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Ce n'est pas encore le début de la fin pour les réacs en Europe mais... les leçons à tirer de la défaite d'Orbán en Hongrie

13 avril 2026 | Mise à jour le 13 avril 2026
Par | Photo(s) : Ferenc ISZA / AFP
Ce n'est pas encore le début de la fin pour les réacs en Europe mais... les leçons à tirer de la défaite d'Orbán en Hongrie

À Budapest, des Hongrois célèbrent la victoire de la Tisza de Peter Magyar aux élections législatives, le 13 avril 2026.

Après seize ans au pouvoir, Viktor Orbán est balayé par une large victoire du Tisza de Péter Magyar aux élections législatives hongroises du 12 avril 2026. Certes, plus qu'un basculement idéologique – le vainqueur du jour étant un ancien cadre du Fidesz d’Orbán, ce scrutin sanctionne surtout un système miné par la corruption et l'échec économique. Pour autant, ce suffrage est largement interprété comme un coup d’arrêt d’une extrême droite en pleine expansion en Europe et dans le monde ces dernières années. Faut-il donc y voir un tournant politique ?

Fin de règne. En votant massivement pour la liste de Péter Magyar, les Hongrois ont mis fin, le dimanche 12 avril, à 16 ans de mandature de Viktor Orbàn, marqués par d’importants reculs démocratiques et sociaux. La défaite est nette, avec 38 % pour le parti Fidesz du Premier ministre sortant, contre 53 % des suffrages pour Tisza, avec une participation de 80 %. Bref, la majorité de la population votante hongroise était déterminée à en finir avec la politique clientéliste et pro-russie, Magyar ayant mis au cœur de sa campagne la lutte contre la corruption et l'engagement européen. « Il s’agit d’une défaite retentissante pour l’autoritarisme, dont l’écho dépasse largement les frontières de la Hongrie » a d’ailleurs estimé le centre de réflexion américain Center for American Progress.

Il s’agit certes d’un coup dur pour l'extrême droite européenne qui semblait, scrutin après scrutin, connaître une croissance inexorable : Italie, Belgique, République tchèque… D’autant qu’Orbàn était devenu une figure majeure des nationalismes sur le Vieux Continent, soutenu par Poutine, Trump, Nétanyahou, Meloni et Marine le Pen, en France. Est-ce pour autant raisonnable de voir dans cette défaite d’Orbàn face à un Péter Magyar qui émargeait au sein de son parti jusqu’à il y a deux ans seulement, le signal d'un changement de tendance global, et d'une perte d'influence pour l'extrême droite en Europe et dans le monde ?

Un pays appauvri par la corruption

Si les Hongrois ont évincé Orbàn au profit de Magyar, c’est au moins en partie en réaction contre une administration salie par de nombreux scandales. Magyar a d'ailleurs quitté, il y a deux ans, le parti de la Fidesz, en dénonçant la corruption généralisée qui régnait parmi les proches de l'ancien Premier ministre. Selon le Corruption Research Center, entre 3,2 et 5,5 milliards d'euros ont été détournés des fonds européens versés à la Hongrie au profit de 13 oligarques proches d'Orbàn. À cela s'ajoutent d'autres détournement de fonds publics par la manipulation d'appel d'offres : des commandes de travaux publics superflus étant confiées pour des sommes importantes à des entreprises appartenant à des partenaires du Premier ministre. Enfin, en 2024, une grâce présidentielle accordée par son administration à un homme complice de pédo-criminalité, ont profondément entaché l'image du Premier ministre et de son parti.

La galaxie Orbàn était dense et profondément implantée dans la société hongroise, emmenée par des médias dirigés par des proches du pouvoir, subventionnés par l’argent public, des exonérations fiscales en échange d’arrangements électoraux… Ainsi, dès sa victoire dimanche 12 avril au soir, Magyar a demandé la démission de tous les cadres institutionnels nommés par Orbàn, parmi lesquels le procureur général, le président de la cour des comptes ou encore le président du conseil de l'audiovisuel.

Disons-le : c’est donc moins sur une promesse de rupture idéologique de fond, que comme une option de gouvernance prétendument plus probe que le nouveau Premier ministre a été élu.

Une déroute économique

En outre, l'échec d'Orbàn est moins idéologique qu'économique. Depuis 2020, le coût de la vie a doublé, l'inflation continue de progresser d'année en année, la croissance est en berne. En parallèle, le prix de location d'un appartement à Budapest a doublé entre 2015 et 2025. D'après Eurostat, en 2024, le pouvoir d'achat en Hongrie était le plus faible sur le continent. Cette déroute s'explique en partie par des crises globales, comme le Covid ou la guerre en Ukraine, mais aussi par les mesure ultra libérales d'Orbàn et par sa politique autoritaire. L'Union européenne a gelé, fin 2024, 20 milliards d'euros destinés à la Hongrie, en raison des attaques menées par le gouvernement contre l'État de droit.

Magyar a axé une grande partie de sa campagne sur ces enjeux. Notamment en promettant d'apaiser les relations avec Bruxelles pour libérer ces fonds, mais aussi par des mesures sociales. Il prévoit de revaloriser les pensions de retraites, d'imposer une taxe sur les hautes fortunes (de plus de 3 millions d'euros), d'investir dans le système de santé et de réévaluer certaines exonérations fiscales, notamment celles profitant à des entreprises dirigées par des proches d'Orbàn. Toutefois, il demeure conservateur : dur sur l'immigration, frileux sur la défense des droits LGBT+ et usant volontiers de symboles nationalistes.

Reste à voir ce que deviendra son programme social, maintenant que la campagne est terminée, et que commencera bientôt son mandat. Faire campagne sur le coût de la vie, dans un contexte de crise globale du capitalisme, ne garantit rien politiquement : ce type de campagnes ont fait gagner tour à tour des candidats de droite comme Donald Trump aux États-Unis ou de gauche comme Zohran Mamdani à la mairie de New-York.

Un symbole plus qu'une vraie rupture

Si le résultat du scrutin ressemble davantage à une défaite d'Orbàn qu'à une victoire de Magyar, il ne faut pas négliger non plus l'efficacité de la campagne de ce dernier. Le nouveau Premier ministre a véritablement sillonné le pays, enchaînant meeting sur meeting, tous les jours et plusieurs fois par jours, fort d'une communication soignée et d'un charisme apprécié. D'autre part, l'affaissement de l'opposition en Hongrie – et la faiblesse de la gauche après 16 ans de coups portés par la droite – lui a laissé un boulevard pour recueillir les votes des lassés du Fidesz.

Résumons-nous : il est bien difficile d’affirmer que le rejet de l'administration Orbàn est un recul de l'extrême droite. Mais il a de quoi décevoir l’extrême droite du monde entier qui a continué de miser sur lui jusqu’à ce scrutin. De surcroît, cet événement s’inscrit dans un moment marqué par autre coup de semonce désagréable aux réactionnaires : il y a quelques semaines avant, Giorga Meloni encaissait un revers en Italie, après l'échec de son référendum sur la réforme de la justice, censée donner plus de contrôle sur les magistrats au pouvoir.

« [Orbàn] a été pris comme un modèle par une partie du spectre électoral, l’extrême droite européenne » explique Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), sur les antennes de France Info, le 13 avril au matin, « cela ne met pas un terme au mouvement, mais disons que là où il était censé être le plus solidement ancré, le populisme, tel qu’on l’écrit, a été vaincu. »