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Ségur de la santé : il est interdit de décevoir

Frédéric Dayan
26 mai 2020 | Mise à jour le 1 juillet 2020
Par | Rédacteur en chef adjoint
En ouvrant lundi 25 mai le « Ségur de la Santé », Édouard Philippe et Olivier Véran reprennent la main sur un dossier particulièrement explosif. L'objectif de ces sept semaines de « concertation » est à la fois de donner suite aux engagements présidentiels renouvelés d'allocution en allocution et de faire retomber la poussée de fièvre qui reprend à l'hôpital et dans le secteur sanitaire et social.

Ce retour de la mobilisation a été acté la semaine précédant le « Ségur de la Santé » par des premiers rassemblements et assemblées générales dans de nombreux établissements comme à Nancy, 
Saint-Étienne, Grenoble, Pont-Audemer, Lisieux, Bayeux, Bernay, Brive, au CHU de Bordeaux, à Dinan, Clermont-Ferrand ainsi que dans des Ehpad du groupe privé Korian…

À la veille du « Ségur de la Santé », des personnalités parmi lesquels des membres des collectifs Inter-hôpitaux ou Inter-urgences ont publié un « manifeste des soignants » avec des propositions portant sur l'ensemble des champs de la santé publique. « Il faut tenir, mais les combattants épuisés vont déserter si le “plan massif” que vous avez annoncé, monsieur le Président, n'est pas à la hauteur des enjeux  », concluent les signataires de ce manifeste dans une lettre ouverte au chef de l'État. Une sorte de piqûre de rappel si — comme on peut le pressentir — la concertation déçoit, accouche d'une souris et pérennise le monde d'avant.

Comment ne pas avoir quelques doutes quand le ministre de la Santé confie à l'ancienne secrétaire générale de la CFDT la coordination de cette concertation ? On peut y voir deux signes : d'abord la promotion d'un interlocuteur syndical privilégié, ce qui dans le contexte de forte mobilisation sociale qu'on a connu depuis plus d'un an dans ce secteur de la santé n'est pas neutre.

C'est la même stratégie qui a prévalu durant les mobilisations contre la réforme des retraites et qui témoigne d'une curieuse conception du dialogue social. La CGT, première organisation syndicale dans la santé,  s'était abstenue de commenter la nomination de Nicole Notat, préférant la juger sur ses actes. Mais au premier soir du Ségur, la CGT Santé et Action sociale dénonce déjà la préférence donnée à la CFDT qui n'est pas – et de loin — la plus représentative dans le secteur, tandis que la CGT n'a pas pu prendre la parole.

Ensuite, c'est le choix d'une personnalité qui a validé, en 1995, le plan Juppé qui – faut-il le rappeler – a institué le fameux Objectif national des dépenses d'assurance maladie adopté lors du vote du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale ) chaque année. Un instrument qui, sous tous les gouvernements depuis, a permis d'asphyxier financièrement l'hôpital en déconnectant l'évolution de son financement de l'évolution des besoins de la population.

Comment être tout à fait optimiste quand le ministre de la Santé annonce quelques jours avant l'ouverture des travaux vouloir « revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital » , estimant nécessaire de remettre en cause les « carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage » ?

On est clairement en train de préparer aide-soignantes et infirmières à troquer des augmentations de salaire contre une augmentation de leur temps de travail et, donc, contre une moindre évolution de leurs effectifs. À ce titre, rappelons qu'avant le Covid 19, il manquait, au bas mot, 800 infirmières pour la seule Assistance publique des hôpitaux de Paris.

La méthode n'est pas sans rappeler le troc imposé aux infirmières par le protocole de la ministre Bachelot en 2012. Ces dernières avaient dû renoncer à la reconnaissance de la pénibilité de leur métier qui leur permettait de partir 5 ans plus tôt en retraite, pour pouvoir enfin être reconnues en catégorie A de la fonction publique.

Chercher l'inspiration dans des méthodes d'hier… voilà une étrange entrée en matière. Mais cette fois, le niveau de conscience et la mobilisation de la communauté hospitalière, le soutien de l'opinion changent la donne. Jupiter aura bien du mal à faire avaler aux soignants la couleuvre de leur caducée.

Salaires, soins, gouvernance… Les principaux chantiers du « Ségur de la santé »