17 juin 2026 | Mise à jour le 17 juin 2026
Un dîner est organisé à Versailles ce mercredi 17 juin entre Emmanuel Macron et Donald Trump pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des États-Unis. Un rendez-vous de gala qui a de quoi froisser au vu des dérives de l’administration américaine actuelle. Et une débauche de luxe qui ne saurait faire oublier le marasme économico-social outre-Atlantique.
Bellicisme au plan extérieur, dérives et outrances en tous genres au plan intérieur… Voilà qui n’étaient pas des motifs suffisants pour dissuader l’Élysée d’inviter Donald Trump à un dîner à Versailles ce mercredi 17 juin. Il faut croire que les 250 ans de l’indépendance américaine, déclarée le 4 juillet 1776, à laquelle ont largement contribué les soldats français de La Fayette et Rochambeau, le valent bien.
Pourtant, le rendez-vous ne suffira pas à effacer les difficultés économiques auxquelles les États-Unis sont confrontés depuis plusieurs mois : retour de l'inflation, tensions sur l'emploi, guerre commerciale à coups de droits de douane. Ces sujets seront-ils les tabous de la soirée… ou viendront-ils au contraire perturber les convives ? NVO.fr fait en tout cas le point sur les échecs de la présidence Trump. Et ce n’est même pas pour couper l’appétit des uns et des autres.
166 milliards de dollars de surtaxe
Comme amuse-bouche, Donald Trump a menacé la France lundi 15 juin, de lui imposer jusqu'à 100 % de droits de douane sur les vins français si Paris maintenait sa taxe sur les services numériques payée par les grandes entreprises technologiques. Cette taxe, instaurée en 2019, représente 3 % des revenus réalisés en France par les géants du numérique, notamment les Gafam.
Rétorsion somme toute prévisible : les droits de douane constituent l'alpha et l'oméga de la vision économique et géopolitique de Donald Trump. Le président américain répète à l'envi que le reste du monde profite de la puissance américaine sans en assumer le coût, qu'il s'agisse de sécurité, de médicaments ou de commerce. Selon lui, taxer les importations permettrait à la fois de réindustrialiser les États-Unis et de remplir les caisses fédérales.
Or, la théorie est loin de faire consensus. Une étude de la Harvard Business School, publiée en 2021 et citée par La Tribune, conclut au contraire que les droits de douane instaurés contre la Chine durant le premier mandat Trump « ont été répercutés presque intégralement sur les prix à l’importation aux États-Unis, ce qui signifie que l’incidence des droits de douane repose en grande partie sur les États-Unis », écrivent les chercheurs.
Les consommateurs américains supportent ainsi une partie importante du coût de cette politique commerciale. Une politique qui se heurte par ailleurs à de nombreux recours judiciaires. En février, la Cour suprême a jugé illégaux plusieurs droits de douane décidés par Donald Trump, une décision dont l’administration Trump a fait appel. Mais un juge a ordonné à l'administration d'engager le remboursement des surtaxes perçues, pour un montant estimé à 166 milliards de dollars.
Cet argent reviendra aux entreprises, non aux consommateurs américains, bien loin de la promesse de Trump qui évoquait la possible création d'un « dividende tarifaire » redistribué à la population.
Une inflation à 4,2 %
Le pouvoir d'achat reste d'ailleurs une préoccupation majeure. Durant sa campagne, Donald Trump avait fait de l'inflation l'un des symboles de l'échec de l'administration Biden, promettant d'en débarrasser les Américains et la qualifiant de « désastre ». La promesse n'a pas été tenue… Les États-Unis connaissent leur plus forte poussée inflationniste depuis trois ans, portée notamment par la hausse des prix de l'énergie dans un contexte de tensions au Moyen-Orient.
Depuis le début de l'année, l'inflation est repartie à la hausse : de 2,9 % en décembre à 3,1 % en janvier, avant d'atteindre 4,2 % en mai. Face à cette dégradation, Donald Trump a sensiblement changé de ton. « J'aime l'inflation », a-t-il lancé ce mercredi 10 juin, depuis le Bureau ovale, tout en assurant qu'elle « tombera comme une pierre » une fois le conflit terminé.
L'inflation n'est pas le seul indicateur à se détériorer. Les inscriptions au chômage ont également progressé début juin, atteignant 229 000 demandes hebdomadaires contre 225 000 la semaine précédente, selon le département du Travail. Le taux de chômage s'établissait à 4,3 % en mai.
La question est devenue particulièrement sensible pour Donald Trump. Alors que les États-Unis étaient proches du plein emploi, le président a accusé le Bureau des statistiques du travail d'avoir volontairement « manipulé » les chiffres de l'emploi, avant d’en limoger la responsable. Pourtant, les données officielles montrent une nette dégradation en 2025 : le chômage avait atteint 4,6 %, son plus haut niveau depuis quatre ans, avec 7,8 millions de chômeurs recensés en novembre, soit environ 700 000 de plus qu'au moment de sa réélection.
ICE « le bras armé » de Donald Trump
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a toutefois fait d'une autre priorité son principal combat : l'immigration. À ses yeux, la réduction de l'immigration constitue également une réponse aux difficultés économiques du pays. En moins d'un an, les moyens alloués à l'ICE, la police fédérale chargée de traquer, arrêter et expulser les migrants en situation irrégulière, ont explosé. Ses effectifs sont passés de 10 000 à 22 000 agents. Coût estimé : près de 37 milliards de dollars, soit un budget quasiment triplé. Souvent masqués, vêtus de treillis et lourdement armés, les agents de l'ICE sont devenus l'un des symboles les plus visibles de la politique migratoire de Trump.
Amnesty International décrit l'agence comme le « bras armé » du président américain. L'organisation dénonce des arrestations de personnes n'ayant commis aucune infraction, ainsi que des interventions visant des familles et des mineurs.
Malgré les mobilisations citoyennes contre sa politique migratoire, Donald Trump entend accélérer encore le rythme des expulsions pour atteindre son objectif d'un million de renvois. Le 9 juin, la Chambre des représentants a adopté un texte budgétaire prévoyant 38 milliards de dollars supplémentaires pour l'ICE au sein d'un paquet de près de 70 milliards pour la lutte contre l’immigration. Cette enveloppe s'ajoute aux 140 milliards déjà approuvés l'an dernier par le Congrès pour les dispositifs de lutte contre l'immigration.
Reste à savoir si Emmanuel Macron profitera du décor de Versailles pour aborder ces questions, qu'il s'agisse des tensions commerciales ou des droits humains tout particulièrement en matière de politique migratoire. À moins que les deux dirigeants ne préfèrent préserver les apparences et éviter tout sujet susceptible de gâcher la fête.