13 août 2026 | Mise à jour le 13 août 2026
Alors que les feux ont repris dans le pays, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la casse des services publics et les privatisations qui constituent autant de facteurs aggravants des incendies dans une situation déjà rendue alarmante par le dérèglement climatique.
Depuis près de trois semaines, la Grèce est de nouveau la proie d’incendies qui déciment ses villages et ses paysages. Selon l’observatoire national d’Athènes, 42% de la superficie forestière totale de l’Attique – la région qui entoure la capitale – a brûlé entre 2017 et 2026 dans quinze grands incendies. L’incendie sur l’île de Paros, en Mer Egée, a détruit 10% du territoire… Face à ces chiffres affolants, le gouvernement de Nouvelle Démocratie (droite conservatrice), avec son Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, a mis en place une politique répressive, renforçant les sanctions contre les auteurs d’incendies qui encourent désormais jusqu’à vingt ans de prison et 200.000 euros d’amende. Cette année, 281 personnes ont déjà été arrêtées pour incendies dont près de 90 % pour des départs de feu par négligence. Mais pour les associations de terrain, les syndicats et nombre de responsables politiques, ces annonces ne sont que de la communication, loin de l’action politique nécessaire, favorable aux services publics mis à mal par la privatisation.
Le cas de l’île de Paros est révélateur. Ce gros caillou planté au cœur des Cyclades a vécu fin juillet, pendant quatre jours, sur fond de dérèglement climatique, « l’incendie le plus important de son histoire », selon Elisabet Papazoi, habitante de l’île et ancienne ministre de l’Environnement. « Le feu est parti de la déchetterie, déroule-t-elle. L’usine de tri des recyclables de l’île était à l’arrêt depuis des mois faute d’un contrat valide, ce qui a conduit la municipalité à stocker le surplus de déchets recyclables directement sur le site de la décharge, quelques semaines à peine avant l’incendie. En outre, en plein été, l’île compte plus de touristes qui génèrent plus de déchets, mal gérés. » Elle souligne que, « ces dernières années, des services comme l’eau ou les déchets ont été confiées à des entreprises privées. Ça ne fonctionne pas. » Giorgos Dimitriou, responsable du parti écologiste grec « Alliance écologique » rebondit : « Cette décharge, confiée à une société privée, n’était pas rentable. En réalité, c’était un dépotoir sauvage. Il n’y aurait pas dû y avoir de décharge. » Car la Grèce est souvent épinglée pour la gestion de ses déchets. Selon l’Association des industries et entreprises de recyclage et de valorisation énergétique, l’enfouissement concerne près de 80% des déchets dans le pays. Et alors que l’Europe a pour objectif de recycler au moins 70% des déchets d’ici 2030, « le taux est de 16% en Grèce selon les chiffres officiels, mais nous soupçonnons qu’il soit plus bas », explique Giorgos Dimitriou. Pour lui, « le problème de fond, c’est l’État qui ne fonctionne pas, ne prévoit rien, ne s’organise pas. » Et qui a multiplié les coupes budgétaires dans les services publics.
« Nous manquons toujours de pompiers pour faire face aux défis quotidiens», Nikos Lavranos, président du syndicat des pompiers professionnels
Giorgos Dimitriou cite un autre exemple, celui de l’Office des forêts. Il a perdu une grande partie de ses effectifs avec l’austérité apportée comme « remède » à la crise financière depuis 2009. « La protection des forêts et la prévention des incendies ont été enlevées à cet Office ; tout repose désormais sur les pompiers, c’est-à-dire sur l’intervention a posteriori », dénonce-t-il. Or, le président du syndicat des pompiers professionnels, Nikos Lavranos, sonne l’alerte : « nous manquons toujours de pompiers pour faire face aux défis quotidiens. » Pourtant, le gouvernement affirme que la Grèce compte cette année près de 18800 pompiers, contre 11000 soldats du feu en moyenne ces dernières années. « C’est une excellente astuce de communication de la part du gouvernement », reprend le syndicaliste pour qui « il manque au moins 2500 pompiers ». Pour lui, les forces supplémentaires sont affectées à d’autres tâches, comme les enquêtes sur les incendies, la surveillance par drones, celle d’infrastructures (aéroports…) ou les services administratifs. Ce manque de personnel l’inquiète d’autant plus que les récents incendies en Grèce ont une autre cause : l’état du réseau électrique, aérien, datant des années 60. « Certains câbles présentent des défauts de matériaux, d’autres sont usés, avec un risque d’étincelles et de courts-circuits pouvant engendrer des incendies », reprend le pompier, alors qu’une grande partie du réseau passe en forêt où le feu peut se propager rapidement, ainsi que des zones rurales de plus en plus dépeuplées.
Des années d’austérité
« Oui, le réseau a besoin d’être amélioré. Oui, nous sommes très en retard en matière d’enfouissement des câbles par rapport à la moyenne européenne », confirme Stefanos Kounouklas, président du syndicat Genope-DEI, la compagnie nationale d’électricité. Il ajoute que, sur les 250000 km de réseau électrique que compte le pays, « seuls 12 %, sont enfouis alors qu’en Europe la moyenne est proche de 40 % et que dans les pays les plus avancés, le réseau est souterrain à 80 %. » S’il invite toutefois à « prendre en compte la morphologie du sol grec qui ne permet pas un enfouissement partout », il convient que « de nombreux aspects doivent être améliorés », mais il estime « infondée cette perception selon laquelle les incendies sont essentiellement dûs au réseau. » Pour lui, la cause est également dans la privatisation. Avec la crise financière qui a débuté en 2009 et l’austérité appliquée, les investissements dans le système ont été faibles. Il en appelle aussi à « recruter du personnel pour renforcer nos équipes. Il est impératif d’avancer afin que nous disposions des employés et du savoir-faire nécessaires pour accomplir notre travail correctement. » Enfin, il pointe l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence. En juillet, un incendie a ainsi fait rage en Béotie, dans la commune de Stylida. Le maire, Ioannis Apostolou, a été arrêté. Il est propriétaire de l’entreprise qui avait entrepris la construction du réseau privé de transport d’électricité aérien depuis un parc éolien voisin. Il y aurait eu de graves défaillances dans la construction du réseau de transport d’électricité, à l’origine de l’incendie provoqué par de violentes étincelles entre deux conducteurs de câble. « C’est une entreprise privée qui possède des éoliennes, et nous ignorons tout de ce qui s’est passé avec cette entreprise », souligne le Président de Genope-DEI. Comme pour mieux dire qu’en focalisant sur l’entreprise publique, dont il ne nie pas les défaillances liées notamment aux années d’austérité, on évite de parler de tous les autres acteurs qui, dans l’électricité comme d’autres services publics, recherchent la rentabilité avant la sécurité.