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1er mai

La défense du jour chômé et les salaires au coeur des revendications

1 mai 2026 | Mise à jour le 1 mai 2026
Par et | Photo(s) : Bapoushoo
La défense du jour chômé et les salaires au coeur des revendications

Plus de 100 000 manifestants ont défilé à Paris pour défendre le 1er mai, journée de lutte pour les droits des travailleurs. Paris, 1er mai 2026

Syndicats et manifestants ont défilé pour défendre le caractère chômé du 1er mai. Dans un contexte de guerre au Moyen-Orient et de flambée des prix de l'énergie, la paix et la hausse des salaires sont aussi au cœur des revendications. La CGT dénombre plus de 300 000 manifestants dans toute la France, dont 100 000 à Paris.

En ce 1er mai 2026, la coloration du cortège parisien est assez prononcée tant les attaques du gouvernement contre cette journée internationale de luttes pour les droits des travailleurs, seul jour férié obligatoirement chômé, échauffent les esprits.

Près de la place de la République, d'où démarre la manifestation en direction de la Nation, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, martèle : « ce n’est pas le vol du 1er mai qu’il faut mettre à l’ordre du jour, mais un grand plan pour augmenter les salaires et bloquer les profits. Travailler plus pour soi-disant gagner plus, c’est une intox qui nous a déjà fait perdre nos dimanches, nos soirées. Aujourd’hui, le travail du dimanche n’est plus majoré, ni même volontaire ». La dirigeante rappelle les revendications de sa centrale : l'augmentation des salaires, à commencer par le smic et le rétablissement de l’indexation sur les prix, la hausse du point d'indice pour les fonctionnaires, la revalorisation des pensions et des minimas sociaux, le blocage des prix des carburants. Le jour même, Sophie Binet a écrit une lettre au premier ministre Sébastien Lecornu pour lui faire part de sa grande inquiétude sur les « conséquences économiques et sociales de la guerre au proche et au moyen orient ». A ses côtés, Laurent Escure, secrétaire général de l'Unsa enchérit : « cette logique du marché, du profit joue contre le temps collectif, le temps de la réflexion, de l'action qu’il faut protéger ».

Touche pas au 1er mai

Ce n ‘est pas Charazed qui soutiendra le contraire. La jeune employée de vente dans une boulangerie, croisée près de la camionnette de la CGT du Val-de-Marne, défile pour la première fois. « Le 1er mai doit rester sacré. C'est le seul jour où on peut ne pas travailler. Cela ne m'intéresse pas d'être payée double, ce que je veux, c'est profiter de ma journée ». Des employés de l'artisanat alimentaire défilent derrière une banderole de la CGT clamant « oui au 1er mai chômé et payé dans l'artisanat alimentaire ». Ninon, 25 ans, étudiante moque le prétendu volontariat des salariés : « l’année dernière, j'ai travaillé en boulangerie le 1er mai et je n’ai pas eu le choix. Mon patron m'a dit que si je ne venais pas, ce serait la merde pour moi. C’est important de dire non au gouvernement et de se battre pour nos droits ».

Baptiste, circassien, adhérent du syndicat professionnel des artistes CGT se désole de ces politiciens qui « effacent l'histoire ouvrière du 1er mai, ces luttes partout dans le monde, où des droits ont été conquis, parfois par le sang versé ». Il s'inquiète des coupes budgétaires et du plan massif de licenciement qui touche en silence le monde de la culture. « Du fait de la progression de l'extrême droite qui gagne des villes et de la surenchère de la droite extrême, des artistes s'autocensurent ou sont déprogrammés du fait de la nature de leur spectacle, une copine a vu son spectacle sur le corps des femmes censuré ».

Lutter contre l'extrême droite, plus que jamais

A un an de la présidentielle, la progression de l'extrême droite, la montée du racisme et les attaques contre les personnes d'origine étrangère occupent aussi une grosse partie des discussions. « Les travailleurs étrangers sont soumis à une sorte de harcèlement administratif parce qu’ils doivent renouveler chaque année leur titre de séjour. Certains se retrouvent dans l'illégalité, ils ne peuvent renouveler leur papier dans les temps du fait de la numérisation de l'administration qui en complique l'accès », observe Jean-Claude Samouiller, ancien président d'Amnesty international. Dans le cortège, les coiffeuses en grève du 65 boulevard de Strasbourg, rencontrent un certain succès. « Plus on est cerné par l'extrême droite, plus on doit montrer notre force, montrer qu'on n'a pas peur. Vouloir étendre l'ouverture des commerces le 1er mai, c'est nous détourner de l'essentiel », estime Delphine, conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation. Et de rappeler une évidence : « le 1er mai survient après le 28 avril, journée mondiale pour la santé au travail. Or, nos conditions de travail et d'exercice se dégradent, j'accompagne une centaine de détenus alors que les recommandations de la Commission nationale consultative des droits de l'homme fixe le nombre à quarante. Des collègues sont en arrêt maladie du fait des difficultés qu'ils rencontrent dans leur travail ».

La défense d’un modèle social qui a fait ses preuves

Comme en écho à ses propos, une grande banderole rouge affiche « notre Sécu, pas celle des patrons ». Quatre jeunes étudiants de Sciences po-Reims font fureur avec leur « carte fatale », parodie de la carte vitale où, côté pile sont brandis les portraits de Gabriel Attal, Emmanuel Macron, Elisabeth Borne. Côté face, la dénonciation des morts au travail, des salaires qui ne suivent pas l'inflation. « Au départ, la Sécurité sociale, c'était l'outil des travailleurs, administré par eux, financé par la cotisation sociale. Et puis l'Etat a repris la main », expliquent-ils en choeur.

Alors que le blocage des prix du carburant, la hausse des salaires et notamment du smic font partie des principales revendications, la présence d'une quarantaine d'employés de Disneyland portant la chasuble rouge de la CGT, témoignent que la lutte paie. « Après une grève en 2023, on a obtenu 11% d'augmentation de salaires, puis 3% en 2024 et 2,5% en 2025. il n'y a que la grève et le rapport de force qui paie », sourit Fabien Beiersdorss, délégué syndical CGT. 320 manifestations étaient prévues en France.