
Jeunesse (Les Tourments) : le travail en pleine lumière
Ce mercredi 2 avril sort au cinéma Jeunesse (Les Tourments), documentaire fleuve du réalisateur chinois Wang Bing, deuxième volet d’une trilogie en immersion dans des... Lire la suite
C'est l'histoire d'un des crimes de guerre les plus atroces commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, durant la guerre de Bosnie (1992-1995). Srebrenica, juillet 1995. En tant que professeure d'anglais, Aïda est réquisitionnée comme interprète auprès des Casques bleus hollandais, postés aux abords de la ville qui a été déclarée « zone de sécurité » pour les civils et les habitants.
Ces soldats de la paix sont censés veiller sur la zone sans être armés, et leur propre camp est bientôt pris d'assaut : les habitants sont des milliers à venir y chercher refuge, fuyant l'arrivée de l'armée serbe qui envahit la ville. Malgré les appels au secours, l'ONU ne répond pas. Chargée de traduire les négociations et les consignes à l'adresse de la foule, Aïda comprend que le pire les guette et va tout tenter pour sauver son mari et ses deux fils, ballotés dans la foule qui s'entasse derrière les grilles de l'enclave.
« Il nous aura fallu des années pour mettre en œuvre ce film, confie Jasmila Žbanic à l'évocation des nombreux obstacles financiers et politiques rencontrés , mais nous y sommes parvenus parce que nous avions à cœur de raconter cette histoire : il ne s'agit pas que de la Bosnie ou des Balkans, mais d'êtres humains et de notre comportement lorsque nous nous affranchissons de toute règle morale et quand nous anéantissons toute humanité ». Faut-il rappeler que plus de 8 000 habitants de Srebrenica furent systématiquement massacrés durant cette guerre civile ? Une réalité historique à laquelle est consacré Under the UN Flag, l'ouvrage de Hasan Nuhanovic qui a inspiré le film. Voilà pour le drame historique.
Le reste est un cauchemar oppressant : tandis que le scénario s'enfonce inexorablement vers le massacre collectif, il s'agit aussi de savoir si Aïda parviendra à sauver les siens avec son statut de personnel de l'ONU. Discrètement, par petites touches, la cinéaste nous rapproche de cette famille d'intellectuels bosniens rattrapés par l'horreur. Froidement, elle affronte les images de la vengeance serbe. Sans indulgence, elle pointe les ratés des Casques bleus, supposés gérer la situation.
Elle filme l'impuissance autant que l'hypocrisie. Rien de démonstratif ni d'exubérant. Pas de pathos. L'enchaînement clinique des faits suffit. Le personnage principal, cette femme déchirée entre son besoin de croire aux valeurs humanitaires et la réalité dont elle est témoin, s'impose comme une voix dans la nuit, une voix magnifique grâce à Jasna Đuričić, incroyable comédienne qui, tout en retenue, porte le film de bout en bout. Tour à tour mère, femme, professeure, elle gardera l'effroi du mensonge d'État dans son regard, mais encore assez de foi en l'humanité pour reprendre le chemin de l'école.
Réalisatrice, scénariste et productrice, Jasmila Žbanic est bosnienne. Elle a notamment réalisé Sarajevo, mon amour (Ours d'Or à Berlin en 2006) et Le choix de Luna (2010). Ses films ont été produits par Deblokada, collectif d'artistes qu'elle a créé. La voix d'Aïda est son sixième film.
Ce mercredi 2 avril sort au cinéma Jeunesse (Les Tourments), documentaire fleuve du réalisateur chinois Wang Bing, deuxième volet d’une trilogie en immersion dans des... Lire la suite
Dans L’Effet Bahamas, la documentariste Hélène Crouzillat, cherche à comprendre le fonctionnement de l’Assurance chômage. Différents témoignages et une mise en scène... Lire la suite