20 juillet 2026 | Mise à jour le 20 juillet 2026
Choc pour les salariés des magasins du Printemps le 7 avril dernier : ils apprennent la suppression de 229 postes à travers la France, prévue pour début 2027. Ceux de Rennes font face à la fermeture de leur boutique. Depuis ils travaillent dans l’inquiétude, mais sans résignation.
« Quand l’organigramme sort, on s’aperçoit que tous nos postes sont supprimés » se souvient Carine Armengaud, responsable de gestion administrative au magasin Printemps de Lyon et déléguée CGT du personnel. Nous sommes le matin du mardi 7 avril, lors d’une réunion collective de l’encadrement des équipes. Depuis quelques jours, il y a des bruits de couloir, quelque chose se trame. « Tout le monde reste sans voix. Malgré l’ambiance lourde je ne réalise que la semaine suivante, pendant mes congés. Je suis en colère, je ne comprends pas que d’un coup on n’a plus besoin de moi. »
Une décision incompréhensible
Gilles Biguer, responsable de boutique en horlogerie au magasin Printemps de Toulon et délégué syndical central CGT, constate une rapide dégradation de l’ambiance. « Des personnes ont appris abruptement que leur poste allait être supprimé. Ensuite il y a eu toute une série d’entretiens avec la direction du magasin pour parler de la nouvelle organisation prévue. Depuis, les salariés attendent en ayant peu d’informations. » Fatiha Larbiou, conseillère de vente en lingerie au magasin Printemps de Rennes et déléguée syndicale CGT, évoque « l’effet d’une bombe » : la boutique doit fermer ses portes. « Certains collègues ont pleuré. »
Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) d’autant plus rude que les magasins Printemps ne sont pas à sec. « On souhaite comprendre les raisons économiques avancées » explique Carine Armengaud. « Ce n’est pas en faisant trois PSE depuis 2020 que ça ira mieux. » Gilles Biguer abonde : « Nous ne sommes pas déficitaires. On a les mêmes difficultés que les autres grands magasins. » À Rennes les salariés se demandent pourquoi seul leur magasin doit fermer. « Je ne veux pas dire qu’il est rentable mais on ne perd pas d’argent, c’est ça qui intrigue » soupire Fatiha Larbiou. « Vous avez beau avoir un magasin qui fonctionne, si demain il y a des opportunités intéressantes de fermeture, il fermera. C’est ça qui fait peur », commente Gilles Biguer.
Un avenir incertain
« La direction enlève les gros salaires » poursuit Fatiha Larbiou. « Ils ne vont pas supprimer des conseillers de vente. On est payés au SMIC, on ne leur coûte pas cher. » Gilles Biguer conserve son poste mais sait qu’il va subir les conséquences du PSE. « Le boulot reste le même, donc la charge de travail sera répartie sur une équipe réduite, avec moins de personnes au dessus. » Carine Armengaud pressent aussi la surcharge de travail supplémentaire qu’elle laissera. « Je travaille avec deux personnes à temps partiel. Elles ne savent pas comment elles feront sans moi. » Elle se prépare à une suite de carrière difficile après 18 ans au Printemps. « Le plafond de verre pour l'emploi c’est 45 ans. Je vais en avoir 55. Les statistiques de France Travail pour les cadres dans le bassin lyonnais c’est au moins 500 jours de chômage. Et pour tout ce qui est comptabilité et gestion, l’IA nous remplace. »
Fatiha Larbiou raconte qu’une psychologue est venue quelques fois à la boutique. « C’était important pour certaines personnes. » Un dispositif Qualisocial est vite déployé à Toulon, « mais ils ne se tournent pas beaucoup vers ça » pointe Gilles Biguer. « Ils se retrouvent livrés à eux-même. Quand on vous dit que votre poste vient d’être supprimé alors que vous venez de vous installer dans la région, acheter une maison, que vous avez un enfant en bas âge, ça remet un peu toute votre vie en question. » Carine Armengaud n’est pas à l’aise avec l’assistance psychologique proposée par téléphone. « Je ne suis pas capable de m’exprimer si je n’ai pas quelqu’un en face. »
Tenir bon
« Il y a des jours où ça va, je vais au boulot sans penser à la suppression de postes, et d’autres jours où je me demande pourquoi je continue de m’investir puisque de toute façon dans six mois c’est fini pour moi » continue Carine Armengaud. « On a une direction qui a des œillères et qui est devenue sourde à toutes nos remarques, toutes nos revendications. Mais tant qu’il y a ce PSE, que rien n’est signé, je me dis que tout est possible pour se battre. » Gilles Biguer parle de la perte de confiance générale. « Comment se fier à une direction qui, du jour au lendemain, sans crier gare, décide de supprimer des postes sans raison valable et en promettant que c’est la solution pour retrouver de la rentabilité ? On reste dans le vague et on avance dans les négociations. »
Depuis le début des soldes d’été, le magasin de Rennes a organisé deux débrayages le samedi après-midi. « Ça embête toujours un peu la direction car ça ralentit les passages en caisse, et les salariés sont sortis » retrace Fatiha Larbiou. « Comme ça ils se disent qu’on bouge. Parce que si on ne fait rien, ils vont se dire qu’on accepte la situation. »