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MÉDIAS

Bolloré : un grain de sable dans la « procédure-bâillon »

22 février 2021 | Mise à jour le 22 février 2021
Par | Photo(s) : Fred Tanneau/AFP
Bolloré : un grain de sable dans la « procédure-bâillon »

Bolloré a perdu en appel le procès qu'il avait intenté contre Mediapart en 2016. Le groupe porte quasiment systématiquement plainte dès qu'une révélation met en cause ses intérêts, en particulier en Afrique. Fanny Pigeaud et Mediapart sont loin d'être les seules cibles du groupe Bolloré. Un mot-valise a même été inventé pour désigner cette guérilla juridique : les « poursuites-bâillons ».

Vincent Bolloré ne lâche jamais rien. La cour d'appel a beau lui avoir donné tort le 10 février, il ira en cassation. À l'origine, un article publié par Mediapart le 29 avril 2016, titré « Comment le groupe Bolloré a ruiné deux entrepreneurs camerounais ». Signé par la journaliste Fanny Pigeaud, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest, il raconte l'histoire de « deux petits patrons camerounais » qui, au début des années 1980, confient une centaine de tonnes de plantes médicinales à la Socopao, chargée de l'entreposer et de la traiter. Ils n'en récupèreront que quelques dizaines de kilogrammes. Le reste aurait été détruit après avoir pourri. En 1987, la Socopao, rachetée entre-temps par le groupe Bolloré, est condamnée. Jugement confirmé en appel puis par la Cour suprême du Cameroun en 1993. Les deux petits patrons n'ont cependant jamais touché les dommages et intérêts ordonnés par la justice.

Un premier jugement « très sévère et injuste »

« Cet article pourrait amener son auteur et Mediapart devant un tribunal, le groupe Bolloré ayant pris l'habitude de poursuivre les médias qui soulèvent des questions potentiellement gênantes pour lui », prévenaient les premières lignes. Effectivement, Bolloré attaque et le 8 janvier 2019, le tribunal de Nanterre condamne le journal en ligne et la journaliste, arguant de leur « mauvaise foi » et remettant en cause le « travail d'enquête ».

Fanny Pigeaud garde le souvenir d'une audience «très violente » et d'un jugement « très sévère et injuste ». Changement de ton complet dans l'arrêt du 10 février : la justice la relaxe au regard de sa « bonne foi », de la « base factuelle des documents produits » et de son enquête «sérieuse et suffisante ».

« Ça donne davantage de curiosité pour gratter »

Si la journaliste se serait bien passée de ces péripéties judiciaires – elle n'a jamais été attaquée en justice par quelqu'un d'autre que Bolloré –, elle ne se dit pas impressionnée. Au contraire, « ça donne davantage de curiosité pour gratter », confie-t-elle. Dans Le Monde diplomatique de janvier, elle signe ainsi une enquête sur la perte, par le groupe, de la concession du port de Douala… là même où avaient été stockées les fameuses plantes médicinales.

Fanny Pigeaud et Mediapart sont loin d'être les seules cibles du groupe Bolloré. Un mot-valise a même été inventé pour désigner cette guérilla juridique : les « poursuites-bâillons ». « Ces poursuites systématiques visent à faire pression, à fragiliser financièrement, à isoler », dénoncent dans une tribune publiée en janvier 2018 plusieurs dizaines de journalistes, médias et ONG, alors que s'ouvre un procès contre Mediapart, L'Obs, Le Point et les ONG Sherpa et ReAct, intenté par Socfin et Socapalm, liées au groupe Bolloré. « Les plaignants reprochent des articles relatant les mobilisations de villageois et d'agriculteurs ouest-africains voisins d'exploitations gérées par ces deux sociétés », résume la tribune.

« Depuis 2009, plus d'une vingtaine de procédures en diffamation ont ainsi été lancées par Bolloré ou la Socfin en France et à l'étranger – pour contourner la loi de 1881 sur la liberté de la presse – contre des articles, des reportages audiovisuels, des rapports d'organisations non gouvernementales, et même un livre », précisent les signataires. Radio France, France Télévisions, Les Inrocks, Bastamag ou encore Libération font partie de la liste.

Une attitude particulièrement révélatrice du comportement du patron de presse qu'est également Vincent Bolloré. Propriétaire, via Vivendi, du groupe Canal+, il vient de mettre la main sur les magazines du groupe Prisma (Géo, Capital, Télé Loisirs, Femme actuelle…) et il s'intéresse de près à M6, RTL ou Europe 1…