Cinéma : meilleur film social, pire patron à l'écran... on a décerné nos César NVO

Quelques-uns de nos grands gagnants.
Ce jeudi 26 février se tient la 51e cérémonie des César. Un moment incontournable pour l'industrie cinématographique française qui vient récompenser les meilleurs films, acteurs et actrices de l'année passée. Si les petits fours, les smokings et le tapis rouge seront de sortie, les César ont aussi l'habitude de voir la politique s’inviter sur scène. L'année dernière, on avait ainsi assisté au discours de Jonathan Glazer (réalisateur de La zone d’intérêt) sur le génocide à Gaza. Les années précédentes avaient également été marquées par les prises de paroles liées au mouvement #MeToo.
À la rédaction, nous avons voulu encourager cet élan vers le progrès social (sans lâcher bien sûr un instant les considérations cinématographiques) mais nous n’avons pas voulu attendre. Nous avons donc décidé d’accorder nos propres récompenses aux productions françaises de l’an passé : meilleure réalisation, meilleur documentaire, révélations bien sûr… mais à la sauce NVO ! Et pendant que nous y étions nous avons aussi désigné le meilleur film social, ou encore le pire patron et le meilleur ouvrier sur grand écran en 2025. Nous déclarons donc ouverte la première cérémonie des César NVO du cinéma !
Meilleur film social : Météors, de Hubert Charuel
Portrait de deux jeunes un peu perdus de Saint-Dizier, essayant de s'en sortir dans un paysage urbain désenchanté, Météors est notre film social de l'année 2025. Hubert Charuel, réalisateur de Petit Paysan en 2017, a remis le couvert avec ce drame croisant histoire d'amitié et peinture politique d'un département de la Haute-Marne dont les usines ferment et dont l’isolement territorial dessine une jeunesse en manque d'espérance.
Meilleure réalisation : Guillaume Brac, pour Ce n'est qu'un au revoir
Si on devait choisir quelqu'un pour documenter nos vies, ce serait Guillaume Brac. Avec sa caméra, il vient donner dans Ce n’est qu’un au revoir une voix à la jeunesse engagée d'un internat de la Drôme, au cours de la dernière année de lycée de celle-ci. Un film émouvant, sublimé par des étudiants tous plus touchants les uns que les autres. Ce documentaire social parvient à capturer une période de vie inoubliable, celle où naissent les revendications et la soif de changer les choses.
Meilleur acteur : Nicolas Sarkozy, dans Personne n'y comprend rien
Imparable, il n'a laissé aucune chance à ses concurrents. Impressionnant dans la scène du débat des primaires de droite de 2016 avec son désormais célèbre : « Quelle indignité », Nicolas Sarkozy crève l'écran dans son rôle de menteur-manipulateur. Personne n'y comprend rien vient remettre la lumière sur cet acteur qui n'en n'est pas à sa première composition. Rendez-vous à partir du 16 mars pour le procès en appel et donc la suite de la série sur les financements libyens…
Meilleure actrice : Manon Clavel, dans Kika
C'était l'année de la confirmation pour Manon Clavel. Dans Kika, elle excelle dans son rôle d'une jeune mère qui face à la mort de son compagnon doit changer drastiquement de voie. Après avoir accumulé les jobs alimentaires, elle devient finalement travailleuse du sexe. À travers ce film, la découverte de ce milieu cette fois montré sous son visage humain, le spectateur peut pousser sa réflexion autour de ces chemins de vies loin des stéréotypes qui les défigurent habituellement.
Révélation féminine : Anja Verderosa, dans L'épreuve du feu
« J'en ai marre de passer pour la cagole de service ». Dans L'épreuve du feu d'Aurélien Peyre, Anja Verderosa joue Queen, jeune fille en vacances sur l’île de Noirmoutier qui subit de plein fouet le mépris de classe de la part des amis de son amoureux. Et la complaisance de celui-ci face au miroir aux alouettes. Un film qui prend un sens dramatique entre les choix qu’on opère dans nos rapports sociaux.
Révélation masculine : Idir Azgouli dans Météors
Il est Daniel, l'un des deux amis du duo de Météors d'Hubert Charuel. Idir Azgouli déchire l'écran dans la justesse de son interprétation d’un personnage imbibé par son alcoolisme, le manque de sérieux et la grande déprime qui l'habite. Il transmet à la perfection l’impact de la société sur ce cabossé de la vie, sa quête de rédemption, et la dissolution de son espoir de salut.
