23 juillet 2026 | Mise à jour le 23 juillet 2026
Le 27 juillet prochain, le tribunal de commerce de Toulouse devrait statuer sur le sort de Fibre excellence, entreprise française productrice de pâte à papier marchande. Malgré une offre inattendue du milliardaire Matthieu Pigasse, l’État reste frileux à accompagner la reprise. Les salariés ont décidé d’occuper l’usine pour faire entendre leurs voix. Les 660 postes des deux sites de l’entreprise sont en jeu, et au-delà les 10000 emplois du secteur.
Barrages de bois, cuves d'eau bloquant l'entrée, le site Saint-Gaudinois de Fibre Excellence, producteur de pâte à papier marchande, est occupé depuis ce mardi 21 juillet par les salariés. « On se relaie », explique Matthieu Lopez, délégué CGT. Une trentaine de personnes sont ainsi sur site 24 heures sur 24 pour placer leur usine « sous protection ».
Pour comprendre leurs revendications, il faut remonter plusieurs mois en arrière. La longue et éreintante bataille des salariés pour sauver leurs emplois et leur outils de travail pourrait trouver son terme dans quelques jours… Portera-t-elle ses fruits ? L’entreprise est pour l’instant placée en redressement judiciaire et les salariés en chômage technique. Le tribunal de commerce de Toulouse rendra sa décision sur son avenir de l’entreprise lundi 27 juillet.
« L’offre de Matthieu Pigasse est crédible »
Devant l'usine, sous un chapiteau floqué de drapeaux CGT, la chaleur se fait sentir. Il est midi et l’équipe s’active. Une trentaine de personnes mangent sur place. Des frigos ont été installés pour stocker les denrées, des tableaux sont disposés sur une grande table pour que les salariés puissent s’inscrire aux « gardes », des transats ont été ramenés pour passer la nuit…Tous et toutes craignent une issue défavorable au dossier tant le vent a tourné.
Si l'avenir était sombre jusqu'à juin, le milliardaire et candidat à la candidature à gauche, Matthieu Pigasse, avait pourtant rallumé un espoir en déposant une offre de reprise juste avant la date limite du 6 juillet 2026, qui a permis de repousser l'audience au tribunal de commerce. « Ce qu’il propose, c’est le projet que les salariés avaient défendu », explique Matthieu Lopez.
Dans l’offre du milliardaire, la reprise se ferait en plusieurs phases : en 2026-2027 un redémarrage de l’activité des deux usines (à Saint-Gaudens et Tarascon) avec une restitution des stocks de bois. Entre 2028-2030, l’actionnaire prévoit une diversification industrielle avec la production d’isolation et de papier pour les emballages alimentaires. Et enfin entre 2031 et 2034 aurait lieu la diversification de la production vers la pâte Fluff (qui permet la production de produits d’hygiène absorbants). « C’est un projet viable qui permet de dégager de l’argent et repartir sainement », explique le délégué CGT.
Les doutes de Bercy
Malgré cette perspective et un rapport confidentiel du cabinet Secafi mandaté par les CSE de Fibre Excellence qui conclut à une offre crédible, le ministre de l’Economie Roland Lescure a fait une déclaration contradictoire ce mardi 21 juillet à l’Assemblée nationale à la suite d’une question du député LFI Aurélien Taché : « L'entreprise étant en redressement judiciaire, l'État s'est engagé à verser 100 millions supplémentaires. Un repreneur est recherché dans toute l'Europe. La piste de l'actionnaire historique n'est pas mise de côté mais est élargie à d'autres fabricants de pâte à papier, sachant que l'État est prêt à accompagner la reprise jusqu'à 100 millions d'euros ».
Une déclaration quelque peu alarmante à quelques jours de la décision du tribunal de commerce qui pourrait mettre l’entreprise en liquidation judiciaire. « L'offre de reprise [de Matthieu Pigasse, ndlr] n'est pas au niveau parce qu'elle s'accompagne d'une aide supplémentaire de l'État, sans doute de plus de 100 millions d'euros, qui s'ajouteraient aux 100 millions que nous sommes prêts à débloquer et aux 90 millions déjà apportés à cette entreprise, dont une partie, vous l'avez dit est perdue, en échange d'un engagement de l'investisseur en question de 5 misérables millions ». Le ministre a même qualifié le milliardaire de « shérif de Nottingham qui mène des actions avec l'argent des autres ». Une dimension politique – peut-être due aux ambitions nationales potentielles de Matthieu Pigasse – que les salariés ne comprennent pas et des calculs qui ne sont pas les bons, selon la CGT.
Matthieu Pigasse investirait, via sa holding « Combat holding » 8 millions d’euros, venant aussi d’autres investisseurs privés. Les régions Occitanie et PACA promettent de leur côté 8 millions d’euros pour sauver les deux usines. Des financements sur actifs de 46 millions d’euros et un affacturage de 25 millions d’euros permettraient d’élever les financements, en comptant la trésorerie initiale de 4 millions d’euros, à 91 millions. « L’État directement ou indirectement apporte 28,5 millions d’euros la première année dont 20 millions de prêts remboursables », souligne la CGT dans un document qui reprend point par point les calculs, loin des 300 millions évoqués par le ministre.
La peur de devoir déménager
Hormis les 660 emplois directs menacés sur les deux sites, la disparition des usines de Fibre excellence entraînerait un impact sur 10000 emplois environs qui concernent la filière bois, en passants par les transporteurs. « Même l’économie locale serait impactée car nous consommons ici », souligne un salarié inquiet. La plupart des employés, au-delà de vouloir préserver leur travail, s’inquiètent de la suite. Car si à Saint-Gaudens l’usine ferme, ils auront peu de chance de retrouver du travail, le territoire étant peu industrialisé. Et à cela, il faut ajouter un arrachement territorial, à savoir quitter les Pyrénées centrales où certains sont nés et d’autres ont élu domicile depuis des dizaines d’années.
Ce jeudi 23 juillet, les salariés de l’usine Fibre excellence de Tarascon, basée dans les Bouches-du-Rhône, ont eux aussi commencé à occuper le site pour une durée indéterminée.
En Haute-Garonne, l'occupation est soutenue localement. Des dons financiers ont été faits par l’unité locale commingeoise de la CGT, mais aussi l’unité locale ariégeoise, et le Parti de gauche. Déterminés à résister, les salariés ne « lâcheront rien », qu’importe l’issue du 27 juillet : « Si Fibre excellence est placée en liquidation judiciaire, nous resterons là », préviennent-ils.