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RECHERCHE

Les chercheurs freinent le coup de rabot sur leurs crédits

31 mai 2016 | Mise à jour le 14 février 2017
Par | Photo(s) : Ruaud/Andia
Les chercheurs freinent le coup de rabot sur leurs crédits

L’annonce de l’annulation de 256 millions d’euros de crédits de recherche a provoqué la colère de la communauté des chercheurs et contraint l’exécutif à renoncer à une partie des transferts annoncés.

Face à l'émoi de la communauté scientifique, l'Élysée renonce à une partie des annulations de crédits pour la recherche, mais il fait quand même les poches des labos pour récupérer 122 millions d'euros. Un choix suicidaire quand l'Allemagne prévoit 75 % d'augmentation des dépenses de recherche et développement, et quand les États-Unis doublent leurs efforts dans le domaine des recherches sur l'énergie.

Sept prix Nobel français et un lauréat de la Médaille Fields (voir la liste ci-après) ont publié lundi 23 mai dans Le Monde une tribune dans laquelle ils se disent consternés par la décision du gouvernement de procéder à des annulations de crédits pour la recherche, qui « s'apparentent à un suicide scientifique et industriel ».

« L'État, pour couvrir ses dépenses, renforce l'austérité dans les organismes de recherche et les universités, qui sont déjà confrontés à des problèmes de financement considérables. Ces amputations de crédits auront inévitablement des conséquences sur le soutien de base des laboratoires et le budget des programmes de recherche gérés par les organismes », avait protesté le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique CGT.

De son côté, le Syndicat national de l'enseignement supérieur SNESUP-FSU a dénoncé « le manque de soutien à la recherche, dont le budget continue d'être une variable d'ajustement pour les dépenses supplémentaires décidées par le gouvernement ». Ce coup de rabot budgétaire de 256 millions d'euros de crédits concerne pour plus de la moitié (134 millions) les dotations de 4 organismes de recherche : le CEA (76 millions), le CNRS (50 millions), l'INRA 10 (millions) et l'INRIA (10 millions). L'enseignement supérieur universitaire est également mis à contribution, avec 50 millions de crédits annulés.

HOLLANDE SAUPOUDRE POUR ÉVITER DE NOUVEAUX FRONTS

Empêtré qu'il est depuis quatre mois dans le conflit sur la réforme du Code du travail, l'exécutif a sans doute flairé dans ces réactions l'ouverture d'un nouveau front social parmi ces professions scientifiques fortement mobilisées depuis plusieurs années.

Du coup, François Hollande a fait une marche arrière dont la signification n'a pas échappé aux éditorialistes, qui y voient la marque d'une stratégie de saupoudrage. Cinq des sept signataires du texte ont été reçus lundi à l'Elysée, où le chef de l'État aurait annoncé que sur les 256 millions d'euros d'annulations de crédit prévus pour la mission « recherche et enseignement supérieur », 134 millions d'euros consacrés à la recherche seront conservés.

LA RECHERCHE SANCTUARISÉE OU ASPHYXIÉE

On peut sans doute se féliciter de ce pas de côté de l'exécutif qui siphonne tout de même 122 millions d'euros, mais on peut aussi y voir un nouveau rétropédalage et un amateurisme consternant. En effet, mercredi dernier, le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche Thierry Mandon avait développé une théorie budgétaire fumeuse prétendant que les restrictions budgétaires concernant la recherche seraient « optiquement » maintenues, mais les sommes qui auraient pu être prélevées sur les budgets des laboratoires « ne le seront pas ».

« Nous ferons en sorte que la recherche française continue à agir, à se développer au même rythme que celui qui est prévu », avait assuré pour sa part Michel Sapin, tout en insistant sur le fait que cela n'empêchait pas « quand on gère bien l'argent de faire quelques économies ».

Là encore, le gouvernement serait bien en peine de démontrer comment faire plus avec moins dans un domaine aussi sinistrée que la recherche. Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon ont par ailleurs réaffirmé dans un communiqué « l'engagement de sanctuarisation des moyens de la recherche qui prévaut depuis le début du quinquennat » de François Hollande. Un sanctuaire où le gouvernement fait les poches des scientifiques…

Reste qu'on risque bien de reparler de ces coupes claires, car selon le SNTRS-CGT, « d'autres amputations budgétaires sont prévues à l'automne. Jusqu'où ira l'austérité dans la recherche et avec quelles conséquences pour les organismes et leurs personnels ? Moins de financements de l'État, c'est encore plus de difficultés pour travailler, plus de compétition pour l'obtention des contrats, plus d'instabilité, plus de mal être au travail ».

 

Liste des signataires de la tribune du Monde :

Françoise Barré-Sinoussi (prix Nobel de médecine), Claude Cohen-Tannoudji (physique), Albert Fert (physique), Serge Haroche (physique), Jules Hoffmann (médecine), Jean-Marie Lehn (chimie), Jean Jouzel (climatologue, vice-président du GIEC au moment où celui-ci a reçu le Nobel de la Paix) et Cédric Villani (médaille Fields, la récompense la plus prestigieuse en mathématiques).