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Reportage

Négociations sur l'Assurance chômage : « Quand on voit ça, on ne peut qu'être optimiste »... au cœur de la mobilisation des intermittents

25 février 2026 | Mise à jour le 25 février 2026
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Négociations sur l'Assurance chômage : « Quand on voit ça, on ne peut qu'être optimiste »... au cœur de la mobilisation des intermittents

Prise de parole près des locaux de l'Unédic.

Dans le cadre des négociations entre les partenaires sociaux à l'Unédic, organisme chargé de la gestion de l'assurance chômage, le MEDEF demande une augmentation du nombre d'heures nécessaires à l'ouverture des droits au régime des intermittents du spectacle. Une attaque sans précédent contre les travailleurs et travailleuses du secteur. Soutenus sur place par la secrétaire générale de la Confédération Sophie Binet, ceux-ci se sont largement mobilisés ce mercredi 25 février en se réunissant dans la matinée devant les locaux de l’Unédic à Paris. Objectif : faire reculer une réforme qui menace un quart des professionnels du secteur. 

« Toi, ça fait longtemps que t'as l'intermittence ? », s'interroge un jeune homme. « Cinq ans », répond son voisin en veste jaune avant d'éclater de rire. « On verra bien si ça dure ! ». Ce mercredi 25 février au matin, l'heure est grave mais l’ambiance est joyeuse. Représentants syndicaux et patronaux sont réunis dans les locaux de l'Unédic à Paris pour une ultime journée de négociations autour de l’Assurance-chômage. Dans la rue, à quelques dizaines de mètres à peine, plusieurs centaines d'intermittents et d’intermittents (jusqu’à 1500 selon l’organisation) ont répondu à l'appel de la CGT pour défendre leur régime d’indemnisation spécifique. Les négociations, qui durent depuis plusieurs semaines, devaient initialement porter sur les ruptures conventionnelles jugées trop coûteuses par le gouvernement. Les organisations patronales, MEDEF en tête, l'ont transformé en offensive totale contre les travailleurs sans emplois. Objectif affiché : réaliser un milliard d’économies, notamment en augmentant de 50 le seuil d'heures à atteindre pour que les intermittents puissent ouvrir des droits (les passant ainsi de 507 à 557 heures). Une mesure qui risquerait de plonger dans la précarité beaucoup de ces professionnels – on comptait 300 000 intermittents en France en 2024, dont 150 000 indemnisés – et de les contraindre à se résigner à des conditions dégradées. 

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a pris la parole sur place, dénonçant une « baisse inédite » des droits des chômeurs de 25% depuis 2017. « On ne lutte pas contre le chômage en s’attaquant aux chômeurs », a-t-elle lancé.

« On bosse au ras des pâquerettes »

Hoodie noir et sourire en coin, Valentine fait partie des intermittents et intermittentes potentiellement touchés par la réforme. « Je travaille dans le théâtre. Ça fait quelques années que j'arrive à faire mes heures mais c'est souvent ric-rac. 557, c'est impossible ». La réforme menace toute la filière. Un artiste sur trois et un technicien sur six pourraient être exclus du régime en cas d'adoption de la réforme. « Ça représente 33 000 intermittents dont 22 000 artistes », détaille Joachim Salinger du Syndicat Français des Artistes Interprètes (SFA), soit presque un quart des intermittents indemnisés.

Les prises de paroles se succèdent. Entre deux slogans, la foule vibre. « Quand on voit la mobilisation, on ne peut qu’être optimiste », reprend le militant syndicale.  « Ce matin, il y a des camarades qui ont eu la chance de travailler. Ils ont débrayé. On est là, on ne lâche rien », se félicite Claire Dabry, secrétaire générale du Syndicat des Professionnel·les des Industries de l’Audiovisuel et du cinéma CGT (SPIAC-CGT) qui fédère de nombreux techniciens.

Moins médiatisées, d'autres professions sont aussi concernées. « Dans la musique, tout va bien. Il n'y a jamais eu autant de concerts, jamais de places vendues aussi chères. Ça va tellement bien que la principale organisation patronale du secteur a rejoint le MEDEF, ironise Philippe Gautier, secrétaire général du Syndicat Nationale des Artistes Musiciens (SNAM). Mais nous sommes nombreux et nombreuses à travailler de moins en moins, à bosser au ras des pâquerettes des conventions collectives ou à se voir proposer de travailler au noir. Augmenter le nombre d'heures dans ces conditions, c'est inacceptable ».

« Diviser les travailleurs »

« Depuis plusieurs semaines, on entend une petite musique qui dit que peut-être, certains, les techniciens par exemple, pourraient faire un effort et faire un peu plus d'heures, reprend Joachim Salinger. Il y a une volonté de diviser les travailleurs et de revenir sur ce que nous avons reconquis depuis 2017 : le fait que tous les intermittents soient au même régime ».

L'offensive patronale dépasse le cadre de l’intermittence. « Nous ne nous battons pas pour nos petits intérêts mais pour la solidarité de tous les travailleurs »,  martèle le syndicaliste. En amont de l’ouverture des négociations autour de l’Assurance-chômage, le gouvernement avait enjoint les partenaires sociaux de réaliser 400 millions d'euros d'économie en s’attaquant au sujet des ruptures conventionnelles, représentant 26 % du budget de la caisse (et ayant coûté un peu plus de neuf milliards d’euros en 2024) et jugée trop chère par l’exécutif. Dès le 3 décembre, date du début de la négociation, les organisations patronales ont pratiqué la politique de la chaise vide en expliquant vouloir viser, au moins, un milliard d’économies. En janvier, ils ont souhaité remettre sur la table l'ensemble des règles de l’indemnisation, passant outre le cadre posé par le gouvernement et visant à précariser une grande partie du monde du travail. « Dans mon union locale, les gens arrivent brisés par le travail, s'insurge Pierre Le Cocq du comité national des travailleurs privés d'emploi et précaire. Qui, parmi les négociateurs patronaux, travaille le dimanche pour nettoyer des chambres d'hôtels ? Ont-ils déjà dû dire à leurs enfants qu'ils se sont retrouvés sans emploi parce qu’ ils n'arrivaient pas à faire 22 chambres dans la journée ? ».