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ESSAI

Femmes des PTT résistantes

6 juin 2014 | Mise à jour le 2 mai 2017
Par
Femmes des PTT résistantes

Secrétaire général de Libération natio­nale PTT-Anacr, Charles Sancet a enquêté trois ans durant pour retracer le parcours résistant de 224 femmes des Postes, télégraphes et télécommunications. Dans Les fem­mes des PTT et la Seconde Guerre mondiale, il nous montre cette résistance féminine quotidienne et plurielle dans un secteur clé.

nvo : Comment êtes-vous parvenu à exhumer le parcours de ces 224 femmes des PTT qui ont joué un rôle dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale ?
Charles Sancet : J'ai tout d'abord consulté les archives des déportés et des emprisonnés à la Bibliothèque nationale de France, puis les dossiers individuels du Service national des archives de la Poste. Beaucoup contenaient les témoignages des intéressées ou des personnalités de la Résistance, en vue d'obtenir des révisions de carrière, du fait d'emprisonnement ou de déportation. Et puis, au fil des congrès de l'Anacr ou de parution d'ouvrages historiques, d'autres noms sont apparus et j'ai recherché leur trace. Enfin, j'ai interviewé un certain nombre d'entre elles ou leurs descendants.

 

« SI ELLES N'ONT PAS PRIS LES ARMES,
ELLES ONT SAUVÉ DES VIES ET DES RÉSEAUX ENTIERS »

 

Charles Sancet : En charge de la communication et de la transmission, ces femmes sont-elles nombreuses, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à occuper alors des postes stratégiques ?
Oui, du fait notamment de la mobilisation des hommes en septembre 1939, on compte 10 324 femmes dans l'administration des PTT en septembre 1939, elles seront 35 209 en janvier 1940. Beaucoup d'entre elles sont syndiquées et ont le sentiment d'appartenir à une véritable famille des PTT, du fait des diverses associations des personnels, ce qui explique certainement leur engagement dans les réseaux de résistance ou leurs actions isolées. Du fait de cet esprit corporatiste, on note aussi très peu d'actes de délation – les sanctions au moment de l'épuration touchent à peine 1 % du personnel.

 

Ce que vous montrez très bien dans votre ouvrage, c'est que cette résistance professionnelle est plurielle et qu'elle évolue tout au long de l'Occupation.
Charles Sancet : Ces postières jouent un rôle essentiel dans la mesure où elles sont au cœur des informations qui circulent. Elles écoutent les conversations émanant de la gendarmerie, des organismes de Vichy ou des ennemis, transmettent les informations aux réseaux de Résistance. Elles interrompent aussi les communications, sabotent les lignes sans que cela se voie, le temps de prévenir les résistants. Elles interceptent encore les lettres de dénonciation et alertent les personnes mises en cause. Du fait de leur brassard de postières, elles passent la zone de démarcation pour informer le maquis.

Elles diffusent des tracts, mettent aussi en place des postes restantes, tirent des lignes téléphoniques clandestines… Des messages des réseaux de résistants circulent également grâce à des combines ingénieuses : envoyés à un faux nom et à une fausse adresse, ils transitent au rebut, sont guettés par les agents de liaison et sont réacheminés. En cas d'interception, personne ne peut être inquiété.
Après la mise en place du STO, elles vont aussi aider beaucoup d'hommes à y échapper en interceptant les convocations et en mettant au courant les intéressés. Si elles n'ont pas pris les armes, elles ont, grâce à tous ces actes, sauvé des vies et des réseaux entiers de résistance.

 

Et certaines d'entre elles l'ont payé très cher, comme vous le rappelez.
Charles Sancet : En effet, 98 « postières » furent déportées dans les camps nazis et 24 y périrent. Si les noms de Simone Michel-Lévy, cofondatrice du réseau Action-PTT, et de Marie-Thérèse Fleury, militante syndicale qui s'engage dans Libération nationale PTT, sont connus, bien d'autres furent engagées et envoyées dans les camps.

La plupart d'ailleurs ont continué à résister dans les usines d'armement en sabotant le matériel. Et puis, il a eu aussi toutes ces femmes regardées comme juives, selon la loi de Vichy « portant statut des juifs » d'octobre 1940, exclues de la fonction publique et donc de l'administration des PTT.
J'ai voulu aussi mentionner ces petits actes de résistance contre l'occupant allemand qui furent durement réprimés. Ainsi, une postière à bicyclette est emprisonnée quatre mois pour ne pas avoir marqué un arrêt réglementaire sur la route ; une autre fera cinq mois de prison pour avoir employé le mot « boches »…

 

Cette résistance des femmes dans l'administration des PTT a-t-elle été reconnue, en ont-elles parlé ?
Charles Sancet : Leur action n'a pas été ignorée, mais c'est assez récent qu'elle soit mise en avant. Ainsi, l'ouvrage de Laurence Thibault Les femmes et la Résistance date de 2006. Et puis, très peu en ont parlé. « Les femmes sont ainsi : elles ont fait des choses aussi belles, aussi grandes, aussi difficiles que les hommes, mais elles ne l'ont pas dit. […] Même après la Libération, elles ne s'en sont pas vantées », déclarait Mathilde Filloz, résistante dans le Doubs, lors d'un colloque en 1984. Quarante ans après, c'était la première fois qu'elle en parlait. Je publie d'ailleurs en avant-propos ses paroles. J'espère que cet ouvrage incitera de jeunes chercheurs à s'emparer de cette histoire.