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Citoyens, vous avez encore le droit de vous taire

Frédéric Dayan
25 janvier 2021 | Mise à jour le 25 janvier 2021
Par | Rédacteur en chef adjoint
Sur le campus de Saclay jeudi 21 janvier où il était venu annoncer un « plan d’investissement national dans les technologies quantiques », Emmanuel Macron a jugé bon de se plaindre de la « traque incessante de l'erreur » en France, devenue « une nation de 66 millions de procureurs ». Parce que les citoyens n’auraient aucune raison de se plaindre ?

Parce que depuis le début de la pandémie, nous n’avons pas du avaler les couleuvres du manque de masques, manque de respirateurs, manque de tests et maintenant pénurie de vaccins et fermetures de dizaines de centres de vaccination la semaine dernière. Parce que nous n’avons aucune raison de douter de la parole d’un ministre de la Santé qui le même jour annonce devant les sénateurs que « la France pourrait ne pas avoir vacciné tous les publics fragiles d'ici l'été » -soit autour de 15 millions de personnes- et se précipite au JT de TF1 pour nous promettre 70 millions de Français vaccinés à la fin de l’été ? Il est tout de même singulier que dans la même semaine on se réjouisse du « triomphe de la démocratie » à Washington et que dans l’Hexagone un président d’une vieille nation démocratique déqualifie et dénigre ceux qui contestent et mettent en doute sa politique, ses choix et l’action de son gouvernement tout en se conformant aux injonctions incompréhensibles, contradictoires de l’état d’urgence sanitaire. Tandis que nous vivons depuis presque un an les restrictions imposées à nos libertés de circulation, d’expression, de manifestation, que nos relations sociales sont drastiquement limitées, que nos emplois, nos salaires sont menacés, que l’avenir de nos jeunes s’obscurcit, que les inégalités s’accroissent en tous domaines, que la pauvreté explose, nous devrions nous taire, ne pas instruire de procès à ce président et son équipe qui se targuent de faire tout leur possible et de faire mieux que les autres. Ils voudraient même que cette crise sanitaire ne soit pas un sujet de débat politique. En déclarant une « guerre » au Covid, Emmanuel Macron a voulu faire croire que nous étions 66 millions de petits soldats obéissants aux injonctions de son conseil de défense. Et quand ça rumine et conteste dans les rangs, il prend la mouche et s’offusque.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l'État s’en prend ainsi aux citoyens. Les gilets jaunes en ont fait les frais, présentés et caricaturés comme des dangers pour la démocratie afin de justifier la militarisation croissante des forces de l’ordre qu’on leur a opposé. Après qu’il a par exemple qualifié les Français de « Gaulois réfractaires », qu’il a expliqué aux chômeurs qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du boulot, qu’il a qualifié d’Amish les citoyens de la convention pour le climat,  cette nouvelle saillie présidentielle est-elle une maladresse, une erreur? C’est ce que quelques éditorialistes et chroniqueurs en vue ont voulu nous faire croire ces derniers jours. Personne n’a quand même osé plaider l’erreur de jeunesse, mais à quoi bon trouver des circonstances atténuantes à ces propos insultants? A quoi bon se faire l’avocat d’un président qui méprise à ce point les Français  et la démocratie alors que l’exécutif sature le paysage médiatique pour nous expliquer que nous faisons tout mieux que les autres? Ainsi le gouvernement vient de mettre en ligne un  » baromètre des résultats de l’action publique »  dont l’idée est que « la crise sanitaire que notre pays traverse ne doit pas faire passer au second plan les transformations profondes conduites par le président de la République et le gouvernement« . Emmanuel Macron s’offre ainsi un plaidoyer permanent de son œuvre mais il dénie aux citoyens le droit de mettre en doute  sa politique sanitaire, sociale, économique, environnementale.

Les prétendues maladresses macroniennes ne sont peut-être pas calculées. Mais elles sont diablement révélatrices d’une politique de plus en plus contestée, comme le montrent les manifestations sociales et les grèves de ces dernières semaines et de ce 4 février prochain.