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ÉNERGIE

À Serval Gennevilliers, la grève d’une journée a payé

18 mai 2018 | Mise à jour le 18 mai 2018
Par | Photo(s) : Adeline Daboval / Maxppp
À Serval Gennevilliers, la grève d’une journée a payé

Les salariés du Serval, plateforme logistique de Enedis GRDF, sont en grève illimitée à l'appel de la CGT. Ils réclament dix embauches pour revenir à un effectif de 52 salariés et une meilleure rémunération.

Ils réclamaient des embauches, de meilleurs salaires et les moyens de faire correctement leur travail. Au terme d'une première journée de grève, les salariés de Serval Gennevilliers ont arraché des avancées significatives à une direction jusque-là sourde à toutes leurs revendications.

Fumigènes colorés, pétards, musique, drapeaux rouges piqués dans le bitume fondu… Mardi 15 mai, dès 6 h 30 et jusqu'à la fin de la journée, la plateforme logistique Serval d'Énedis-GRDF de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) a été le théâtre d'une mobilisation « coup de poing » des salariés qui ont mis à l'arrêt total l'activité du site.

Lors de l'assemblée générale de la veille, ils avaient opté pour une grève forte pour se faire enfin entendre de leur direction sur divers dysfonctionnements récurrents liés aux conditions de travail. En premier lieu, les carences structurelles d'effectifs aggravées par le non-remplacement systématique du personnel absent pour maladie ou pour congés. « Nous devrions être 50 permanents à temps plein. Or, depuis des mois, nous sommes environ 40 et tous contraints aux heures supplémentaires alors que nous devons assurer un roulement avec quatre équipes qui se relaient de 7 h à 18 h », explique Karim Abed, le secrétaire général de la CGT Serval Ouest Île-de-France.

Au cahier revendicatif de la CGT, encore, les salaires. Si indigents qu'ils ne permettent même plus d'attirer les intérimaires en renfort, et ce, depuis des mois. D'où cette autre revendication portée par la CGT-Serval : un plan d'embauches en CDI de plusieurs intérimaires qualifiés et expérimentés, assorti d'un meilleur niveau de rémunération que le plafond du Smic en vigueur dans l'entreprise. « Cela permettrait de fidéliser des postes clés pour la bonne marche de la plateforme, notamment des opérateurs de logistique et des caristes spécialisés dont nous manquons cruellement », a précisé Karim Abed.

0 % d'augmentation lors des dernières NAO !

Restée sourde à toutes ces demandes, la direction de Serval a franchi un point de non-retour lors des dernières NAO qui ont débouché sur 0 % d'augmentation générale des salaires et le refus net d'embauches d'intérimaires. « Le sentiment de ne pas être reconnu, de ne plus pouvoir bien faire son travail a fini par gagner tous les salariés qui ont opté pour la grève sur cette revendication principale de qualité du travail bien fait, dans de bonnes conditions, avec les moyens adéquats en effectifs, en rémunération, en qualification et en reconnaissance », analyse le syndicaliste.

Bloquer l'activité de cette plateforme, même une journée, touche en cascade l'entreprise et ses milliers de clients. Car Gennevilliers est un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement d'ERDF en matériel électrique et gazier (compteurs, disjoncteurs, tourets, câbles, pilonnes, poteaux, etc.) et un point névralgique de l'activité d'ERDF et de ses filiales : Énedis (pose du matériel) et Serval (approvisionnement logistique).

Dès le premier jour de la grève — dont le coût est estimé à 1 million d'euros —, la direction ouvrait enfin un dialogue social réclamé depuis des mois par la CGT, premier et principal syndicat de l'entreprise (72 % des voix aux dernières élections professionnelles pour les 11 plateformes Serval de France). Sans compter qu'à Gennevilliers — pôle logistique majeur d'Île-de-France où siègent les plateformes de Carrefour, de Geodis-Calberson, de Snecma, d'Ikea, d'Amazon… —, le rapport de force local dont dispose la CGT pourrait s'étendre à d'autres secteurs professionnels.

D'ailleurs, lors de la grève des Geodis-Carlberson, les salariés de Serval, mais aussi de la Snecma, ainsi que divers syndicats de cheminots et une délégation d'étudiants occupant la faculté de Nanterre ont naturellement joué le jeu de la convergence des luttes en se rendant, avec l'union locale CGT de Gennevilliers, sur le piquet de grève des Geodis-Carlberson. En match retour, les mêmes sont venus soutenir les grévistes de Serval, le 15 mai. « Nous faisons les mêmes métiers, nous sommes pris dans les mêmes logiques capitalistiques, nos revendications sont les mêmes alors, forcément, dès qu'il y a lutte, ça converge », a souligné Karim Abed.

Finalement, la direction de Serval consentait à répondre aux principales exigences des salariés. Elle concédait 3 embauches fermes sur les 5 réclamées, le recrutement d'intérimaires qualifiés en renfort, à transformer en CDI sur l'exercice 2019. Enfin, s'agissant des rémunérations, elle s'engageait à prioriser dès 2019 les efforts budgétaires ciblés sur la plateforme de Gennevilliers. « Nous voulons que le surcoût de la vie en Île-de-France soit bien pris en compte par la direction dans sa politique de rémunération, car on ne vit pas à Paris comme à Toulouse, à Lyon ou dans la Somme », a fait valoir le secrétaire général de Serval Ouest Île-de-France.

Satisfaits, mais…

S'estimant satisfaits de ces premières avancées, les salariés ont repris le travail dès le lendemain de la grève. Mais, en cas de non-respect des engagements pris par la direction, la CGT-Serval a programmé une série d'opérations commando intempestives (coupures ciblées, basculement en heures creuses de milliers de foyers, rétablissements de coupures d'électricité, etc.) qui pourraient être déclenchées dès le 22 mai, journée nationale de lutte pour la défense des services publics et de convergence de toutes les luttes, du public comme du privé. » À compter de cette date, nous, les énergéticiens, on a décidé qu'on allait arrêter de rigoler », a prévenu Karim Abed. À bon entendeur…