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Mobilisations

Infantilisation, suspicion : chez Airbus, l'attaque contre le télétravail ne passe pas

18 juin 2026 | Mise à jour le 18 juin 2026
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Infantilisation, suspicion : chez Airbus, l'attaque contre le télétravail ne passe pas

C'est un courriel de Guillaume Faury, PDG d'Airbus, qui a déclenché le mouvement.

La décision unilatérale de réduire le télétravail à un jour par semaine à partir de septembre met le feu aux poudres chez Airbus. Après le courrier adressé par Guillaume Faury, patron de la société, à l’ensemble des salariés du groupe, la colère monte face à un recul social aussi brutal qu’injustifié. Un appel à la grève a été lancé par la CGT et un rassemblement avait lieu ce jeudi 18 juin.

« Guillaume Faury a écrit un courrier à tous les salariés Airbus — 55 000 personnes en France et 176 000 dans le monde — pour dire : fin de la récréation. À partir de septembre, un seul jour de télétravail, contre en moyenne deux ou trois précédemment », resitue Patrick Brisset de la CGT d'Airbus Commercial Aircraft. Le courriel envoyé le 9 juin 2026 par le patron d'Airbus, à l’ensemble des salariés du groupe ulcère. À l'usine de Toulouse, un appel à la grève a été lancé par la CGT et un rassemblement était organisé ce jeudi 18 juin 2026 pour protester contre cette remise en cause. À l’arrivée, ils étaient 120 grévistes mobilisés sur le site, selon le syndicat. Les salariés en lutte ont déjà prévu une nouvelle action le 25 juin prochain.

Un courriel culpabilisant

Signé d’un « Guillaume » d’une belle simplicité, le courrier se prétend un appel à davantage d’efficacité. Mais à l'évidence, les salariés y voient plutôt leur mise en accusation, et celle de leur rendement, alors qu’au cours des dernières années, les charges de travail ont explosé, comme nous l’explique la CGT. C’est à compter du 1er septembre que les salariés devront donc revenir davantage sur site avec une limitation à un seul jour de télétravail par semaine. Une décision par ailleurs imposée sans négociation préalable avec les organisations syndicales et sans tenir compte des réalités du terrain.

Pour la CGT, cette orientation relève davantage d’une vision idéologique du management que d’une nécessité opérationnelle. Alors que le télétravail est entré dans les mœurs, la direction choisit le retour au présentéisme plutôt que la confiance et l’autonomie. Sur place, le sentiment dominant est celui d’une rupture de confiance. De nombreux salariés dénoncent une forme d’infantilisation et considèrent que cette décision ignore les efforts consentis ces dernières années.

Une mesure rejetée par les salariés

Ce sentiment pourtant s’est exprimé publiquement en amont de la décision des dirigeants. Une enquête réalisée par la CGT Airbus au mois de mai a montré en effet que les salariés étaient massivement attachés aux deux jours de télétravail hebdomadaires, dont 52% étaient prêts à aller jusqu’à la grève, des jours qui leur permettent de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle tout en limitant leurs dépenses contraintes. La réduction du télétravail signifie de fait davantage de frais de carburant, de transport et de restauration. Elle entre également en contradiction avec les ambitions environnementales affichées par Airbus en imposant à des milliers de salariés des déplacements supplémentaires pour des activités pouvant être réalisées à distance.

À cela s’ajoute une inquiétude largement partagée concernant les capacités d’accueil des sites : flex-office saturé, difficultés de stationnement, transports en commun insuffisants et restauration collective déjà sous tension.

Des résultats record, mais toujours plus d’efforts demandés

Cette annonce intervient alors qu’Airbus affiche des résultats financiers solides, un carnet de commandes historique et des perspectives de production élevées. Bien que ralentie par rapport à l'année précédente l'action est passée de 3 euros à 3, 20 euros. « On demande des efforts aux salariés, la prime de participation s'effondre, mais les actionnaires engrangent + 6,6 % », s'insurge Patrick Brisset.

Le calcul est rapide : pour la CGT, la direction cherche ainsi à faire porter aux salariés la responsabilité des difficultés rencontrées sur certains programmes… éclipsant alors les sous-effectifs chroniques, la surcharge de travail, la pression sur les délais et la dégradation des conditions de travail. Le syndicat alerte également sur une stratégie qui privilégie la rentabilité immédiate au détriment de la recherche et de la préparation de l’avenir industriel du groupe.

Pour l'heure, en France, seule la CGT du groupe a mené l'action, la CFDT a aussi exprimé son désaccord mais sans appel à mobiliser.  Toutefois, on n'est pas à l'abri de nouvelles réactions. Les organisations syndicales allemandes ont également réagi en rappelant que les accords existants outre-Rhin ne permettent pas une remise en cause unilatérale du télétravail. C’est qu’on craint à présent que cette politique fasse tache d’huile dans l’aéronautique. Ailleurs, déjà, le télétravail se retrouve explicitement en ligne de mire. C’est le cas de Stellantis où la réduction du télétravail est à l’ordre du jour. La mobilisation des salariés d’Airbus pourrait bien en inspirer d’autres…