21 avril 2026 | Mise à jour le 21 avril 2026
Pierre Gattaz, ex-président du Medef de 2013 à 2018, était l’invité de la matinale de France Inter ce mardi 21 avril. Sous couvert de « ne pas faire de politique », le président du directoire de la société Radiall en a profité pour renvoyer dos-à-dos « extrême gauche » et extrême droite. Et accorder, au passage, sa préférence à la seconde, au lendemain du déjeuner du président du RN, Jordan Bardella, avec les représentants du patronat.
Ce mardi 21 avril, au micro de la matinale de France Inter, Pierre Gattaz est venu à la rescousse de ses successeurs à la tête du Medef, qu’il a lui-même dirigé de 2013 à 2018, après le déjeuner des représentants des grands patrons et du président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Celui qui est aussi le président du directoire de Radiall, société de fabrication de composants électroniques, venait également vendre son livre, Gagner plus, c’est maintenant… Ou plutôt c’était en août 2025, à en juger par la date de sortie déjà lointaine de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.
Patrick Martin et les cadres du Medef ayant partagé la table de Jordan Bardella la veille n’ont en tout cas pas eu à se plaindre de sa déloyauté, tant Pierre Gattaz aura soigné le SAV. « On rencontre tout le monde, on débat avec tout le monde. Il faut discuter, écouter, débattre », martèle-t-il. D’autant qu’il soutient « ne pas faire de politique ». Mais pourquoi donc ces rencontres ? Déjà parce que, s’agissant du RN, Pierre Gattaz lance : « Il n’est pas possible de passer à côté de la première formation française, et surtout européenne aussi. » Il ne dira rien de l’identité de la première formation mondiale voire galactique. Et puis, Pierre Gattaz justifie ces initiatives par la nécessité de diffuser l’Évangile selon le Medef : « Si vous rejetez les gens quand ils sont d’extrême gauche ou d’extrême droite, je pense que vous réduisez la capacité de convaincre aussi. Il faut les convaincre que leur programme est hérétique et complètement idiot. » « Hérétique », donc… est-ce à dire que les uns et les autres sont renvoyés dos-à-dos et excommuniés d’une seule voix par monseigneur Gattaz ? Pas tout à fait.
Car Pierre Gattaz a ses têtes, et celles émargeant à l’extrême droite de l’échiquier lui reviennent bien mieux. Ainsi, en évoquant la gauche, il brandit le seul exemple de Jean-Luc Mélenchon, dépeignant le projet de La France insoumise en ces termes : « Le programme de M. Mélenchon est une horreur absolue, il faut le combattre absolument. C’est du trotskisme pur. Il parle de “révolution” et de tout “conflictualiser”. » Mais s’adoucit en passant au mouvement chapeauté par Le Pen et Bardella : « Côté RN, il y a des avancées, de l’écoute, mais on est très loin d’un programme économique pour redresser la France. » On pourrait presque penser qu’on est plus proche de l’offre de coaching que de la critique.
Pierre Gattaz en homme « mesuré »
Pourtant, Pierre Gattaz assure avoir peur d’une accession au pouvoir du RN, livrant aussitôt la source de sa frayeur : « Sur les retraites, le RN est très ambigu. Est-ce qu’ils remettent la retraite à 62 ans ? » On aurait pu lui suggérer, hélas, de bien meilleures raisons de s’inquiéter d’une telle alternance. On ne le sent de toute façon pas très susceptible de s’émouvoir de la politique migratoire du RN. Interrogé au sujet de l’immigration – et tandis qu’à l’extrême droite, ils sont nombreux à ressasser sans l’étayer que la gauche fait le jeu du capitalisme en défendant l’accueil des migrants –, il n’affiche pas un entrain délirant : « On en a besoin mais on en n’a pas besoin non plus… Il faut que ça soit mesurable, il faut que ça soit harmonieux et mesuré. »
L’enthousiasme de Pierre Gattaz va ailleurs. Aux « sociaux-démocrates suédois, néerlandais et danois », de vrais « libéraux », dont il salue la politique de « suppression de l’ISF, de réduction du nombre des fonctionnaires, de fin du statut à vie ». Eux ne sont pas des « hérétiques », c’est certain. Et s’il prend ses références à l’étranger, c’est qu’il est « extrêmement en colère de la politique en France aujourd’hui ». « On doit monter en puissance, nous, les patrons. On défend une France qui gagne, qui réussit grâce à son économie, ses entreprises. » C’est beau comme du Macron 2017, ou du Jospin à Matignon en 1995, grands succès s’il en est. Et c’est un peu comme Pierre Gattaz lui-même, qui lui a réussi en… héritant de la société Radiall fondée par son père, Yvon Gattaz, qui l’avait également précédé à la tête du syndicat des patrons français, (à l’époque, le CNPF) entre 1981 et 1986. Il y a quarante ans donc, or, « depuis quarante ans, on a mis le social devant l’économie », s’étrangle l’ex-président du Medef. Mais on s’accordera cette fois pour n’y voir que pure coïncidence car, bien qu’on ne partage pas le diagnostic sur ces quatre décennies, on est certain que même s’il était vrai, la famille Gattaz n’y serait pour rien.