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Violences sexuelles

« Un danger pour les salariées » : la CGT Spectacle demande le réexamen de la licence du producteur de Patrick Bruel

1 juin 2026 | Mise à jour le 1 juin 2026
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« Un danger pour les salariées » : la CGT Spectacle demande le réexamen de la licence du producteur de Patrick Bruel

La pression sur le chanteur se fait de plus en plus forte du côté des collectifs féministes ou de certains élus, qui appellent l’artiste à suspendre sa tournée le temps de la procédure judiciaire.

La CGT Spectacle a saisi en urgence, jeudi 28 mai, le ministère de la Culture pour demander un réexamen de la licence de la société qui produit les concerts de Patrick Bruel, quatre mois avant le lancement de sa tournée anniversaire « Alors regarde 35 ». Le syndicat a invoqué le « danger » couru par les salariées qui pourraient se retrouver au contact du chanteur sur leur lieu de travail, alors que celui-ci est aujourd’hui accusé de violences sexuelles par plus de 30 femmes et que treize d’entre elles ont porté plainte.

« On est dans une situation exceptionnelle », relate Philippe Gautier, membre du bureau fédéral de la CGT Spectacle. Le syndicat est à l'initiative d'une demande de réexamen en urgence de la licence d'entrepreneur de spectacles vivants attribuée à 14 Productions, la société qui finance la tournée de Patrick Bruel et que ce dernier dirige.

Le spectacle vivant étant une profession réglementée, les entreprises du secteur doivent recevoir tous les trois ans une autorisation du ministère de la Culture pour exercer leur activité. « On l'obtient presque automatiquement mais, en cas de problème, elle peut être retirée », précise Philippe Gauthier. Il détaille les motivations de cette saisine : « On demande à savoir si toutes les obligations en matière de protection des salariés sont respectées ou non », rebondissant sur le communiqué de la CGT Spectacle qui évoque « des doutes très sérieux […] sur la sécurité des nombreuses personnes qui travailleront sous la subordination de Patrick Bruel sur la tournée ».

Treize plaintes à ce jour

La CGT Spectacle pointe en effet les « différentes plaintes reçues par la justice ces derniers mois et les articles parus dans la presse », qui « attestent du danger que courent les salariées qui sont en contact avec le chanteur sur ses lieux de travail ». Pour rappel, le 18 mars, Mediapart publiait une première enquête dans laquelle huit femmes accusaient Patrick Bruel de violences sexuelles. Les témoignages ont ensuite déferlé : le 26 mars, Karine Viseur, attachée de presse belge, annonçait avoir de nouveau saisi la justice (elle avait déjà déposé plainte en 2010, avant de se rétracter) ; le 13 avril, quatre femmes prenaient la parole dans le magazine Elle pour relater, cette fois, des faits d’agressions sexuelles et de viol, avec deux dépôts de plainte à l'appui. Le 15 mai, Mediapart révélait que l'animatrice de télévision Flavie Flament avait également déposé plainte pour viol contre le chanteur, pour des faits qui se seraient produits alors qu'elle était adolescente. Au total, à ce jour, une trentaine de femmes ont témoigné contre l'artiste et treize plaintes ont été déposées.

« On est dans une situation exceptionnelle, donc il faut une procédure exceptionnelle, rapporte Philippe Gautier. Cela ne nous était jamais arrivé de saisir le ministère de la Culture aussi peu de temps avant le début d'une tournée. » Cette dernière, intitulée « Alors regarde 35 » et organisée pour le 35e anniversaire de l’album éponyme, devait commencer du 16 au 18 juin, au Cirque d'hiver Bouglione, avant plus d’une trentaine de dates partout en France. Mais Patrick Bruel a décidé de ne pas se produire lors des festivals de cet été et a annulé ses trois prestations parisiennes, ainsi que trois représentations au Québec.

Une saisine pour protéger les salariés

La pression sur le chanteur se fait en effet de plus en plus forte du côté des collectifs féministes ou de certains élus – notamment à Paris, Nancy, Brest ou Marseille –, qui appellent l'artiste à suspendre sa tournée le temps de la procédure judiciaire. Aucun fondement légal ne permettant aujourd'hui d'annuler les concerts, le reste des dates programmées partout en France, à commencer par le Zénith-Paris La Villette, le 8 octobre, sont maintenues. Patrick Bruel étant présumé innocent, l’annulation de ses concerts exposerait en outre son initiateur à devoir en assumer les conséquences financières. « Tout le monde parle de présomption d'innocence. Mais même s'il était condamné, il ne lui serait pas interdit de donner des concerts. Le lendemain d'une éventuelle condamnation, il pourrait toujours monter sur scène », estime Philippe Gautier.

C’est pourquoi la CGT a choisi de fonder sa saisine sur le respect du code du travail et la protection des salariés, notamment en matière de violences sexistes et sexuelles. « Le principe inscrit dans la loi, c'est que les entreprises qui ne respectent pas le code du travail doivent perdre leur licence. On demande à vérifier si toutes les obligations de protection des salariés sont bien respectées, en particulier concernant les VSS. Si ce n'est pas le cas, la licence doit être retirée », poursuit Philippe Gauthier. Si la procédure aboutissait audit retrait, le débat serait ainsi clos et 14 Productions ne pourrait plus assurer l'organisation des dates de la tournée de Patrick Bruel.