11 mai 2026 | Mise à jour le 11 mai 2026
À l'occasion du congrès organisé pour son centenaire, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a dressé un constat alarmant de l'état de la profession. Sa nouvelle équipe dirigeante veut mettre en œuvre une série de leviers juridiques défensifs, notamment une convention internationale de protection des journalistes sur les théâtres de guerre et un accord-cadre visant à limiter les effets prédateurs de l'IA.
Créée en 1926, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a célébré son 100e anniversaire lors d’un congrès à Paris, la ville où elle est née. L’événement, qui s’est tenu du 4 au 7 mai, était co-organisé par le Syndicat national des journalistes (SNJ-CGT), la CFDT et FO journalistes. La fédération, qui représente plus de 600 000 journalistes dans 146 pays, en a profité pour tirer la sonnette d’alarme sur la situation de la profession et appeler à la mise en place d’un certain nombre de mesures pour renforcer les protections juridiques des journalistes.
Près de 500 journalistes emprisonnés
Raccourcissement des visas des correspondants étrangers aux États-Unis et en Russie ; multiplication des procédures-bâillon ; entraves liberticides à l'exercice du métier, sous couvert de lutte contre l'espionnage (comme avec Julian Assange, qui fut incarcéré pendant cinq ans dans une prison de haute sécurité à Londres) ou contre le terrorisme (à l'instar de Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie)… Les journalistes paient en effet au prix fort le mouvement mondial de régression des libertés fondamentales et pas moins de 500 d'entre eux sont actuellement emprisonnés.
« La liberté de la presse est un fondement indispensable de nos démocraties, menacées dans leur ensemble par l'extrême droite, en situation de prendre le pouvoir dans la majorité des pays occidentaux », a souligné Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Une extrême droite qui bénéficie par ailleurs du soutien actif de certains milliardaires, pressés de transformer les journalistes en acteurs de leur propagande réactionnaire. « La concentration des médias dans les mains de milliardaires entrave la démocratie. Interdisons aux capitaines d'industrie d'être patrons de presse, comme le voulait le Conseil national de la Résistance », revendique Sophie Binet.
Des moyens de défense mutualisés
Intitulée « le droit international au service de la liberté de la presse », une table ronde a esquissé un projet d'instance d'assistance juridique internationale destinée aux journalistes confrontés à des accusations sans fondement ou pris pour cibles sur des terrains de guerre. « Cette instance permettrait de mutualiser les moyens de défense en dupliquant des actions judiciaires similaires dans plusieurs pays en même temps. Elle apporterait une aide précieuse aux journalistes les plus démunis, en Afrique par exemple », a exposé l'avocat William Bourdon.
Une démarche qui rejoint, dans l'esprit et en pratique, la plainte contre X déposée en décembre 2025 par la FIJ et le SNJ auprès du Parquet national anti-terroriste français. Le contentieux dénonçait une entrave à la liberté de la presse et des « crimes de guerre visant des journalistes français », à Gaza et en Cisjordanie. « L’objectif est de lutter contre l'impunité de ces criminels de guerre », a affirmé l'avocate Inès Davau, qui précise : « Autant une plainte isolée, dans un seul pays, peut facilement être contournée, autant sa démultiplication en Espagne, en Italie ou dans d'autres juridictions, augmente les chances de succès. »
Par ailleurs, vulnérables face aux bombes et à la raison d'État, les journalistes souffrent de l'absence de reconnaissance des risques spécifiques liés à l'exercice de leur profession. « Sur les terrains de guerre, ils sont traités comme des civils ordinaires alors qu’ils sont plus exposés. Le cadre juridique ne les protège pas assez, le droit international est trop faible », analyse Carmen Draghici, professeure de droit international à l'Université de Londres. C'est pourquoi la FIJ promeut une convention internationale visant à leur octroyer une protection plus forte. « Mais pour qu'un texte de ce genre voie le jour, il doit être adopté par l'Assemblée générale des Nations unies, et des gouvernements doivent le soutenir publiquement », tempère Dominique Pradalié, présidente sortante de la FIJ.
Se protéger de l’intelligence artificielle
Le congrès du centenaire de la FIJ a également été l’occasion d’élire un nouveau bureau. Zuliana Lainez succède donc à Dominique Pradalié à la présidence de la FIJ. Première vice-présidente sortante, elle dirigeait auparavant l'association des journalistes du Pérou.
Au cours de la dernière mandature, elle a notamment participé à un groupe de travail sur l'intelligence artificielle, dont est ressorti un projet d'accord-cadre mondial destiné à prémunir les journalistes des impacts négatifs de l'IA. Universel, il a vocation à s'appliquer à tous les journalistes, y compris aux indépendants. « L'accord présente des principes non négociables. Aucun contenu journalistique ne doit entraîner les IA sans le consentement des intéressés », a-t-elle détaillé. Avant de préciser : « Un observatoire sur l'IA doit pouvoir présenter les bonnes pratiques. Nous allons transmettre ce texte aux syndicats de journalistes. Le combat ne fait que commencer. »
Augustin Larivière