13 avril 2026 | Mise à jour le 13 avril 2026
Une cérémonie de parrainage, réunissant des élus ainsi que des membres de la société civile, a eu lieu ce vendredi 10 avril à la mairie de Saint-Denis, dans l'objectif de lutter contre l'expulsion de lycéens sans papiers scolarisés en Seine-Saint-Denis.
La musique résonne sur le parvis de la Basilique Saint-Denis. Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées sur les marches de la mairie. Au milieu, un orchestre joue une fanfare qui attire le regard des passants. Des élus, revêtus de leur écharpe tricolore, prennent tour à tour la parole. Ils sont bientôt remplacés par de jeunes adolescents. Ces derniers lisent, chacun leur tour, une lettre qui revient sur leur parcours migratoire. Tous, sans exception, risquent d'être expulsés dans les prochains mois, faute d'avoir un titre de séjour.
« Ces jeunes vivent dans une précarité administrative qui les exclut du système de santé et de la possibilité de trouver du travail, une formation ou une alternance quand ils ont le baccalauréat, ce qui est incompatible avec le droit effectif à l’éducation », explique Jérôme Martin, 52 ans, professeur de français et membre du Réseau Education Sans Frontières. Depuis 2004, le réseau, composé de collectifs locaux, de syndicats d'enseignants et d'associations de parents, milite pour la défense des droits de l'homme et des immigrés.
Accompagnée par le collectif inter-lycées 93, qui rassemble des enseignants et personnels exerçant dans plus d'une dizaine d'établissements du département, la structure organise en cette veille de week-end une cérémonie de parrainage entre des élus et membres de la société civile et des élèves en situation irrégulière, dans le but de les accompagner dans leurs démarches administratives.
Des élèves scolarisés en France et menacés d'expulsion
Sur le parvis, l'ambiance est aussi festive que solennelle. Le début de la cérémonie approche. La foule est invitée à pénétrer dans la salle des mariages de l'hôtel de ville. Le maire, Bally Bagayoko fait son apparition, sous les applaudissements de la salle bondée. L'élu ouvre le bal des signatures de certificats de parrainage. Les élèves sont bientôt appelés tour à tour pour venir rencontrer leur parrain ou marraine.
Faustino, 18 ans, originaire d'Angola, arrivé en France à 16 ans, reçoit, ému, le certificat des mains de sa marraine, Mylène Cala, conseillère municipale à Saint-Denis. « J'espère que ce marrainage pourra vraiment m'aider à m'en sortir », confie le jeune homme, actuellement en première professionnelle. « En France, on ne peut rien faire sans papiers. J'ai fait une demande d'asile il y a un peu plus d'un an. J'attends encore la réponse », explique Faustino, qui a rendez-vous avec la préfecture le 7 mai prochain. Une date que ne veut pas manquer Mylène Cala. « Je n'ai pas envie d'être une marraine fantôme », affirme l'élue pour qui devenir marraine relevait de l'évidence : « Aider des jeunes sans papiers fait partie de mes engagements fondateurs. Je suis moi-même petite-fille d'immigrés italiens ».
Des élus et professeurs en première ligne pour lutter le racisme administratif
Une histoire familiale également partagée par l'élue Sophia Boutrih, adjointe à la culture à la mairie de Saint-Denis. « Dans ma famille, il y a aussi eu un élève ou un frère qui était sans papiers quand il était jeune. Je connais la difficulté des familles, la peur, la frustration et aussi la violence d'une administration qui ferme les portes, ne veut ni écouter ni comprendre », rappelle-t-elle. Les élèves se succèdent au pupitre pour recevoir leurs certificats, gage d'un espoir de nouveau départ. Certains d'entre eux sont parrainés par leurs professeurs à l'instar de Moussa. À 17 ans, le jeune adolescent, scolarisé à Saint-Denis, risque d'être expulsé d'ici la fin de l'année. « Je l'ai appris du jour au lendemain. Or, sans titre de séjour, je ne peux ni étudier ni travailler », chuchote-il sous le regard de Romain, son professeur et parrain.
« C'est important de soutenir les élèves que l'on forme. Faute de régularisation, ces derniers ne pourront pas faire valoir leur diplôme. Pour moi, c'est une injustice intolérable ». Ce soir, Moussa, Faustino et leurs camarades ont le sourire. Ils ont gagné une première bataille face à une administration qui voudrait les faire taire. Pour eux ainsi que pour leurs parrains et marraines, le combat ne fait que commencer.