
Assurance chômage : pourquoi la CGT rejette l'accord
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Un militant CGT d'ACI Group.
« Lors de l'audience du 10 mars, les juges du tribunal de Lyon ont mis fin au bal », résume Samy Tabti, délégué syndical de Comefor (devenu Mecatech depuis sa reprise en décembre dernier). Lors de cette audience, le tribunal de commerce de Lyon a acté la liquidation de la holding ACI Group et de deux sous-holdings, représentant une trentaine d'emplois au total. L'avocat de Philippe Rivière, co-fondateur d'ACI Group, a annoncé à l'AFP qu'il ferait appel de cette décision. Le tribunal lui avait accordé, à plusieurs reprises, des délais alors qu'il assurait avoir des investisseurs prêts à mettre la main à la poche. Mais il aurait fallu des finançeurs aux poches profondes, pour absorber les près de 60 millions d'euros de dette de la holding. « Philippe Rivière avait promis de ramener des fonds, de mettre des millions d'euros sur la table, il défendait sa bonne gestion… Nous qui le connaissons depuis longtemps, nous savions qu'il avait monté un château de cartes qui allait s'effondrer et c'est ce qui s'est passé », résume Samy Tabti.
ACI Group et ses 1300 salariés environ en France connaissent donc un épilogue douloureux, alors que le futur du groupe était en suspens depuis de nombreux mois. D'abord mis en redressement judiciaire le 25 septembre, le sort de ses filiales (jusqu'à 40) s'est joué au fil des audiences successives, de mises en redressements en liquidations et, pour les plus chanceuses, de reprises. La dernière audience du tribunal de Lyon début décembre avait placé quatre entreprises en liquidation judiciaire ( soit 71 salariés), les 21 autres en redressement judiciaire avec un délai d'observation prolongé. Ce 10 mars, en plus de la holding, l'entreprise Fralsen (situé dans le Doubs, elle représentait 64 emplois) a été liquidée. « Nous étions très inquiets car un des repreneurs s'était retiré et il ne restait qu'une offre reprenant 9 salariés. Il s'agissait de l'un des derniers horlogers de France… », se désole le délégué syndical. En une journée, donc, une centaine de salariés a perdu son emploi. Alors que le sort de la plupart des filiales est scellé, le bilan social est lourd : sur la trentaine de sociétés restante, environ la moitié a été reprise et la moitié liquidée. Environ 300 emplois ont été supprimés dans des liquidations judiciaires, environ 150 n'ont pas été sauvegardés lors des reprises, soit environ 450 emplois. La décision concernant deux entreprises a été mise en délibéré et quelques-unes, non intégrées à la procédure collective, sont en vente. Il faut encore ajouter à cela les entreprises qui ont périclité avant même le redressement du groupe, soit plusieurs dizaines d'emplois.
Lorsque Samy Tabti parle d'un « château de cartes », l'image est bien trouvée pour résumer l'histoire d'ACI Group. Co-créé par Philippe Rivière en 2019, la stratégie de développement s'est basée sur des rachats massifs d'entreprises industrielles. En six ans, ACI Group a acquis jusqu'à 40 sociétés dans différents secteurs de l'industrie, dans des domaines sensibles comme l'aérospatial, le nucléaire, la défense, la maintenance des centrales hydrauliques… La fermeture de certains de ces sites met fin à des savoir-faire de niche.
La CGT pointe une gestion catastrophique, avec des trésoreries des filiales qui auraient été siphonnées par la holding et un train de vie du dirigeant qui interroge. Le tribunal semble de cet avis, puisqu’une enquête pénale a été ouverte à l'encontre de Philippe Rivière, pour abus de biens sociaux. Car Philippe Rivière semble avoir bénéficié d'un large appui de l'État, avec des rachats qui auraient été financés par les aides publiques (PGE, aides régionales, de la BPI…).
Sur les réseaux sociaux et dans les conférences patronales, il s'était fait le chantre de la relocalisation et de la souveraineté de l'industrie, annonçant même une introduction en bourse quelques mois avant la mise en redressement. Marc Ferracci, ancien ministre de l'Industrie, s'était laissé convaincre par le médiatique patron, à l’aise dans l'art du storytelling. « L'État, les collectivités, les UIMM laissent la main à des margoulins qui ont fait une école de commerce pour gérer des milliers de salariés, il faut changer de braquet sur le financement du monde métallurgique, c'en est un exemple flagrant, peste Samy Tabti qui pointe la responsabilité de l'Etat. Roland Lescure, ministre de l'Économie, s'était engagé à publier un rapport sur ACI Group. Au niveau départemental et fédéral de la CGT nous sommes en train de lui faire un courrier pour savoir ce qu'il en est. Car nous voulons connaître le préjudice et la dette sociale laissés par Philippe Rivière. »
La catastrophe ACI Group a donné lieu à un important travail de mobilisation syndicale, long de plusieurs années. « On a créé une coordination, en contactant tous les élus CGT des entreprises et en allant rencontrer les entreprises qui n'avaient pas de syndicat ou celles qui avaient un syndicat autre que la CGT. Nous étions 14 personnes dans cette coordination, nous avons fini à une vingtaine, pour coordonner les actions, alerter la préfecture, le ministère, les inspections du travail… ajoute l'élu. Notre entreprise a été le cœur du réacteur. Sur les huit sociétés basées dans la Loire, aucune n'a été fermée. Mais 25 personnes sur 200 ont perdu leur emploi… »

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