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C'est au stade de Montjuïc que devait se dérouler les épreuves.
Le 31 janvier dernier, soit quelques jours avant le début des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, 20000 manifestants s'étaient réunis pour protester contre la venue de policiers de l'immigration états-uniens pour assurer la sécurité des athlètes. Le Comitato Insostenibili Olimpiadi (Comité contre des « Jeux insoutenables »), un vaste réseau d’associations, mouvements et syndicats autonomes, décidait quant à lui de se mobiliser une poignée de jours plus tard, du 5 au 8 février, sous le slogan « Voi Olimpiadi, noi Utopiadi » (« Vous les Olympiades, nous les Utopiades » en français). Derrière ce mantra, le comité affirmait s'inspirer des Olympiades populaires organisées à Barcelone en 1936. Un événement sportif qui n'a pas eu le temps d'exister, mais dont l'imaginaire continue à mobiliser encore un siècle plus tard.
Remontons quelques décennies en arrière, neuf très précisément. En 1931, le Comité international olympique (CIO) attribue l'organisation des Jeux Olympiques 1936 à l'Allemagne. Or, lorsque cinq ans plus tard il est temps de célébrer l’événement, le pays est désormais sous la coupe d'Adolf Hitler et des nazis. Dans ce contexte, les Olympiades de Barcelone ont alors pour but d'ériger un contre-modèle, comme l'analyse Nicolas Ksiss-Martov, journaliste notamment associé à la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) : « À l'origine, il y avait l'ambition de refuser d’être complice de la caricature qui se déroulait à Berlin puisque le régime nazi utilisait, avec sa complicité, les Jeux du CIO pour servir sa propagande notamment raciale et antisémite ».
Toutefois, face au projet mortifère du régime nazi, les organisateurs des Olympiades, dont le mouvement sportif populaire catalan en quête de légitimité à l'époque, « se sont largement appuyés sur les traditions des Jeux olympiques et les idées de Coubertin », précise André Gounot, chercheur membre de l'unité de recherche ARCHE (Arts, civilisation et histoire de l'Europe) au sein de l'université de Strasbourg. Cérémonies, iconographies… les points communs avec la compétition officielle sont en effet notables. Cependant, l’événement se veut aussi plus inclusif. « L’Olympiade populaire de Barcelone aspirait à proposer une version alternative et populaire de l’olympisme, que ce soit à travers la reconnaissance de délégations de peuples qui n’avaient pas d’État, des délégations de réfugiés politiques, qu’ils soient allemands ou italiens, fuyant le fascisme, des minorités religieuses comme des minorités juives », détaille Nicolas Ksiss-Martov.
Autre spécificité, le refus de l'élitisme. Les Olympiades populaires de Barcelone proposent trois catégories de compétition : l’une est réservée aux athlètes professionnels, l’une aux représentations régionales, et une troisième catégorie est « ouverte à tous les participants volontaires », permettant aux amateurs ou à des personnes en dehors de toute fédération de concourir. « C’est la libre inscription, collective ou individuelle, aux compétitions sportives qui constitue une nouveauté, même au sein des mouvements sportifs ouvriers préexistants, renseigne André Gounot. Les participants aux compétitions des Spartakiades internationales et des Olympiades ouvrières étaient sélectionnés par leurs fédérations, et leur nombre était ainsi réduit. »
Malheureusement, cette utopie sociale et sportive ne verra jamais le jour. Le 17 juillet 1936, alors que toutes les délégations sont déjà à Barcelone, Francisco Franco débute son coup d'Etat, qui causera l'annulation de la compétition prévue le 19 juillet. Certains sportifs rejoignent même aussitôt les rangs républicains.
Ce drame porte un coup d’arrêt au sport populaire. Bien qu’une dernière Olympiade ouvrière ait eu lieu à Anvers en 1937, le mouvement s’est essoufflé. L’idée d’organiser des événements de cette ampleur pour concurrencer le CIO a été abandonnée par le mouvement sportif ouvrier international. « C’est vrai que l’idée de faire des contre-Jeux Olympiques s'est perdue parce que l’URSS a rejoint le CIO après la Seconde Guerre mondiale », affirme Nicolas Kssis-Martov.
Si le journaliste se garde bien d'effectuer des parallèles anachroniques entre cette contre-mobilisation et les manifestations en marge des JO d'hiver, il note une certaine filiation idéologique entre ces deux moments : « Ce qui perdure c’est l’idée que le sport doit être un outil et un instrument au service de certaines valeurs progressistes, humanistes, antiracistes, antifascistes. La mobilisation il y a 90 ans et celles d'aujourd'hui montrent qu'on ne peut pas déconnecter le sport de la politique ».

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