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RETRAITES

Désindexation, sous-indexation... au-delà des retraités aisés, la menace d'une baisse générale des pensions

21 août 2026 | Mise à jour le 21 août 2026
Par | Photo(s) : Bapoushoo
Désindexation, sous-indexation... au-delà des retraités aisés, la menace d'une baisse générale des pensions

800 000 manifestants pour le retrait de la reforme des retraites à Paris, le 23 mars 2023. © Photo Bapoushoo

Le gouvernement a mis sur la table un projet de sous-indexation des pensions. La CGT dénonce cette nouvelle attaque contre les retraites. Depuis 2024, plusieurs mobilisations ont déjà contraint l'exécutif à reculer sur le gel ou la sous-indexation des pensions. Un bis repetita est attendu à la rentrée.
C'est un conquis social inscrit dans le Code de la sécurité sociale : le coefficient annuel de revalorisation des pensions est aligné sur l’évolution de la moyenne annuelle des prix.  Or c'est à cela que vient de s'attaquer Roland Lescure, ministre de l'Économie, en annonçant son projet d'y soustraire les retraités aisés, ceux qui ont une retraite de plus de 3000 euros.
Précisément,  dans l’édition datée du 14 août de Libération, le ministre évoquait une « contribution des retraités aisés à l'effort de redressement », notamment par une « indexation plus modérée de leurs pensions ». « Rien n'est tranché », assurait-t-il, mais la piste devait être examinée.
De quoi faire bondir l'Ugict-CGT, qui a immédiatement condamné cette sortie en indiquant qu'elle concernerait environ 1,4 million de retraités cadres et agents de maîtrise, déjà pénalisés par le gel des retraites complémentaires Agirc-Arrco et la hausse des dépenses de logement, de santé et de perte d'autonomie.
Mais l'impact d’une telle initiative serait bien plus large. Car qu’on parle de sous-indexation – où les retraites augmenteraient plus lentement que l’inflation, soit le schéma que semblent dessiner les propos du ministre – ou de désindexation – soit la décorrélation totale des pensions vis-à-vis du cours de l’inflation – terme plus couramment utilisé dans les débats, le décrochage promet dans tous les cas d’avoir des conséquences pour les actifs, puisqu'on réduirait ainsi le niveau des futures pensions. En outre, la mesure s'inscrirait dans la baisse tendancielle du taux de remplacement (le pourcentage de la pension par rapport au salaire) qui ne cesse de dégringoler.
Dans son communiqué du 17 août, la CGT dénonce aussi le projet de « limiter l'indexation des pensions de retraites sur l'inflation », visant d'abord les retraités considérés comme « aisés ». Pour la confédération, il s'agit bien d'une baisse des pensions. Elle rappelle que la pension moyenne ne s'élève qu'à 1705 euros bruts et réclame au contraire une augmentation des retraites, la suppression des exonérations de cotisations patronales et une autre répartition des richesses.

Et on oublie les rentiers du capital

La promesse de ne limiter la baisse de la revalorisation des pensions qu'aux retraités « aisés » mérite toutefois qu’on s’y arrête un instant. Parle-t-on ici des possédants du patrimoine ou des rentiers du capital ? Non pas du tout, ceux-là on les oublie. Dans la rhétorique gouvernementale, les retraités aisés sont fléchés parmi ceux dont les revenus sont exclusivement issus du travail et non du capital. Les vieux travailleurs retraités qui, ayant une vie entière de cotisations derrière eux, pourraient se voir amputés de leur salaire différé.
Ces « retraités aisés », qu’une sortie préalable du Medef distillée dans la presse avait d'abord identifiés à partir de 2000 euros de retraite mensuels. Des chiffres qui font sens pour le citoyen lambda, contrairement à ceux des grandes fortunes qui échappent à tout repère tangible. Fallait-il y voir un ballon d'essai ? Le seuil en tout cas masquait trop maladroitement qu'en réalité toutes les retraites étaient visées. Alors, la dernière version met la barre à 3000 euros, ce qui permet plus facilement de justifier qu'il s'agit bien là des retraités « aisés ».
La cible du gouvernement ne doit rien au hasard car il s'attaque à son fondement : l'idée même de solidarité entre les salariés actifs et retraités. Le système de retraite par répartition a été fondé à la Libération autour de l’idée de la solidarité intergénérationnelle, c'est donc naturellement ici que se concentre tout le travail de sape du capital. Une division (ou diversion, c’est selon) qui permet aux profiteurs véritables de continuer à prospérer dans l'ombre.

Festival de gesticulations estivales

Classiquement, une palette d'experts a été convoquée par le gouvernement pour mieux justifier ces choix. Ainsi, dans son rapport du 9 juillet 2026, le Comité de suivi des retraites (CSR) écartait-t-il la piste de la hausse des cotisations, mais réitérait une « recommandation tendant à sous-indexer la revalorisation des pensions de retraite à hauteur de 2 points au moins au total entre 2027 et 2030 ».
Son président Franck Von Lennep, devait toutefois nuancer le propos : « C’est un ajustement possible de court terme mais ce n’est pas un levier d’ajustement de long terme. Il est difficile d’expliquer à des retraités, qui ont pu faire des choix en fonction du montant de retraite qui leur a été annoncé, qu’ils vont voir leur niveau de vie s’abaisser dans la durée. »

Bis repetita

Il convient en effet d'être prudent tant la matière est explosive. Matignon le sait lorsqu'il indique que les arbitrages seront rendus en septembre. De son côté, la CGT se prépare à une rentrée où le dossier des retraites sera à nouveau au rendez-vous et elle peut s'appuyer sur un bilan très impressionnant depuis les grandes mobilisations de 2023.
En 2024, les mobilisations des retraités ont permis à nouveau de faire reculer plusieurs projets de gel ou de sous-indexation des pensions. À l'automne 2024, la contestation du projet Barnier de reporter la revalorisation a contribué à son abandon après la censure du gouvernement. Les pensions ont finalement augmenté de 2,2 % en janvier 2025.
Les mobilisations se sont poursuivies en mars et novembre 2025, puis en avril 2026, avec notamment la revendication d'une revalorisation immédiate de 10 %. Enfin, en 2026, le gouvernement a renoncé au gel intégral des pensions et accordé une hausse de 0,9 %.
Une nouvelle mobilisation sur les retraites est d'ores et déjà programmé le 14 octobre 2026 devant le conseil d'administration de l'Agirc-Arrco. Il s'agit de défendre le pouvoir d'achat des retraités et le niveau des pensions futures. Gageons aussi que la campagne présidentielle invitera le gouvernement à agir avec prudence.