité sociale pour renforcer le « budget de guerre ».

Le travail oui, la fête non !

Signe de la gravité de la situation, de la saturation des services : à Paris, toutes les solutions semblent bonnes pour éviter une augmentation des passages à l’hôpital. Le préfet de police a publié jeudi 25 juin au soir un arrêté interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique à partir du vendredi 26 juin à midi, ainsi que la vente à emporter à partir de 18 heures jusqu’au samedi 27 juin. Il demande également l’annulation du festival Solidays et de la Marche des fiertés à Paris.

Il justifie cette demande par le fait que l’affluence de plusieurs centaines de milliers de personnes pourrait « créer un risque élevé de sur sollicitation d’un dispositif sanitaire déjà mobilisé à ses limites ».

C’est le cas, par exemple, de l’hôpital européen Georges-Pompidou, où la situation est qualifiée « d’extrêmement grave » par le chef des urgences, Philippe Juvin, et député Les Républicains. Invité sur BFMTV ce vendredi 26 juin, il affirme que depuis lundi 22 juin, « le flux de patients ne baisse pas, il a beaucoup augmenté hier ». Il décrit des couloirs remplis de patients, principalement âgés, souffrant d’hyperthermies sévères. La veille,  la cabinet de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées de France, communiquait les premiers chiffres sur une hausse de la mortalité à Paris, avec 25 arrêt cardiaque en 24 heures, au lieu de dix habituellement. Dans le même temps, plus de 2 700 passages ont été enregistrés dans les hopitaux de l’AP-HP, « dont une centaine liée directement à la canicule », rapporte la direction.

Priorités

Ces annulations de dernière minute sont tout de même particulièrement critiquées au regard des déclarations du ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, qui estimait au début de la vague de chaleur qu’« on ne (pouvait) pas arrêter la France à partir de 30 degrés », pour fustiger la proposition d’un « congé climatique ».

En substance, les fortes chaleurs n'empêcheraient donc pas de travailler, mais justifieraient en revanche l’interdiction des fêtes et des mobilisations pour défendre ses droits. En Macronie, tout est affaire de priorités.