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Hôpital, chronique d'une hécatombe annoncée

27 octobre 2016 | Mise à jour le 30 novembre 2016
Par | Photo(s) : DR
Hôpital, chronique d'une hécatombe annoncée

Le personnel de l’hôpital Adelaïde-Hautval (Val-d’Oise) – en phase terminale de démantèlement – mène une lutte acharnée pour préserver une offre de soins indispensable à la population du territoire.

De Bachelot à Touraine, la politique de santé publique de l'État n'a jamais varié. On change de gouvernement, mais on ne change surtout pas de logique: démanteler le secteur et l'offre de soins publics pour les transférer vers le privé lucratif.
Le cas de l'hôpital gériatrique Adelaïde-Hautval (95) en est une énième illustration ; potentiellement dramatique toutefois, pour les personnels autant que pour les citoyens de l'est du Val d'Oise.

Dans ce territoire défavorisé en offre de soins, cet hôpital spécialisé dans la vieillesse était un maillon indispensable de la prise en charge sanitaire de la personne âgée polypathologique et dépendante. Il jouait par ailleurs un rôle essentiel dans l'aval, pour la moitié des hôpitaux du département, en faisant le lien avec la médecine de ville.

Mais voilà qu'en mai 2015, Martin Hirsch, le patron de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), annonce subitement la fermeture de l'hôpital. Une fermeture « très organisée », dixit l'ancien Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. « Organisée à marche forcée, du jamais-vu à l'AP-HP », dénonce Olivier Cammas, le secrétaire de l'USAP-CGT. Et de fait, en à peine un an, cette restructuration aura réduit à 400 les 750 lits de l'établissement. « Ce qui ferme, ce sont avant tout les services de gériatrie et les Ehpad publics alors qu'ils sont indispensables », précise Olivier Cammas.

Derrière les transferts, les disparitions

La parade de Hirsch ? Rien ne se crée, tout se transfère. En l'occurrence, au nouvel hôpital de Gonesse ouvert en janvier 2016. Sauf que les capacités d'accueil, notamment en volume de lits, ne suppléent pas, loin de là, la suppression des deux tiers des lits d'Adélaïde, et ce, au risque de mettre en danger les patients, en particulier les personnes âgées. « très peu de lits on rouvert à Gonesse, mais les patients non admis à Adélaïde y sont transférés, et cela “embolise” l'établissement », ajoute Olivier Cammas.

L'hôpital Adélaïde-Hautval (anciennement Richer), c'était : • 472 lits de gériatrie;
• 145 lits en soins de suite et rééducation (SSR);
• 115 lits en soins de longue durée (SLD) ;
• 14 lits de médecine ;
• 188 lits en unité d'hospitalisation des personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Arrêtées dès janvier 2016, les demandes d'admission des refoulés d'Adélaïde ont fini par engorger le nouvel hôpital de Gonesse, en particulier ses urgences. D'autant plus qu'en décembre 2015, l'Ehpad public « Le Cèdre Bleu » de Sarcelles (également spécialisé en gériatrie) a été brutalement sommé de fermer ses portes. En contrepartie de quoi l'agence régionale de santé (ARS) s'est engagée à une réouverture en 2019, mais sans que le statut – public ou privé – du nouvel Ehpad ne soit connu. « C'est dramatique pour tout un pan de la population âgée qui ne dispose pas des ressources suffisantes pour une prise en charge dans le secteur privé, nous sommes nous-mêmes obligés d'appeler le 15 en cas d'urgence, et d'orienter ces patients vers Gonesse », explique Martine Da Luz, membre du CSHCT et secrétaire du syndicat CGT d'Adélaïde.

Objectif élimination

Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour Martine Da Luz, la cause est entendue : le processus de démantèlement du secteur public initié par la loi Bachelot (loi HPST) s'est accéléré avec la loi de Marisol Touraine créant les groupements hospitaliers en territoire (GHT). « Les GHT, ça concerne tout le monde, personnel soignant et patients, ça veut dire fusionner au maximum les structures et les services, de sorte à pouvoir transférer le public vers le privé, mais surtout, à éliminer des masses de personnel du secteur public. »

L'objectif d'élimination est à ce point vécu et ressenti comme tel par le personnel que le CHSCT a alerté l'inspection du travail des dangers graves et imminents qui pèsent sur l'établissement. Le suicide est régulièrement évoqué par de nombreux salariés à bout. L'un d'eux, qui travaillait depuis toujours à Adélaïde, a traduit les paroles en actes en mars dernier.

« Il faut voir les pressions sur le personnel, pour les forcer à se « repositionner » sur les sites dits “partenaires”, c'est-à-dire à choisir d'ici fin octobre notre future affectation dans les autres structures sanitaires du territoire, mais sans que nous disposions d'aucun critère de sélection pour nous déterminer, sauf celui de la « motivation », mais qui est dévastateur, en particulier pour les plus précaires, et ils sont nombreux, qui sont à bout de souffle et menacent de passer à l'acte. »

Vers une hécatombe de suicides

Olivier Cammas dénonce pour sa part des méthodes de voyous : « Non seulement nous n'avons pas les informations qui nous sont dues, mais nos droits élémentaires et ceux des IRP sont systématiquement bafoués, des pressions ignobles sont exercées sur le CHSCT pour l'empêcher de déclencher une expertise. »
En parallèle, la résistance s'organise entre syndicats et maires de diverses communes (Marly, Gonesse, Fosse..) pour dénoncer la fermeture d'Adélaïde, la mise en danger de l'offre de soins et la brutalité de cette restructuration.

Ensemble, représentants des salariés, citoyens engagés dans l'associatif et élus locaux ont, dès l'annonce de la fermeture, créé un « collectif de défense pour la santé publique de l'est du Val-d'Oise », de l'hôpital et de son offre de soins spécifique pour la vieillesse. Réuni le 21 octobre en séance publique ouverte à tous les citoyens, le collectif réclame un moratoire sur la fermeture d'Adélaïde.

Personnel et syndicats, eux, multiplient les actions pour se faire entendre : « Nous organisons deux AG par semaine, nous débrayons régulièrement, nous organisons des rassemblements et avons même monté des barricades, quatre fois démantelées et quatre fois réinstallées. Il faut que la ministre de la Santé nous entende et que les citoyens comprennent la gravité de ce qui se joue dans le domaine de la santé publique en territoire. »

Dans l'attente d'être reçu par Mme Touraine, le collectif de défense a construit un vrai projet de santé publique et de prise en charge des personnes âgées, qu'il entend bien soumettre à la ministre. Sans réponse à ce jour, le collectif mise sur l'action nationale pour la défense de la santé du 8 novembre pour se faire entendre.