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Analyse

« Socialiste » ou blairiste : qu'attendre d'Andy Burnham, tombeur de Keir Starmer au Royaume-Uni ?

24 juin 2026 | Mise à jour le 24 juin 2026
Par | Photo(s) : AFP PHOTO / Jessica Taylor / HOUSE OF COMMONS
« Socialiste » ou blairiste : qu'attendre d'Andy Burnham, tombeur de Keir Starmer au Royaume-Uni ?

Andy Burnham à la Chambre des Communes, le 22 mai 2026.

Avec la démission de Keir Starmer du poste de Premier ministre, la voie semble toute tracée pour qu'Andy Burnham, de nouveau député à la suite d’une élection partielle, puisse prendre la tête du Parti travailliste et, dans la foulée, les clés du 10 Downing Street. Mais les doutes subsistent sur sa volonté de marquer une rupture avec la politique de Starmer. 

À la fameuse question des Clash « Should I stay or should I go ? » ( « Devrais-je rester ? Devrais-je m'en aller ? »), Keir Starmer a répondu, lundi 22 juin, qu'il quitterait son poste de Premier ministre du Royaume-Uni le 9 juillet prochain. Un laps d’une quinzaine de jours, le temps qu'une élection interne au Parti travailliste désigne la personne qui en prendra la tête… ainsi que les clés du 10 Downing Street, en tant que chef de la majorité. L’heure donc de tirer le bilan du bail de deux ans de Keir Starmer aux commandes du gouvernement. « C'est un mandat qui a été catastrophique dans tous les domaines », tranche le politologue Aurélien Mondon, maître de conférences à l'université de Bath, au Royaume-Uni, soulignant la parenté entretenue avec les politiques d'austérité et anti-immigration menées par les conservateurs, sans compter la criminalisation des mouvements pour la Palestine et de ceux pour l'environnement.

Tout cela dans le but de copier la droite, voire l'extrême droite, afin de séduire « un électorat qui n'a jamais été le sien, qui n'a jamais voté Labour et ne le fera jamais », selon l'universitaire. Le fait est que l’ensemble de l’œuvre starmerienne a été grandement sanctionnée en mai dernier, lors d'élections locales où les travaillistes ont perdu nombre de sièges dans les communes et dans les assemblées du Pays de Galles et de l'Écosse, au profit notamment des nationalistes du Reform UK de Nigel Farage. 

Le coup de grâce a toutefois été porté par Andy Burnham, maire de Manchester, qui a gagné une élection législative partielle jeudi 18 juin (largement, face au candidat de Reform UK), et ambitionne à présent de devenir Premier ministre, en obtenant le soutien de la majorité des députés travaillistes. Mais est-il capable d'unifier le parti sous une ligne ancrée à gauche ? Il est permis d’en douter et a priori, Burnham s’annonce plutôt comme la prolongation de Starmer par d’autres moyens. C’est d’ailleurs la tonalité adoptée par la presse britannique. 

Un gouvernement Burnham « socialiste » ?

Certes, en 2010, alors candidat à la direction du Labour, Andy Burnham avait dit son envie de « réhabiliter le socialisme » dans une interview au Guardian. Mais la sortie avait quelque chose de surprenant, voire d’opportuniste, car il venait alors d’exercer dans un exécutif rien moins que socialiste. En effet, Burnham a officié dans le gouvernement de Gordon Brown (2007-2010), inscrit dans la lignée de celui de Tony Blair (1997-2007), en tant que secrétaire d'État à la Culture puis à la Santé. Dans son entretien de 2010, Andy Burnham prétendait d’ailleurs « réconcilier l’ancien et le Nouveau Labour » (soit le Parti travailliste sauce Blair). Vous avez dit « synthèse » ? 

C'est d’ailleurs peut-être pour éviter une division du parti, notamment une scission blairiste, qu'il a obtenu le soutien de Wes Streeting, ancien secrétaire à la Santé dans le gouvernement Starmer. « Wes Streeting est vraiment à l'aile droite du Parti travailliste. Il devrait être normalement en opposition, avec un projet qui ne devrait pas marcher avec celui de Burnham. D'ailleurs, Wes Streeting est très impopulaire dans l'électorat. Il a donné les clés à Palantir [une société éditrice de logiciels de sécurité et maintien de l’ordre, cofondée par Peter Thiel et parfois considérée comme « technofasciste »] pour beaucoup de contrats liés au NHS, le système de santé publique »,  indique Aurélien Mondon.

Il faudra en tout cas scruter avec attention les équilibres au sein du futur gouvernement selon le chercheur : « Ce qui sera intéressant de voir, et très rapidement, c'est qui il va mettre dans son gouvernement… Notamment au poste de Chancelier de l'Échiquier [équivalent du ministre des Finances, NDLR]. Est-ce que ça va être Wes Streeting justement, donc une politique de continuation de Starmer, à droite, néolibérale ? Ou quelqu'un de plus à gauche comme Ed Miliband [ancien leader du Parti travailliste de 2010 à 2015, NDLR], qui va être plus favorable à des projets de nationalisation, de développement des énergies durables ? », s'interroge-t-il. 

Sortir de la caricature de la classe ouvrière

Synthèse ou continuation du libéralisme, le socialisme ne semble en tout cas pas à l’ordre du jour d’après pour Andy Burnham. Autre signe en ce sens : c'est que Shabana Mahmood, secrétaire du Home office (équivalent du ministre de l'Intérieur) dans le gouvernement Starmer, très mal vue à gauche pour avoir porté une réforme durcissant l'immigration et la demande d'asile en début d'année 2026, pourrait être reconduite dans un probable gouvernement Burnham. Une passerelle possible de plus entre Keir Starmer et Andy Burnham pour Aurélien Mondon, qui estime que les dirigeants travaillistes adoptent une vision « caricaturale » des classe populaires, imaginant apparemment que celles-ci attendent des solutions réactionnaires à leurs préoccupations.

Au même moment, certains font un pari bien différent. Aux élections locales du 7 mai dernier, les Verts britanniques emmenés par Zack Polanski ont trouvé un écho si conséquent qu’ils ont concurrencé le Parti travailliste sur sa gauche. Une chose est sûre, la démission de Keir Starmer tranche le destin de ce dernier… mais ne dénoue en rien la crise dans laquelle se débat sa famille politique. 

Jonathan Baudoin