Meilleur documentaire : Put your soul on your hand and walk, de Sepideh Farsi
Il est difficile de parvenir à la fin de ce documentaire tant son message nous plonge dans un malaise profond. Mais personne d'autre ne pouvait avoir le prix du documentaire NVO. Ici Sepideh Farsi raconte la vie de Fatima Hassouna, photographe de Gaza, chroniquant les appels qu'elles ont échangés. Une grande leçon d'humilité qui nous dit le courage des Palestiniens pour poursuivre leur combat.
Meilleur film étranger : Les tourments, de Wang Bing
À l’origine, il y a la trilogie Jeunesse – une fresque de dix heures environ – dont le premier épisode, Printemps, était sorti en 2023. En 2025, le réalisateur Wang Bing, qui a fait tourner ses caméras pendant cinq ans au total, a sorti coup sur coup les deux dernières pièces de son dispositif, Les Tourments et Retour au pays. Et Les Tourments nous ont en effet tourmentés. On y suit les ouvriers d’ateliers textiles de la ville chinoise d’Huzou dans leurs difficultés, perdus dans leurs heures à rallonge et rivés à leurs équipements hors d’âge à rafistoler soi-même. On assiste aussi à leur lutte sidérée et à leur colère impuissante après la fuite de leur patron… et, ce qui est plus grave, la disparition des machines par la même occasion.
Pire patron : Laurent Lafitte, dans Classe Moyenne
Victoire haut la main pour Laurent Lafitte, dans son rôle de bourgeois maltraitant les gardiens de sa maison secondaire du sud de la France. Classe Moyenne d'Antony Cordier, comédie aux airs de Parasite, trouve son sens social dans son opposition des classes et des valeurs, sans jamais toucher au ridicule.
Meilleur ouvrier : Enzo, de Laurent Cantet réalisé Robin Campillo
On sait qu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. Enzo, lui, matérialise hors champ une superbe preuve d’amitié. Laurent Cantet devait en effet réaliser le film, dont il avait dirigé casting et repérages. Mais, rattrapé par la maladie, il a demandé à son scénariste, monteur, comparse et lui-même grand cinéaste, Robin Campillo, de reprendre le relais afin que leur bébé puisse voir le jour. Et le bébé est magnifique.
Enzo nous montre un fils de famille brisant le train-train familial instauré par son brillant grand frère et ses parents, universitaire pour l’un et ingénieure pour l’autre, dans la flamboyante villa de La Ciotat où ils vivent. Et tout ça, par une simple décision : il veut se lancer dans une formation en maçonnerie et travailler sur les chantiers. Catastrophe – d’abord tue avec condescendance puis de plus en plus éloquente – au bord de la piscine à débordement. Enzo, faute de parler la même langue que les siens, veut au moins savoir quoi faire de ses mains. Et sa rencontre avec Vlad, un ouvrier ukrainien, vient encore élargir son horizon.
Meilleur militant : le collectif Sous les écrans la dèche
Ce n'est pas un militant mais l'ensemble des membres du collectif Sous les écrans la dèche qui seront récompensés dans cette catégorie. Le collectif des précaires des festivals de cinéma, comme ses membres se nomment, œuvre depuis 2023. Les membres dénoncent des conditions de travail dégradées et un statut d'intermittents sans cesse fragilisé. Leurs actions ont été remarquées cette année, notamment au festival de Cannes, au cœur de la machine, là où leurs revendications prennent toute leur résonance.
Meilleur film antiraciste : les films d'Abdenour Zahzah et Jean-Claude Barny consacrés à Frantz Fanon
En 2025, nous avons eu le droit à deux sorties évoquant le même sujet : la vie du psychiatre martiniquais Frantz Fanon. Figure des luttes d’antiracisme et de décolonisation, il était nécessaire de remettre le prix NVO à ces deux réalisateurs qui, par des propositions bien différentes, ont tous deux réussi à ramener à resituer au centre de l'actualité une histoire et des écrits qu'il ne faut pas oublier.
Meilleur film queer : La petite dernière, de Hafsia Herzi
Adapté du roman de Fatima Daas, le film d’Hafsia Herzi est une réussite, un grand message de libération de la parole d'une jeune femme lesbienne et musulmane. Partagée entre sa famille, sa religion, la découverte d'un nouveau monde parisien, et l’exploration de ses sentiments, Fatima cherche sa place, sans jamais savoir sur quel pied danser. Touchant dans sa représentation des relations, La petite dernière arrive à trouver le ton juste, grâce à ce personnage si mutique.
Emil Dromery