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Économie

Business as usual au Forum économique mondial de Davos

30 janvier 2020 | Mise à jour le 30 janvier 2020
Par | Photo(s) : Mdicimprensa/Flickr
Business as usual au Forum économique mondial de Davos

Placé sous le signe de la transition écologique, le 50e Forum économique mondial de Davos accouche cette fois-ci encore, et sans surprise, d'une souris. Alors que l'urgence climatique devient cruciale, les actes ne suivent toujours pas les belles paroles. Pour la CGT, il est temps d'agir…

Il y avait du beau monde à Davos, en Suisse, pour assister, entre les 21 et 24 janvier derniers, à la cinquantième édition du Forum économique mondial. Un grand raout dans lequel se sont retrouvés chefs d'État et responsables d'organisations internationales : Nations unies, FMI, OMC ou encore OPEP, bien sûr, mais surtout près de deux-mille patrons, parmi lesquels une centaine de milliardaires.

Ils se sont tous retrouvés dans la station de sports d'hiver alpine pour débattre entre bonnes gens autour du thème central de cette année : « Parties prenantes pour un monde durable et cohésif ». Ou, plus simplement dit, comment engager les entreprises sur la voie de la responsabilisation écologique alors que se profile une crise climatique sans précédent.

Question dont l'urgence était vivement rappelée par la jeune militante suédoise Greta Thunberg, invitée pour l'occasion et saluée par de chaleureux applaudissements.

Un bel élan qui ne trompe pas le responsable du pôle économique de la CGT : « Il y a quelque chose, quand même, de l'ordre de la farce quand tu vois ces gens avec des fortunes colossales venir en jet privé parler de développement durable », ironise Mathieu Cocq, qui se « demande toujours année après année à quoi sert ce forum ».

Opération « greenwashing »

Le cru 2020 s'inscrit « dans la droite ligne de tout ce qui est dit sur la responsabilité sociale de l'entreprise : des notions floues qui, pour les dirigeants, ne coûtent pas grand-chose à mettre en avant. Ce n'est pas suffisant, il faut des actes. Et là, on a clairement un problème. »

Plus de dix en effet après les discours sur la « moralisation du capitalisme » de Nicolas Sarkozy, le libéralisme n'a jamais été aussi bien portant.

Même si le « rêve américain » de Trump, lui aussi largement applaudi à Davos, a tout du « cauchemar » : « Les inégalités sont à un niveau jamais atteint, les trois hommes les plus riches des États-Unis, Jeff Bezos, Bill Gates et Warren Buffet, possèdent autant de richesses que la moitié de la partie la plus pauvre de la population, soit 162 millions d'Américains : les fruits de la croissance ne sont pas très bien partagés », euphémise Mathieu.

Idem en Europe, où « alors que l'on nous explique tous les cinq ans, au moment des élections européennes, que l'Europe c'est fondamental pour contrer le libéralisme triomphant, les politiques menées sont sensiblement les mêmes : mise en concurrence des travailleurs et diminution de la fiscalité sur le capital et les hauts revenus. »

Difficile donc d'attendre quelque chose de dirigeants qui n'ont à cœur que l'intérêt de leurs actionnaires et voient surtout là l'occasion d'« une opération de greenwashing, mais aussi de socialwashing » à bon compte.

Pourtant, « notre système de production contribue à la destruction de l'environnement et conduit à une augmentation des inégalités, mais aussi à la désagrégation des forces vives, c'est-à-dire nous », explique Mathieu. Désagrégation illustrée par le développement de plateformes numériques.

Lesquelles s'affranchissent allègrement d'au moins deux « ciments essentiels » de notre société : le droit du travail d'une part, matérialisé dans son code avec tout ce qui va avec, c'est-à-dire la protection sociale, sans lequel on revient à ce qui s'apparente à du travail à la tâche et l'impôt d'autre part, que ces plateformes ne payent pas là où elles opèrent.

Urgence sociale et climatique : la CGT, Attac et Greenpeace au travail

« L'urgence sociale, l'urgence climatique et l'urgence économique sont les différentes faces d'une même pièce », assure le syndicaliste qui, pour qui la seule solution possible est de « changer profondément nos rapports de production ». Un changement systémique et une opposition à ce « capitalisme financiarisé » qui ne sont pas l'apanage de la seule CGT.

Des associations de la société civile telles qu'Oxfam ou Attac, demandent, elles aussi la création de nouveaux régimes de droits, accompagnés de contraintes juridiques fortes, pour s'assurer que les grands groupes puissent être tenus responsables des conséquences de leurs activités devant la justice, ou encore la mise en place de politiques publiques visant à réorienter les activités économiques vers des industries plus responsables, tant au niveau social qu'environnemental.

Étape importante : la CGT, Attac et Greenpeace souhaitent porter ensemble une trajectoire alternative aux politiques actuelles en la matière. Après plusieurs rencontres, ces organisations souhaitent construire ensemble une proposition commune de pacte vert et rouge pour lutter contre le changement climatique tout en favorisant les droits sociaux et en assurant des emplois de qualité pour les salariés.

Bref, des politiques bien loin de « la durabilité des dividendes pour les actionnaires », vantée par le patron de Total, Patrick Pouyanné, à Davos.

« Le travail qui est le notre est de penser à cette double voire triple crise en même temps et d'y apporter des réponses structurelles. Il faut rappeler nos revendications qui sont de mettre le travail au cœur de toutes les préoccupations de l'entreprise et ne plus en faire une variable d'ajustement, comme c'est le cas aujourd'hui », défend Mathieu Cocq.

« L'individualisation au travail, dans nos activités de consommation de tous les jours nous font perdre le sens du collectif. Mais à partir du moment où l'on perd le sens du collectif, on perd le pouvoir. » Il est aujourd'hui urgent de travailler ensemble ces alternatives, pour le bien commun des sociétés, des travailleurs, de la planète.