14 janvier 2026 | Mise à jour le 14 janvier 2026
À Lyon, le service des urgences de l'hôpital Edouard Herriot est particulièrement surchargé depuis début janvier. Les difficultés ont culminé le lundi 12 janvier avec les effets de la grève des médecins généralistes et des spécialistes dans les cliniques.
Aux urgences de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon, le lundi 12 janvier a été, selon les mots des professionnels « apocalyptique » : des patients qui attendent par terre dans la salle d'attente, sur des brancards dans les couloirs… « Lundi, le délai d'attente avant de voir l'infirmière pour le tri était de 2 heures, s'étrangle Nathalie Sabot, infirmière et membre de la CGT Edouard Herriot. Le nombre de passages a été anormal : 294 en 24 heures, quand la moyenne pour un lundi est de 240 ». D'après deux professionnels du service qui ont souhaité garder l'anonymat, la situation est déjà dégradée depuis de longs mois (sous-effectifs, fermeture d'autres services d'urgence alentours qui reportent les patients…). Mais elle a été aggravée par la grève des médecins généralistes et des spécialistes dans les cliniques, qui a redirigé nombre de patients désœuvrés vers les urgences de l'hôpital Edouard Herriot. En effet, depuis le 5 janvier, toutes les organisations représentatives des médecins libéraux et des spécialistes ont appelé à une grève de 10 jours, en raison d'une dérive jugée « autoritaire » de l'État et suite à l'adoption de la loi de financement de la sécurité sociale : restriction des prescriptions d'arrêts de travail, contraintes à l'installation dans des déserts médicaux, limitation des dépassements d'honoraires… Conséquence : de nombreux cabinets sont fermés et des opérations chirurgicales reportées.
Des patients qui reviennent sur plusieurs jours
« À l'hôpital Edouard Herriot, on dispose aux urgences de l'un des deux services SOS main de Lyon, mais l'autre est en grève donc on absorbe tout. On a aussi une filière traumatologie (chutes, coups, plaies…) ouverte de 10 heures à 22 heures », indique Sandrine (le prenom a été modifié). Toutes ces urgences spécifiques s'ajoutent à celles du tout-venant : beaucoup de grippes, de chutes chez des personnes âgées, de blessures, des médecins généralistes qui adressent des patients en urgence pour un avis de spécialiste… Les professionnels interrogés disent avoir vu des patients venus d'Isère, le département voisin, après s'être vus refuser l'accès à d'autres urgences, d'autres sont « revenus sur deux ou trois jours : on les renvoie chez eux, ils essayaient de revenir le lendemain et rebelotte », ajoute Sandrine.
« Lundi a été l'apogée après des mois de souffrance. Comme on a un plateau technique important et qu'on a la réputation de ne refuser personne, les autres hôpitaux ont tendance à se décharger sur nous, analyse Valérie (le prénom a été modifié). Mais cet effet tunnel, avec des gens qui viennent pour tout et n'importe quoi, accentue le risque d'erreur. Un retard dans la prise en charge, c'est le risque de passer à côté d'une urgence, d'avoir un mort si on ne voit pas une personne qui se dégrade. »
Des situations de tension
Les conditions de travail en sont, forcément, dégradées, les situations de tension se multiplient. « Il y a les patients qui ne comprennent pas d'attendre si longtemps, ceux qui relèvent de la psychiatrie, les patients âgés avec des troubles neurocognitifs qui sont perdus… le mélange est explosif ! Encore ces derniers jours, la sécurité a dû intervenir dans la salle d'attente, rapporte Sandrine. On veut être en sécurité, pour nous et les patients, assurer nos soins de façon correcte. » Face aux inquiétudes des salariés du service, la CGT a alerté la direction sur la situation et recommandé le déclenchement du plan blanc, qui permet de mobiliser immédiatement des moyens humains et matériels « en cas d'afflux de patients, ou pour faire face à une situation sanitaire exceptionnelle ». Celui-ci peut être déclenché par le directeur de l'établissement, qui en informe le préfet du département.
La direction de cet hôpital des Hospices civils de Lyon n'a pas souhaité déclencher le plan blanc et a proposé deux infirmiers ou deux aides-soignants en plus par 24 heures dans le service. Contacté, l'hôpital Edouard Herriot n'a pas répondu à la Vie Ouvrière. « Cette proposition ne répond pas à nos besoins, nous demandons des solutions pérennes pour les équipes », a jugé Nathalie Sabot.