19 août 2026 | Mise à jour le 19 août 2026
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Yannis Angles | Photo(s) : (Photo Christophe ARCHAMBAULT / POOL / AFP)
En visite en Gironde lundi 17 août 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis au moins 100 millions d'euros pour soutenir les habitants, entreprises et acteurs économiques touchés par les incendies de juillet. Mais derrière « l'artillerie lourde » revendiquée par le gouvernement, l’Union Départementale de la CGT dénonce des annonces encore conditionnées au vote du budget.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a d'abord été accueilli sous les huées des habitants du Porge, où 183 maisons ont brûlé en juillet. Il s'est ensuite rendu à Mérignac, où deux pompiers ont perdu la vie dans un incendie, pour organiser une table ronde avec différents acteurs économiques et politiques de la région.
À l'issue de cette réunion, le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures de soutien aux habitants et aux entreprises sinistrés, assurant vouloir « sortir l'artillerie lourde, parce que c'est cette artillerie lourde qui crée la rupture et qui permet à tout le monde de se projeter localement ». Coût total des annonces : 100 millions d'euros minimum. « Des sommes qui peuvent aller au-delà de 100 millions d'euros, des sommes tout à fait considérables », a indiqué Sébastien Lecornu en conférence de presse.
« L'artillerie lourde » ou plutôt un pétard mouillé ? Car 100 millions d'euros d'annonces ne signifient pas que l'argent sera effectivement décaissé. Pour le moment, il ne s'agit que de promesses. « Il y a une condition à cette enveloppe d'aide, c'est que le projet de loi de finances qui va arriver à l'Assemblée soit adopté », explique Stéphane Obé, secrétaire Général de l’UD CGT 33, qui participait lundi 17 août à une réunion avec les services de Matignon et l'intersyndicale.
Des promesses
« Ce ne sont que des promesses, sans certitude que cela aboutisse, surtout quand on voit le budget qu'ils nous préparent. On peut presque parler de chantage : pour aider les habitants de Gironde, il va falloir voter toutes les coupes dans les services publics qu'ils prévoient dans leur budget. C'est tout simplement scandaleux », poursuit-il.
Dans cette situation d'urgence, le gouvernement n'a donc pas sorti d'enveloppe exceptionnelle pour faire face à la situation, mais a renvoyé à la rentrée parlementaire la discussion sur ces mesures. Et ce alors même que la Gironde a connu l'un de ses pires incendies : plus de 42 000 hectares partis en fumée, des milliers d'habitants évacués, 261 habitations sinistrées et une baisse de la fréquentation touristique.
Pour tenter de relancer l'économie de la région, le Premier ministre a promis aux entreprises et aux acteurs économiques touchés par le sinistre, ou évacués à titre préventif, une exonération des cotisations sociales pendant trois mois. Au plus fort de l'incendie, plus de 61 000 salariés étaient empêchés de travailler et 19 500 établissements avaient fermé. Il a également annoncé que l'État s'acquitterait de la taxe foncière à la place de ces entreprises auprès des collectivités locales.
L'État cofinancera aussi, à hauteur de 2 millions d'euros, un plan de communication pour la destination Landes-Gironde, « pour faire revenir les touristes », a détaillé le ministre du Tourisme, Serge Papin. En matière de reconstruction de la forêt, le Premier ministre avait annoncé il y a quelques semaines la mise en place d'un groupe d'experts chargé d'organiser sa reconstruction.
Qui paie?
Mais alors que le Premier ministre n'a cessé de parler de reconstruction, la CGT 33 peine à comprendre comment, dans le même temps, le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) de la Gironde peut être laissé à l'abandon. C'est la deuxième année consécutive que le CAUE est contraint de licencier, en raison de l'effondrement du financement public. « On pourrait attendre que le gouvernement, au lieu de lancer une énième structure, décide de financer une structure déjà existante. On parle de 500 000 euros, mais non, rien », dénonce Stéphane Obé. Les salariés du CAUE ont décidé de se mobiliser une nouvelle fois le 24 août pour tenter de se faire entendre.
Au-delà des dépenses annoncées, reste une question : comment financer de nouvelles mesures d'urgence – nécessaires – alors que le gouvernement passe une grande partie de son temps à répéter qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses ? Économies sur les Aides Personnelles au Logement (APL) des étudiants, projet d'année blanche pour les retraites : la liste des pistes d'économies pour le prochain budget est encore longue. Le macronisme s'obstine depuis bientôt dix ans à éviter d'aller chercher l'argent là où il se trouve : chez les contribuables les plus riches ou dans les aides aux entreprises sans contreparties.
Comme souvent, le risque avec ce gouvernement est que les Français règlent la note, in fine. Le dernier exemple en date remonte au « quoi qu'il en coûte » du Covid. L'État, au lieu d'assumer l'ensemble des décisions qu'il avait prises, a laissé à des organismes -comme l’Unédic– le soin d'assumer leurs conséquences financières et l'ensemble des français payer la note.
Le risque, avec ces nouvelles annonces, est le même. « Ce qu'ils vont faire comme d'habitude, c'est prendre de l'argent à un autre service public pour financer leur enveloppe, sans jamais remettre en cause cette politique d'économies. Laquelle a entraîné le fait que nos services publics, en première ligne sur les incendies, se retrouvent à manquer de moyens pour faire face aux feux », dénonce Stéphane Obé.