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COMMERCE

Commerce et services : quand le SMIC rattrape les salaires

18 février 2026 | Mise à jour le 18 février 2026
Par | Photo(s) : DR
Commerce et services : quand le SMIC rattrape les salaires

38 des 40 branches que représente la CGT Commerces et service font face à un « tassement des salaires » suite à l'augmentation du SMIC en 2026.

La CGT Commerce et Services alerte sur un phénomène croissant de « tassement des salaires » dans son secteur, consécutif à la dernière revalorisation du SMIC. À partir d'une enquête menée auprès des salariés, le syndicat dénonce une précarité persistante, des carrières de moins en moins valorisées et des politiques d'exonérations enfermant durablement les travailleurs et travailleuses dans des bas salaires.

La CGT Commerce et Services organisait ce mercredi 18 février une conférence de presse pour alerter sur le tassement des salaires dans sa branche. Le SMIC, augmenté de 1,18 % au 1er janvier 2026, rattrape désormais certains salaires qui correspondaient auparavant à des postes à responsabilités, ou liés à l'ancienneté. Autant de données qui ne sont donc plus valorisées sur le bulletin de paie. « Exit la notion de qualification, exit la notion d’ancienneté et d’expérience» résume Amel Ketfi, secrétaire fédérale de la CGT Commerces et services. « Les salaires ont toujours été bas dans nos secteurs d’activité qui font partie des plus précaires. J’entends par là les services comme la coiffure, les agents de sécurité, le service à la personne. Sans oublier le volet des HCR, hôtel, café, restaurant. »

À travers les résultats d'une enquête salariale, la fédération constate qu'un grand nombre de salariés déclarent manquer de 600 à 700 euros par mois pour vivre dignement. « À la question des « activités et loisirs », beaucoup des sondés répondent n'en avoir aucun. Ça montre qu'une précarité s'installe profondément dans le secteur, malgré les promesses du gouvernement et du patronat » explique Amar Lagha, secrétaire général de la fédération. « Aujourd’hui, la hausse du coût de la vie est telle que les salariés se plaignent de ne pouvoir ne serait-ce que payer leurs traites. On ne parle même pas de pouvoir accéder à la culture », ajoute Amel Ketfi.

Selon les calculs de la CGT, 30 des 48 branches représentées par la fédération font face à ce phénomène de tassement en 2026. C'est le cas, au premier chef, des grands magasins et magasins populaires, des jardineries graineteries ou encore de l'ameublement.

Des trappes à bas salaires

Pour Amel Ketfi, la responsabilité est partagée entre les employeurs dont « les dividendes explosent mais qui rechigent à augmenter les salaires », et les pouvoirs publics. « Les exonérations qui concernent les [cotisations patronales sur] les bas salaires font qu’aujourd’hui, les employeurs n’ont aucun intérêt à augmenter les salaires. Parce que dès lors qu’ils dépassent un certain seuil, leurs exonérations baissent. C'est ce qu’on appelle des trappes à bas salaire. »

La  CGT Commerce défend une proposition de loi (dite pour « anticiper les procédures collectives, empêcher les licenciements de masse, responsabiliser les entreprises et tracer et conditionner les aides publiques ») qui entend notamment lutter contre ces trappes. « On demande entre autres une transparence sur l’obtention de ces aides publiques par les salariés avec un réel pouvoir d’intervention, et également de décaler le plus haut niveau d'exonération vers le double du SMIC, pour encourager les employeurs à augmenter les salaires », développe Amel Ketfi.

Une directive pour l'égalité femmes-hommes

Pour les syndicalistes, impossible de penser la question de la rémunération sans la coupler à celle de l'égalité femmes-hommes. Une directive européenne sur la transparence des salaires, adopée en mars 2023, devrait être transposée dans le droit français d'ici à juin 2026. Les employeurs devront indiquer clairement les niveaux de rémunérations pour chaque poste, et être en mesure de justifier les éventuels écarts, qui ne devront pas dépasser 5 %. Stéphane Fustec, conseiller fédéral, y voit un moyen de lutter pour l'égalité « pas seulement à travail égal, mais à responsabilité égale. Parce que très souvent, l’objet des discriminations desquelles sont victimes les femmes, c’est l’absence de prise en compte, par exemple, de l’émotionnel dans le travail. Quand on est assistante maternelle ou aide à domicile, il y a de l'empathie en jeu. C'est une charge émotionnelle qui n'est absolument pas reconnue pour le moment. » Les assistantes maternelles ont obtenu début février une revalorisation de 15,38 % de leurs minimums conventionnels. « Un rayon de soleil dans un paysage bien gris » plaisante Stéphane Fustec.

Si le syndicaliste se réjouit de cette augmentation et de la directive à venir, il reste prudent et conscient que le chemin vers l'égalité est encore long : « Il faut voir comment [la directive] sera vraiment transposée dans le droit parce qu’on va essayer de nous la faire façon low cost, bien évidemment. On va se battre pour qu’elle soit pleinement applicable et on va former nos militants, bien sûr, pour s'emparer de l’outil dès qu'il sera prêt. »

La CGT Commerce et service appelle à une journée de grève le 1er avril, et organisera une manifestation à Paris.