
« Il fallait faire quelque chose » : artistes drag et CGT, histoire d'une rencontre
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Sophie Binet le 5 juin à Tours au 54e congrès confédéral de la CGT.
Théo travaille dans une multinationale du e-commerce. Jeune cadre, il n'avait aucune expérience syndicale jusqu'à ce qu'on lui tende un tract de la CGT à l'entrée de ses bureaux. Entre nouvelles règles de télétravail qui ne lui conviennent pas et menaces de licenciement, il décide de franchir le pas et de se syndiquer. « J'ai rempli le formulaire en ligne, réglé mes deux mois de cotisations, puis il ne s'est rien passé », raconte-t-il.
Une situation malheureusement courante, que Baptiste Pagnier ne connaît que trop bien. Syndicaliste CGT Fercsup, et militant à l'UD Paris, il est en charge de l'accueil des nouveaux adhérents et de leur formation. « En 2025, 80 % des personnes qui ont adhéré en ligne n'ont pas été recontactées après avoir envoyé leurs formulaires », se désole-t-il.
En effet, sur les 7 787 salariés du privé qui ont souhaité se syndiquer via le formulaire en ligne, seuls 21 % d'entre eux ont réellement rejoint la CGT. L'écrasante majorité des adhésions n'ont tout simplement pas été validées par leur syndicat de rattachement.
Pour mieux accueillir les nouveaux adhérents, dont le nombre a explosé depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2023, la CGT a donc commandé une étude à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires), parue en février dernier.
Le coordonnateur de l'étude, Pierre Rouxel, revient sur le point de départ de ce travail de recherche : « Il y avait d'une part la volonté de la direction confédérale de faire des questions d'organisation un enjeu central, avec la nécessité de renforcer l'organisation pour être capable d'élever le rapport de force, généraliser les grèves et les conflits comme celui contre la réforme des retraites. D'autre part, il fallait réfléchir à comment mieux intégrer les nouveaux syndiqués qui ont afflué depuis 2023 ».
« Depuis 2023, nous avons accueilli près de 150 000 nouveaux et nouvelles adhérent·es, peut-on lire dans le document d'orientation présenté lors du dernier congrès de la CGT. Cependant nous n'avons progressé que de 15 000 syndiqué·es, car nous sommes un panier percé, nous perdons chaque année des dizaines de milliers de syndiqué·es, notamment celles et ceux qui ne sont pas rattaché·es à un syndicat et celles et ceux qui n'ont pas de continuité syndicale après leur départ en retraite ».
Face à cette réalité, l'UD Paris a monté une équipe pour maintenir le contact avec les nouveaux adhérents. Un travail fastidieux, mais nécessaire : « On fait des relances, on arrose de mails les gens qui ont adhéré en ligne. Ils nous répondent parfois qu'ils sont passés à autre chose, qu'ils ont adhéré à un autre syndicat, mais d'autres veulent quand même valider leur adhésion », détaille le syndicaliste.
Un travail qui paie. En améliorant le processus d'adhésion et en soutenant les nouveaux syndiqués, l'UD Paris a rapidement pu observer des résultats positifs. « Récemment, on a gagné les élections à l'UNICEF. C'était des adhésions en ligne qui ont été gérées par l'UD Paris, car personne d'autre ne les avait recontactés, se réjouit-il. On a pu aussi récupérer des adhérents dans les crèches de l'entreprise France Horizon, qui ont par la suite monté une section et organisé une grève qui a été bien suivie », poursuit-il.
Théo, lui, a finalement contacté un syndicaliste CGT de son entreprise, qui a constaté qu'en effet, son adhésion était passée sous les radars. Deux mois après avoir complété le formulaire en ligne, il rejoint officiellement son syndicat. Il doit désormais se former. « Il n'y avait pas beaucoup de disponibilité pour les séances de formation. J'ai adhéré en décembre 2025, et les formations de juin 2026 étaient complètes. Je dois maintenant attendre celles du mois de septembre, j'ai un peu l'impression de perdre neuf mois avant de pouvoir vraiment être utile », dit-il. Le document d'orientation adopté à l'issue du 54e congrès prévoit aussi le renforcement des formations, pour les nouveaux adhérents, mais aussi pour les cadres de la CGT.
L'étude de l'IRES apporte aussi un éclairage sur les motivations poussant les salariés à se syndiquer. Si on rejoint toujours la CGT pour des raisons liées à des conflits sur son lieu de travail, l'étude montre aussi qu'une partie des nouvelles adhésions est liée aux prises de position du syndicat, que ce soit pendant les élections législatives de 2024 ou au sujet de la lutte contre l'extrême droite. « Tout l'enjeu c'est maintenant de parvenir à intégrer ces adhérents à travers des espaces de socialisation et de formation. On montre dans l'étude que des néo-syndiqués qui étaient davantage intéressés par l'aspect politique peuvent se rapprocher d'un militantisme davantage tourné vers le lieu de travail », soulève Pierre Rouxel. Encore faut-il que les structures soient adaptées. « L'un des obstacles, c'est le manque d'espace de rencontre et de socialisation », ajoute le chercheur, avant de citer la sous-traitance, l'ubérisation ou le service à la personne comme autant de secteurs où les syndiqués restent isolés dans leur syndicat d'entreprise.
L'une des solutions pointées par l'étude est la création de syndicats territoriaux, permettant de réunir des salariés isolés de certains secteurs. « Ces structures sont des espaces intéressants pour faire se rencontrer les syndiqués, produire des échanges et permettre de partager les expériences », souligne Pierre Rouxel, ajoutant que si certains de ces exemples ont prouvé leur efficacité, comme le syndicat départemental d'aide à domicile d'Ile-et-Vilaine, « ces structures restent très fragiles et dépendantes des moyens mis à disposition pour les faire vivre ». Une des résolutions du 54e congrès vise justement à encourager les fédérations à mettre en place des syndicats professionnels de territoire. « Il faut être souple, préconise aussi Baptiste Pagnier de l'UD Paris. Département, bassin d'emploi, région, sites, il faut penser les structures en fonction des besoins et surtout, il faut des gens pour les animer », soulève-t-il. Le 55e congrès sera l'occasion de dresser le bilan de ces initiatives.

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